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ace à Mr. Congreve comme un monument élevé à l'amitié 5 éclose à l’occasion de sa traduction de cette dernière partie d'Homère » AR es. RAA TES
Le fait que Pope a dédié une œuvre monumentale ‘comme D V Iliade à un poète et non pas à un grand du jour, a été aussi + un point d’ interrogation pour les critiques et les biographes.
Du vivant de Lord Halifax ce « pretender to taste » comme # le dit Pope à Spence (3) avait exprimé le désir d’ entendre chez lui les deux ou trois livres Leone
— (1) Congreve of all the moderns seems to me to have the rightest turn for. comedy. In all his plays, there is a great deal of lively and uncommon humour, and such as yet, for the most part, is a picture of true life. Besides, he has raised the Vein of Ridicule, and made the stage, which has been too much prostituted to the MOb, edifying to percons of the first condition. And as his fable is diverting so is it wrought, according to the strictest rules. An Esy upon Study (VII, of Poetry) (Miscellaneous in Verse and Prose). (2) Aussi dans une note critique Le l’Iliade (XIV, 934) Pope cite ces deux VÊTS :
Why gav'st thou ni. to me thy dying hand And why received not I thy last command SH en ajoutant : « J'ai emprunté ces deux vers de Mr. Congreve, dont la traduction de cette partie (d'Homère) fut un de ses premiers essais Rene ». (3) Biographical Anecdotes.
rs
« « Addison, Congreve et Garth 0 assistaient à cette lecture », et Pot raconte comment les objections faites par le lord lui avaient donné : à réfléchir, et comment, à la deuxième lecture, après avoir — sur le conseil de Garth — dit au Lord qu’il avait ; = : modifié les passages en question, auxquels il n'avait d’ailleurs — pas touché, celui-ci, en les entendant lire cette fois, s’était écrié ravi :« Eh bien, Mr. Fons maintenant c "est parfait; il est im- possible de faire mieux ».
Sans doute le mobile, indiqué par Macaulay, qui voit dans Ja dédicace de l’Iliade un acte de haute politique de l’habile — poète, pour se mettre dans les bonnes grâces des Whigs et des Tories, est plausible. Nous avons vu dans les lettres comment | il recherche Ja protection de Halifax. Après la mort du protecteur, il essaye, au moyen surtout de Congreve, de conserver la faveur des libéraux. Congreve ne faisait pas de politique mili- tante et cela excusait Pope auprès des conservateurs. Mais il ‘était un libéral inavoué et plus intimement lié que personne avec les chefs libéraux; et, par cela, mieux en mesure que n’importe qui de leur recommander Pope. Mais en dehors de toute combinaison, le simple refus de dédier le livre à Lord Oxford (2) et la résolution de le faire à Congreve, est un hommage rendu à l’homme. Pope dans son effort pour s’émanciper de la politique et avec la passion littéraire de l’homme qui n’est que poète, avait la notion claire du geste qu'il faisait. Au lieu d’un Halifax qui critique avec une moue hautaine des vers auxquels il ne s'entend pas, son bon sens et l’ambition littéraire lui font : préférer le grand favori de Dryden, vieux traducteur de l’Iliade, Jami incomparable et glorieux du jeune poète.
& Walsh était mort en 1708.
(2) Cf. Beljame. k
De plus, Congreve était Éedent, le parrain En indiqué de cette œuvre magistrale. En Mai 1720, quand les deux derniers livres étaient prêts, ainsi que l’index, Gay dans « Mr, Pope’s Welcome from Greece », ouvrant la série. des à louanges de l’Illiade, parle de Congreve en ces termes : |
See generous Burlington... etc. LIRE SES Then Prior next, beloved by every Muse
And friendly Congreve, unreproachful man.
Un « irréprochable », voilà l'homme qui convenait à Pope, d’autant plus honorable pour une dédicace, qu’il était « un des ‘hommes les plus importants et l’un des écrivains les plus bril- lants de mon époque et de mon pays. Un homme qui à ue et qui sait par expérience combien de difficultés il y a à ne pas trahir Homère, et qui, j'en suis sûr, se re autant qe moi de voir mon œuvre parachevée ». e À
Quand nous savons aussi ce que son œuvre signifie, nous pouvons croire que dans les mots de la dédicace, il y a aussi un peu d'intérêt. Pope voyait, dans sa traduction, sa gloire et son salut, comme poète, et aucun apport à cette gloire ne pouvait être plus efficace que le nom de Congreve à la première page de l’œuvre.
Le 17 juin 1719 l’asthme et l'hydropisie avaient prématurément couché Addison sur son lit de mort. Tickel, l’exécuteur de. son testament littéraire publie ses œuvres en quatre volumes. The Drummer, comédie de 1717, n’étant pas comprise dans cette édition, Richard Steele publie une deuxième édition de la pièce. Pour se défendre personnellement contre les insinuations de Tickell et pour claironner aux générations futures le nom d’Addison, Steele ne trouve pas de-meilleur patron que celui sous
a. ee aies 7 | k 'égide duquel il avait, lancé en 1717 ses pe « Mélanges us ». ;
5 Dans la longue dédicace Congreve est traité avec révérence, et, avec des éloges et des courtoisies, il est prié de porter témoi-
gnage « avec tout le monde savant » en faveur des affirmations -
qu'il fait à la postérité.
Dans ce temps-là Lady Mary « voit quelquefois Congreve et très rarement Pope, qui continue à orner sa maison à Twickenham (1). Tandis que Dennis (2) envoie à Congreve dans sa maison de Surrey Steet, pour Mr. Pope, les deux volumes de lettres auxquels celui-ci avait souscrit, et où le critique avait omis les passages mordants à l’adresse du satirique. Celui-ci les prend chez Congreve en lui en laissant le montant et assure à Dennis que « à partir de maintenant il peut le compter parmi ses amis, sans cérémonie et sans hypocrisie » (3).
Ilest donc évident que Congreve, après avoir servi d’arbitre, a joué le rôle de pacificateur dans le conflit « Dennis-Pope ».
L’autre ami intime, Swift, pendant ce temps-là, s’informe continuellement de Congreve et de sa santé.
Le 10 janvier 1721, sa longue lettre de Dublin adressée à Pope est pleine d’amères confessions et de pathétiques sorties contre ses ennemis politiques. En faveur de son impartialité politique il invoque les assiduités dont il ennuyait quotidiennement le Comte d'Oxford en venant — chaque fois avec un autre libéral dans la poche — le décider .en faveur d'hommes comme Mr. Addison, Mr. Congreve, Mr. Rowe, Mr. Steele. Je n’'oublierai jamais la réponse qu'il fit à feu Lord Halifax lorsque, au premier changement de ministère il inter-
(1) To the Countess of Mar (Twickenham, 1720). (2) Dennis to Pope (Avril 29 1721).
(3) Pope to Dennis (Maï 8, 1721).
vint auprès de lui pour le prier d’épargner Congreve. Ce fut la simple citation des deux vers de Virgile :
Non obtusa adeo gestamus pectora Poeni Nec tam aversus equos Tyria sol jungit ab orbe.
« I1 ne s’est jamais départi de cette ligne de conduite dans ses rapports avec Mr. Congreve, qui furent toujours très civils, en l’assurant de sa faveur et de sa protection constantes et en ajoutant qu'il chercheraïit quelque chose de mieux pour lui ».
Testament - Visite de Voltaire Derniers jours du poète
Congreve passe l’é été de cette même année à Bath en companie de Mrs . Bradshaw, car le 9 septembre 1724, celle-ci écrit
| Bérenger qui passe presque tout son temps avec Mr. Congreve probablement à lui donner ses soins ».
- Dans la lettre du 8 janvier 1723, Swift voudrait que la lettre de Gay contint plus de détails sur Congreve, Arbuthnot, Lewis, et Gay répond, le 3 février, qu’il voit souvent Mr. Congreve « qui el toujours de lui-en termes élogieux et amicaux; il continue à souffrir autant de la goutte et des yeux; mais dans les moments de répit que lui laisse la maladie il ne perd rien de son caractère joyeux. J'ai passé toute la dernière saison avec lui à Bath et j'ai tout lieu d’être fier de son amitié; car je suis sûr qu'il me veut sincèrement du bien, Nous nous réjouissions à l'idée de te voir ici, mais Lord Disney (1) nous a donné cette
- fois-ci une information erronnée ». C’est aussi à Gay que s’a- .
dresse Mrs. Howard dans la lettre du 11 septembre 1722.
-« Je vous prie de rappeler à Mr. Congreve qu’il y a quelqu'un qui l'aime. dans cétte partie du monde et qu’il y a sur le globe d’autres hommes et femmes que Mr. Gay et « our Lady the Duchess of Marlborough ». Il y à des « dames à Richmond et
(1) Henri Des Launais, l'ami de Bolingbroke, membre du Brothers Club.
cu
à Mrs. Howard qu’ « elle est Jà-bas dans une maison avec Mrs. |
aux environs qui ont Ja prétention de vous “apprécier, Jui et.
vous, et l’on peut dire au moins de l’une d’elles, Mrs. Howard, qu’elle le fait sans affectation ». Elle est certainement de — quoique attribuée à Jervas — l’autre lettre, toujours de cette époque, adressée à la dame dont il eee tant, les bonnes grâces : RE eee
« De sorte que j'ai rendu ce matin une visite à Mr. Congreve, chez qui j’ai trouvé Lord Cobham (1). Tous les deux
se sont informés gentiment de vous et voudraient vous voir ».
La même grande affection dans la lettre du 20 septembre 2 1723 de Swift à Pope. |
Mais pendant ce temps la goutte empirait et l’état du malade devenait inquiétant. Le poète fait. son testament. Dans l’acte du 26 février 1725, après avoir demandé qu’on lui fasse un enterrement sans pompe officielle, il laisse trois cent livres à son filleul William Congreve, deux cents livres à « Anne Con-
greve, fille de feu mon cousin le Colonel Ralph Congreve » et
deux cents livres à Mrs. Bracegirdle, dix livres aux pauvres de la paroisse et... un peu plus aux amis Charles Main, Mrs Frances Porter et Edouard Porter, sans oublier les Vicomtes Richard Cobham et Richard Shannon à chacun desquels il lègue 20 livres ! ! Il laisse tout le reste de ses biens, meubles et immobiliers à Henriette de Marlborough et aux siens. Mais un codicille postérieur efface ces noms et ne laisse que ceux de ses parents, de Mrs. Bracegirdle et de Mrs. Jelett, tout le reste de sa fortune revenant à la grande favorite.
On voit par ce document « scandaleux » combien était |
(1) Créé baron par Georges I, le 9 octobre 1714, vicomte, le 96 mai 1718.
da
: grande l'affection qu: zik. DOnait: à , la cemtesse. Mais, à notre
avisla bizarrerie du testateur n’est pas si absurde, si l’on songe
au prix qu’ils attachaient probablement l’un à l’autre. De fait, si plus jeune le poète avait joui des charmes, des soupers
ele des tête- à-tête de la comtesse, vieux, solitaire et perclus, 1 - avait langui dans la maison même de celle-ci. Les soins qu’il
à reçus, dans les moments les plus douloureux de son existence, de cette main aristocratique, n'étaient pas sans toucher le cœur du malade. La maison de la comtesse était maintenant pour lui une sorte d'asile où sa vie attristée de trop bonne heure. se laissait dorloter dans de calmes soirées. C’est là que Je Dr.
— Arbuthnot venait voir le pauvre Congreve, complètement immo-
bilisé par la goutte. (1) Dans les moments de répit que lui
laissait Ja maladie, combien de plaisanteries en présence de la fine comtesse, entre le barde toujours dispos et le spirituel docteur. Car, pendant tout ce temps-là, le docteur Arbuthnot di allait tous les deux jours à Windsor Park, résidence de la duchesse de Marlborough, visiter Mr. Congreve « qui fut horri- blement malade, mais qui maintenant est rétabli. » (2) ‘la dû vraiement être gravement malade car le docteur lui-même écrit à Swift le 20 septembre : « Pendant presque trois semaines j’ai été chaque jour chez la no. de Marlborough voir Mr. Congreve qui a failli mourir de fièvre et de la : goutte à l'estomac. Mais il va mieux et probablement que le mieux continuera. » (3) C'est sans doute aussi à cette époque qu’il faut placer la lettre de Surrey Street du 20 Janvier écrite par Congreve à
(4) Pope à Swift, 1796.
(2) Gay à Swift, 16 Septembre 172%.
(3) La funeste lettre du docteur qui outre cette nouvelle. relate aussi
Pope, pour le remercier de lui avoir recommandé les eaux de Spa. Comme il ne peut pas s’y rendre, il voulait en acheter,
car le Dr. Arbuthnot lui a ordonné maintenant de boire de l'eau
de Bath. Congreve se plaint encore que Pope ait été absent à un rendez-vous qu’ils s'étaient donné. Par contre, Pope aura envoyé au poète des mots affectueux car dans une plus longue lettre de ce dernier datée du 6 mai (1) et probablement de Bath, il lui exprime sa reconnaissance pour l’amitié qu “te ne cesse de lui montrer. Quant à la santé de Congreve elle n’est pas plus mauvaise qu’à Londres; mais il ne peut pas espérer d’amélioration « de ces eaux en si peu de temps ». « Ici, d’ailleurs, il n’y a personne de ma connaissance, ce qui contribue beaucoup à ma satisfaction, car les rares personnes avec qui j'ai cherché à me lier m’en ont ôté l'envie ». Après avoir envoyé ses respects à la mère de Pope et à Gay, il aïoute dans un intéressant post-scriptum, qu’il est sur le point d’être mis sur la liste des auteurs de Mr. Curll, « mais, dieu merci, j'y serai en votre compagnie; je crois qu'il est temps que vous lui administriez un autre émétique. » (2) Le pirate Curll se préparait donc à fondre sur le poète. « Toute personne adonnée aux lettres aurait désiré assister derrière un rideau, au dîner des cinq, à Twickenham le 7
l'accident arrivé à Pope dans la voiture de Bolingbroke, et de son frère Pcbert qui avait failli se noyer en passant la Manche et la maladre de Mrs. Howard, inspire à Swift le 15 Octobre un quatrain boiteux :
Here four of you got mischances to plague you Friend Congreve a fever, friend Howard an ague Friend Pope overturned by driving too fast away And Robin at sea like to be cast away.
(1) Elwin donne 1726 ou 1727 ; 1796 est plus probable. (2) Comme celui de 1717, à l’occasion des « Court Poems » de Lady Montagu.
ire 828 —
ot juillet 176, quand Pope renal Gongreve Bolingbroke, Gay et Swift » (1). RUPDE
S° il “. “d'humeur assez joyeuse pour supporter cetle com-
pagnie, « Mr. Congreve est trop malade pour supporter l’air
vif de la montagne, tandis que celle qui le conduit est trop-
blasée pour se réjouir encore de quelque chose. » (2)
C'est cette année-là que Voltaire lui rend visite, une visite historique ! Il n’y a pas eu de plume qui ne se passionnât à commenter l'indifférence avec laquelle le poète a recu l’illustre
“exilé — <n le priant de ne voir en lui qu’un simple gentle-
man. Voltaire piqué lui répondit que s’il n’avait été “question que de cela, il ne serait pas venu le voir.
La morgue de Congreve aurait déplu à Voltaire, mais celuici n’était vraiment pas tombé au bon moment. Congreve avait
en effet ses heures de spleen et d’aigreur. Voltaire était-il
tombé sur un de ses moments-là ? Une autre fois il eut trouvé son hôte plus dispos. Témoin ses dernières lignes qu il nous a laissées, en prose... : « Ce fut un essai comique sur le qua- . drille, qu’il décrit comme un libertinage lascif entre quatre dames rencontrant quatre galants, deux blonds et deux bruns, et parlant de... La charade est exprimée en termes assez forts. ,On ne l’a pas trouvée pendant longtemps. Les dames croyant que c’était une chose réelle, commencèrent à chercher les noms. Un grand ministre fut d’avis de faire pendre l’auteur. Bref elle à fait beaucoup de bruit. » (3)
Qui aurait pu s’imaginer que l’auteur dont la charade
(1) Gosse ; Swift à Tickell, 19 juillet 1726. Voir aussi « Dr. Arbuthnot à Swift », ‘8 novembre 1796.
(2) Evidemment la comtesse.
{3) Dr. Arbuthaot à Swift (8 Novembre 17%).
‘— - 324 e faisait À d'impression à nn cour - — car c’est à à cour que cela se passait — en présence de la princesse et de Mrs.
Howard — était le pauvre invalide confié aux soins de IF | duchesse | Henriette ? Car la production en question, dont Curl
va $s emparer, pour la D avec le testament du poète,
n est que « The Quadrille » A. une espèce | de charade en
prose de l’incorrigible joies ue le petit essai satirique - —
en dépit de son succès | — ne sera pas un motif suffisant pour
empêcher Swift de dire dans sa lettre à à Pope du 12 Octobre
1727 : « Dieu veuille que la santé de Mr. Congreve S’ ‘améliore, quoiqu il ne le mérite pas si bien que vous, car il a trop abusé de la santé. que la nature Jui avait donnée en partage », La prière du Doyen ne sera pas longtemps exaucée. Congreve est. sur sa fin. Le 20 mars 1728, Gay. lui écrit qu'il va à Bath dans” ‘un mois avec la duchesse de Marlborough et Mr. Congreve, et le 6 juillet de la même année nous apprenons que Mr. Congreve
et lui parlent souvent de Swift et lui souhaitent une bonne santé. « Mais souvent, sans aucun intérêt personnel, nous vou-
. drions l’avoir au milieu de nous, avec Mr. Lewis et Pope qui vont venir PNR en Août. )
Le 2 août Pope apprend de Gay, toujours modeste, quoi-
qu’à cette époque au comble de sa gloire, que la duchesse lui
admirer tout |
envoie ses compliments et est toujours prête à
ce qu il écrit, que Mr. Congreve applaudit avec lui à son
courage et aime et envie ses compositions. Car ils ne sont pas des « Jutces ».
(1) Voir J. Almon « Foundling Hospital for Wit ». Publié déjà par Curl en 1729 avec le Testament du poète, sous le titre : The True Copy of ana Aftidavit, etc.
SEE de
mieux, car dès le printemps (4 . Mr. Congreve (qui envoie ses : compliments à Swift) « est très al, on ju’il se trouve un peu 5e mieux depuis qu il est ici DR +
| Peut-être est-ce dans ces moments de répit que lui laissait sa à souffrance, que le barde a écrit son « chant du cygne ». (2) cet surtout une occasion de se poser gratuitement en ermite, (3) ; des vers suivants de l'Episile on Improving the Present Time sont | admirables comme état d'âme et expression poétique : “
(1) Gay à Swift, Bath le 16 mai 1798. ;
(2) C'est vers la même époque que la muse puritaine inspire quel-
ques mauvais vers contre Congreve.
— « J'espère que le Dr. Delany vous à montré une histoire écrite par Mme Barber, épouse d’un citoyen de notre ville, dans laquellé elle dit beaucoup de bien de vos fables », disait Swift à Gay le 28 Mars 1728. « Il A a aussi dans cette lettre quelque chose de mordant à l'adresse de Congreve : - je lui ai fait dire de le changer : mais elle a refusé catégoriquement. » Mary Barber, la protégée de Swift, l'épouse du drapier de Dublin et muse pédagogique à ses heures, . était surtout | une bonne mère. . Pour € l'éducation » des jeunes filles et l'instruction de ses nombreux enfants, non seulement elle se débat contre la pauvreté mais lutte avec la poésie. Après de grands efforts matériels, la collection à laquelle se réfère Swift, « Poems on several occasions » parut en 1734 et fut publiée de nouveau en 1735 (à) et 1736 mais sans obtenir d'autre succès qu’une charitable lettre de Swift à Lord Orery. On dit que l’allusion à Congreve, dans le poème « A true Tale », a été enfin enlevée d'après les conseils de Swift ; mais nous pouvons encore y trouver des vers dans lesquels on peut parfaitement reconnaître une allusion à notre auteur.
Some Comedies gave great delight And entertain’d them many a night.
Others could not admittance find
(a) Les « Poems by eminent Ladies » de 1735, deux ans avant sa mort, la mettent à côté de Aphra Behn et de Lady Montagu.
(3) Lettre à Bolingbroke (5 Avril 1729).
‘En dépit de Swift qui y trouvait « a vile and false moral ».
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Er Come see Sy Friend, retired. with regret tir | ë Forgetting care or sfriving to forget ; de #4 In easy contemplation soothing tune e | ROMANE | With morals much, and now and then with ne 5 ei EM PRES 2 Not so robust in body as in mind HR And always undejected, tho” declined ; HU ER ; "à 44 Sub { Not vondering at the world's new wicked ways TS 1j VAUT For virtue now is neither more nor less UN ARS 2
And vice is only varied in the ‘dress.
Believe it, men have ever been the same And Ovid's Golden Age is but a dream,
Congreve semble avoir voulu, dans un long adieu au monde, laisser un portrait définitif de lui-même. Estompée de la mélancolie du départ pour le grand voyage, cet épître renferme tout le septicisme stoïque, toute la philosophie hautaine et blasée du grand solitaire, et, avec la fluidité d’une chanson, l’amère He sincérité d’une confession au lit de mort. Au lit de mort, car (1). RE si le 8 octobre John Lord Hervey peut écrire à Lady Montagu É que « la duchesse de Marlborough, Congreve et Lady Rich sont à Bath, les seules figures connues, dont il ait entendu prononcer ke noms, Où qui aient un nom à ie » -— peu après, de retour à Londres (ou peut-être même à Bath), Congreve eut le malheur d’avoir sa voiture renversée; et, depuis lors, il se plaignit continuellement d’une douleur interne qui provenait
Forbid, as Poison, to the Mind.
. Those authors Wit and Sense, said she : But heighten their impiety.
ÉCRR (1) AS in this poem there is a visible allusion to the measures which the writer k e thought were too compleasant to the French, it is evident it must have been penned but a very small time before his death (Th. Cibber).
— (Dès le 15 juin Mrs. Howard écrivait de Richmond à Gay : I am sorry the Bath is not of more use to Mr. Congreve : I beg you will make my compliments both to the Duchess and him (Suffolk Letters I. 298). (Deux mois après elle enverra aux mêmes, et par le même, son « humble service »).
D de ue
Lo Hediats dune. lésion. Rentré à Londres, il vit sa santé s ’atfaiblir peu à peu, chose qu’il supporta avec courage et. résignation. pe ! ; «Le 19 Janvier 1728- 9, il rendit l’âme à 5 heures du matin dans sa maison de Surrey Street (Strand). (1) Le dimanche sui- vant, le 26 janvier, son cadavre fut exposé dans la chapelle ardente de Jerusalem Chamber, d’où le même soir, entre neuf heures et dix heures, il fut conduit en grande pompe à la Chapelle Henri VIT, et après le service funèbre, enterré à West- minster Abbey. Les cordons du poêle furent tenus par le Duc de Bridgwater, le Comte de Godolphin, Lord Cobham, Lord Wellington, Hon. George Berkeley, Esq., et le Général de Bri- gade Churchill; le Colonel Congreve conduisait le deuil. Quel- que temps plus tard, un beau monument fut élevé à sa mémoire par Henriette, duchesse de Marlborough ». (2)
Deux jours après la mort du poète, Pope écrit à Lord Oxford : « La nouvelle m’a frappé. Vous savez combien je l’estimais et quelle amitié nous unissait depuis vingt ans ». Le même mois, dans sa lettre à | Gay, la pensée de la mort de Congreve inspire à Pope, à peine rétabli de sa maladie, des accents pathétiques : « Jamais je n’ai vécu des moments si mélanco- 2 liques, et maintenant la mort de Congreve me touche profondé- To. ment. Il y a vingt ans au moins que nous nous COnNNaissOnNs ; LS chaque année nous enlève quelque chose de cher, jusqu’à ce que nous survivions à toute tendresse et que nous devenions de pauvres individus comme nous sommes nés ».
Swift fut encore plus affecté de la mort de son ami. Le 3 “ février, il écrit à Pope li Lee à l’occasion d’une nou-
Ph Re
(4) Where now stands « Holland ». (Hartley Coleridge, Biographia Borealis.) (2) Th. Cibber.
te
es |
velle triste (La lettre présente une lacune). « Mais RE ne fait. rs : que raviver la douleur que je ressens de la mort de Mr. Con-
greve que j'aime depuis ma jeunesse et qui, outre ses autres. à ;
qualités, était vraiment un agréable compagnon. I à eu le.
me malheur de ruiner une constitution robuste dans. sa. jeunesse et. je crois qu’un homme de son intelligence et de son mérite se
doit à lui-même de conserver sa santé pour le bien de ses amis et le sien propre. D’ après ce qu'il en disait, je n° aurais pas voulu moi-même continuer une pareille existence, dans de à telles souffrances et infirmités. Les années ne m'ont pas encore endurci et je sens un poids de plus sur le cœur, depuis que je l'ai perdu, quoique nous nous vissions assez rarement et que, SA avait encore VÉCU, nous ne nous serions peut-être plus revus ». Nous pouvons nous imaginer ce que la mort de Con- se greve à été pour la duchesse. On conserve deux de ses lettres (1) à George Berkeley, qui la représentent occupée aux détails des funérailles et pleine d'affection pour le défunt : « Il faut que je vous aie au nombre des six (porteurs de poêle) dimanche pro-
chain à cetie triste cérémonie. I1 me plaît à croire que vous
avez toujours eu de l’affection à son égard, et je ne voudrais avoir, en cetté triste occasion, personne qui n’ait réellement ressenti ce respect pour lui ».
Après une autre lettre dont le texte S ee perdu, nous lisons dans une troisième :° |
«La dernière lettre que je vous ai écrite était inspirée par la pensée que vous aviez de l’estimé, ét même beaucoup, pour Mr. Congreve. J’aime à croire que vous êtes convaincu que je 1 pourrais commettre n° importe. quelle impiété plutôt que dé me
(1) Letters to and from Henrietta, Countess of Suffolk, and her husband, the Hon. George Berkeley, I
| séparer d'une ie qui lui a appartenu, si je n’étais pas per-
|-suadée que cet objet sera considéré comme une relique. Le
- nombre des personnes à qui je le confierais est très petit, en F effet. » ». Il est question ici de quelque souvenir du poète, un,
bijou peut-être. La délicatesse avec laquelle la comtesse en . dispose, comme celle avec laquelle — après avoir utilisé son
legs à lui faire élever le monument — elle se fait faire, en souvenir de lui, un collier de diamants des sept mille livres qui lui restaient, trahit dans la légèreté féminine du geste, une affection non moins pieuse et fidèle.
Mais la légende qui toujours a été généreuse envers Congreve, la suivi par-delà la tombe. Et voilà les amateurs
à d’anecdotes qui répandent le bruit que la comtesse, devenue
folle du poète, avait l’habitude de faire mettre sur sa table une statue de cire ou d'ivoire ! !... de Congreve, grandeur
naturelle. Cette station tenait un verre à la main et inclinait
la tête en signe d’approbation à tout ce qu’elle disait. (1) Mais la duchesse avait de nombreux envieux et ennemis et si nous | pardonnons à cette mauvaise langue de Lady Mary de se moquer de son embonpoint (2) pourquoi ne verrions-nous pas dans ce commérage la plaisanterie de quelques mauvaises langues qui voulaient la ridiculiser (3). Hartley Coleridge est plus sérieux et met le bruit sur le compte d’une femme de
. chambre renvoyée (4). Mais une autre chose que la duchesse a
% (1) Davies, op. cit.
(2) « My poor friend the young duchess of Marlborough, I am afraïd has exposed erself to à most violent ridicule. She is as much embarrassed with the loss
of her belly sur as much ashamed of it, as ever a dairy-maid was with the
getting one ». - (Letter to the Countess of Mar, Twickenham, Oct. 20, 1728.) (3) Plus encore, on disait qu'un médecin venait châque jour faire semblant de donner à la statue les mêmes soirs qu'on avait donnés au poète malade 11 (4) There is no possibility of setting limits to madness but this tale bears much of gross exaggeration ; most likely it originated in £he report of some discarded waiting-maid. (Biographia Borealis.) Û
nel
DS
faite des trois mille livres du Le € us le monument L élevé par Æ Bird dans Westminster Abbey « en son précieux souvenir pour ; montrer combien elle appréciait la félicité et la distinction que lui avait procurées l’amitié sincère d’un homme si honnête, d’une telle valeur, et dont la vertu, la candeur et Tesprit lui ont valu l’amour et l’estime de ses ‘contemporains et dont. les œuvres feront l’admiration de 4? avenir. »
De semblables hommages pre mais... en un sé Être soi- j gré! — ne venaient pas seulement de la part des femmes. « Un auteur qui n’a pas eu le bonheur de connaître personnellement | Mr. Congreve » et dans lequel l’on a vu (4) plus tard le poète des Saisons, envoie, imprimé chez John Millar, FPannée même de la mort du poète, à lady Marlborough, un « Poem to the ; Memory of Mr. Congreve ». ij
Dans ce poème Thomson essaye, avec une piété qui n ‘ar d’égale que son admiration pour le poète, de faire le portrait, quoiqu’imparfait dit-il, de celui que :
Halifax approv’d and Marlborou mourns, — Lamented shade ! in him the comic muse .
Parent of gay instruction lost her lov'd.
Dans des vers comme les précédents, le défunt est élevé aux nues :
Nor less alloy’d His private worth : By nature made for praise, À pleasing form ; a soul sincere and clear Where all the human graces mix’ their charms. Pure candour, easy goodness, open truth Spontaneous all ; where strength and beauty join’d
{1) P. Cunningham. Percy Society, Early English Poetry IX, 1843.
to TEE
With wit indulgent ; humble in the helghte of envy’d honours… ter etc.
£ LAS Adorn'd for social life . each talent his “To win each heart. |
de grand ami Vicomte ha n’en ect pas moins à à ce —
moment, par l'éditeur Curil, une « Epître » de trente-six pages bourrée d'arguments et de notes qui, s'exprimant sur les odes
Le en Congreve d’une manière élogieuse, exprime l’intention de
l’auteur de, chanter le poète comme « Notre Virgile Anglais » — Cobham j jouant naturellement le rôle de Pollion. Prenant pour motto les vers de Congrve au peintre Kneller (à l’occasion du portrait d’une dame) la filandreuse épitre s ‘abandonne à à toutes les roi dé circonstance.
Since my weak voice in Cv s Praise preferr’d Will thro’ a Virgil be by Pollio heard.
Ses poèmes sont passés en revue, et comme dans une espèce d’oraison funèbre, cités entre le nom de César et celui de Marlborough, de Maro et de Pindare.
Mais Cobham en personne a pensé à o au poète l’hommage qu’il méritait et chez lui, à Stowe, dans le comté de Buckingham, on pouvait lire, quelques années après, sur un monument dont la laideur contraste avec la réputation de l’homme qui avait tellement mérité l’amitié de Congreve et de Pope. (4)
Ingenio ( - Aeri, faceto, expolito, Moribusque
(1) v. pour les louanges de ce « bad man » son premier Essai Moral, par exemple. cd
ne
4 is L candidis, facillimis e Ho RARE NE GE Gulhelri. Congreve £ Aa te Hoc. ; à Qualicumque desiderii sui.
Ve Solamen simul se sé FH DE CET P Re nd LP ed PNR ICE Posuit FERA 1786. 6. (D.
de après la mort du note: l'inéorrigible cl publia son un avec le morceau sur le Quadrille. et avec quelques extraits des critiques favorables au poète. Une deuxième édition de la publication ne suffit pas au « pirate » et l’année 1730 voit éclore les fameux « Memoirs of the Life, Writings and Amours . of William Congreve, Esq., interspersed with miscellaneous essays, letters (2 ) and characters, “written by him, also some very. a curious memoirs of Mr. Dry den and his. family with a charac- : ter of him and his writings by Mr. Congreve, compiled from their respective originals by Charles Wilson, Esq. » po ayant Lot HAE les deux vers sl poète |
Pue have an unquestion’d right to claim à If not the greatest, the most lasting name.
On n’a pas rémarqué que cette épigraphe paraît en sur : la couverture du livre de J acob Giles (4749). ei nous ajoutons que le livre de Wilson contient une soi-disant lettre datée du Ù 7 juillet 1719 (Surrey Street) adressé à lui par Congreve et que dans cette compilation on trouve introduite en entier et mot pour mot la biographie écrite par Jacob dix ans ‘aupara-
Ke (1) Memoirs of the Kit-Cat Club.
(2) Probablement forgées (cfr. la lettre adressée à Arabella es ta « ue Quadrille » y est reproduit.
moe on. a considéré cette lettre comme un faux ; ne pourrions. h nous pas admettre plutôt que c’est la lettre même que Congreve aurait É envoyée à Jacob quand celui-ci lui avait demandé ces informations biographiques dont il lui est si reconnaissant dans la préface de son
« Poetical Register ? ». Le poète aurait vraiment hésité à à écrire à un - Charles Wilson je mais pourquoi ne l'aurait-il pas fait pour Jacob k Giles, infatigable compilateur et aspirant à la gloire dramatique ? (a)
fe. | Celui-ci ne trouvait pas convenable de publier la lettre du poète ;
; pendant que ce dernier était encore en vie, mais il croyait opportun
À de le faire maintenant. Puis la lettre en ‘quéstion, écrite dans l’éte
de 179, après avoir approuvé « l'utilité de votre œuvre », de un rendez-vous dans n'importe quelle matinée à 11 heures pour « le compte-rendu sur mes bagatelles et sur ma personne, ou sur n'im-
porte quelle chose qui ait pu tomber dans le cercle de mes connaissances au sujet de mes amis littéraires. »
Les derniers mots ne suggèrent-ils pas qu'il est question de biographies minuscules comme celle du « Poetical Register » ? Le livre de 1730 ne prétend pas donner des relations de la bouche ‘du poète sur d’autres « poetical friends » que Dryden — ce qu’il ne fait que très
| É sommairement d’ailleurs. — Le vague de la lettre se sera prêté à la
faire attribuer à ce moment-ci, quoiqu'il soit bizarre que les relations
demandées et données d’une manière si spéciale en 1719 paraissent à peine en.1730. Mais pourquoi le livre est-il publié sous le masque de
l'anonymat ee Celui de Jacob en 1719 est aussi anonyme et G. J. de la page 318 et de la préface n'implique pas une paternité beaucoup
plus insistante, Pourquoi le nom de Charles Wilson y est-il mêlé ? — La compilation bourrée de racontars et de mensonges aura requis la collaboration d'un scribe ou d’un nom ad hoc. Jacob, qui va vivre
(a) éd dit dans son propre livre qu ’il a écrit une pièce « The Soldier’s last Stake ». La farce en un acte « Love in a wood or the Country Squire » (qui ne
fut jamais représentée) avait paru en 1714. Le poème « Human Happiness » dédié .
à Prior, paraîtra en 1721.
jusqu'en + 1714 et qui à cette époque tit stigmatisé par Rome dans
“Jacob, the tinge of nie mark with awe he No less revere nim, . Blunderbuss of Law, Le
Son caractère - Sa personnalité
La gloire poétique acquise si soudainement par le poète au cours de sa vie fera l’ objet, après sa mort, d’une curieuse évolu- À tion.
Elevé aux nues dans sa courte carrière, avec une rapidité et un éclat dont l’histoire des lettres n’offre que de rares exemples, il a joui d’une renommée que seule celle de Dryden
| égala à cette époque. Cette gloire littéraire qui aurait été pour.
tout autre un fardeau, et sous le poids duquel ont succombé plus tard des génies, Congreve, contre toute attente, l’a soutenue jusqu ‘au bout, dans l’oisiveté et l° indolence, par le seul charme 2} le seul prestige de sa personnalité.
Car on n’a pas remarqué suffisamment, à notre avis, le paradoxe qu'offre la vie de Congreve. Cet homme, au fond, ” termine son œuvre, sinon sa carrière littéraire, par « The Way
of the World ». A partir de ce moment, pendant trente ans, sa renommée non seulement n’a pas baissé, mais a grandi. Bien plus, elle a augmenté à mesure qu'il s’est détaché de cette gloire littéraire, comme de la littérature elle-même. On pourrait répondre : Oui, ses cinq pièces, de plus en plus appréciées, entre-
À sm — |
tenaient pour 7. poète En ne comme : des debles fidèles, > th
feu d’admiration toujours croissant. Ce serait un éloge trop. beau pour Je poète. Mais nous savons que ces pièces, quoique restées au répertoire du XVIII siècle, n’ont jamais atteint & le succès de la première (1 É tandis que celles qui ont été moins” bien accueillies n’ont jamais, par la suite, connu qu’ un: hono- LA
rable succès. Une bonne partie de es renommée doit donc être attribuée à à son prestige d’ homme, sa personnalité. Or, c’est justement ce que les biographes Le refusent. Dryden, et
Pope surtout l’ont eue, et elle entre pour plus de la moitié dans | leur carrière littéraire. Mais si les biographes accordent à
Congreve facilement les dimensions de l’embonpoint de Gay,
ils hésiteraient à lui accorder, quelque chose de plus que la plate | personnalité, de ce pittoresque «ce lap- dog », comme Je nomme
Mr. Saintsbury.. Ils ont écarté de sa vie toute trace d'aventure, desa pensée toute préoccupation. - Hôte assidu de la : maison des Marlborough, nous n ‘entendons que le bruit de ses mâchoires ;
avec ses amis ils ne fait que boire; à la visite que lui fait Voltaire, il se tait ou prend ses grands airs; aimé de Halifax, il cumule des sinécures. « .Congreve, si imposant que fut son nom, si grand que fut son talent, n’a été qu’un agréable vaniteux... un gentleman, quoique d’un esprit pratique, et très intéressé » dit À. de Grisy pour commencer par le plus aimable d’entre eux. Il est dommage, dit un critique plus moderne (2), que Dryden n’ait pas gardé Congreve près de lui — « mais on ne peut pas guérir un snob du snobisme. » — C'est de lui que nous apprenons encore « qu’il paraît avoir été un homme sans
(1) The Way of ne World, pièce per laquelle s’inaugure le théâtre de Covent Garden (1732) et à laquelle on-se disputait les places dont les prix avaient été majorés, est l’exception la plus heureuse.
(2) F. C. Armstrong : Shakespeare and Shaw (1913).
< caractère, et peut-être, dans une certaine mesure, dénué de personnalité propre, un esclave de la mode, dans ses de L comme dans sa vie ». ?
«Congreve était a the ibn fine gentleman »,
ditun autre (1) ; avec l'explication ambiguë : « he carried his ne gentility into his genius ».
Re ‘Unseasonable vanity » et « looseness of character » dans — les pièces comme dans la vie, c est l’ accusation dont le charge
aussi Th. Cibber invoquant à l’ ’appui d’une telle opinion la façon dont il s’est conduit avec Voltaire et dont il a légué à Ja duchesse
toute sa fortune. ;
4, Et quand il en est quitte à à meilleur marché, « c’est un de ces indifférents rejetons de la terre que le monde ne peut haïr, qui ne sont ni trop bon ni trop mauvais pour la phase actuelle de l'existence » (2).
Car, pour encore d’autres (3), « c’était un homme méprisable ;
il avait non seulement les vices de son temps, mais y ajoutait de ‘encore une foppish vanity, toadyism and fine gentlemanism : que nous pourrions difficilement nous attendre à rencontrer chez mn homme qui pose pour le satirique ».
an à « Queen Sarah », peu après Ja mort du poète, commentant l’épitaphe mise par Henriette sur le tombeau du défunt, elle admettait que sa fille ait pu avoir du plaisir de l’amitié du poète mais qu’elle n’en avait eu guère d'honneur ». (4) | - Comme pendant à à cette mauvaise langue dans le domaine de 7 la critique, nous trouvons le brillant mais injuste frondeur qui
(1)\Ch. Cowden Clarke : Gent, Mag. VII, N. S. 1871. (2) Hartley Coleridge op. cit.
. (8) Grace. and Philipp Wharton « The Wits and Beaux og Society, 1861. (4) Walpole. Reminescences.
> LE Be te
fut Thackeray. Celui-ci ne pardonne pas à Congreve d'avoir eu le plus grand succès parmi les écrivains comme parmi les fats,
dont les portraits ornaient les murs dé Kit-Cat, « et la péruque la plus impertinente ! »
À côté de ces derniers, les tube que les grands critiques
de la lignée du docteur Johnson, Macaulay, Lamb, ou Hazlitt
font au sujet du caractère du poète, ne sont pas pour la réhabiliter. Elwin (Pope VII, 78) lui refuse même « le cœur et la moralité »; de sorte que Congreve doit être reconnaissant à Mr. Gosse qui le revendique comme une personne bonasse et.
aimable. Mais pour lui aussi « on ne trouve pas de points saillants dans le caractère de Congreve... pas une erreur, pas une escapade qui puisse le mettre dans une lumière agréable et humaine. Il passe dans la vie comme en pantoufles de feutre, sans bruit, sans querelle, sans aventures personnelles ».
N'est-ce pas faire de Congreve un homme plus simple encore que Gay ? Comment se fait-il alors qu’un homme si insignifiant ait pu se créer des amitiés si durables (et même si rémunératrices !) et susciter, à une époque où ses pièces avaient cessé de se jouer, des enthousiasmes comme ceux de Pope, de Steele, d’Addison et de si nombreux panéeyristes : que, devenu infirme, il groupait autour de lui toute une société et que, « jouissant
des faveurs féminines beaucoup plus que ne le fait généralement
la secte des écrivains », il a inspiré pendant une vie entière les passions les plus fidèles ?
Il nous semble que la personnalité de Congreve, de même que son œuvre littéraire dans le cas de Collier, soit la victime d’un procès moral : on a jugé superficiellement, en se basant seulement sur la première impression, quelques actes de sa vie qui en sont sortis compromettants. Ces actes, en dehors de son
| œuvre souvent mal comprise, peuvent se réduire à : ses rapports
avec Mrs. Bracegirdle, ses cumuls de grasses sinécures, se em-
portements contre le public, la visite de Voltaire et surtouf ce __ « scandale de ‘a postérité », le testament. De la vie que nous avons racontée, nous espérons qu’il ressort clairement, que cet homme enivré des succès et des
excès d’une époque libertine et constamment dans les bonnes grâces des femmes (1), a eu, avec l’actrice, une liaison plus
pondérée et plus constante qu’aurait pu en avoir dans de
semblables circonstances, n’importe lequel de ses confrères et
compagnons de vie. Le fait que cette liaison ne finit pas par un mariage, mais, au contraire, se termine par une quasi-omis-
sion de l’amie dans son testament, ne révolte nullement l’ac-
trice; une séparation naturelle, imposée par la maladie, l’âge
et les conditions sociales évite, par un mérite qu’ils partagent
tous deux, la jalousie et les scandales. Si ces derniers n’ont pas eu lieu, cela signifie qu’ils ne le devaient pas.
On a prouvé que l’histoire de ses prétendues sinécures est toute autre. Congreve n’a été ni si tôt ni si grassement rémunéré.
Sa vie n’a pas connu le faste d'un « Congreve le Grand ». Sans jamais atteindre la gêne suggérée par les vers de Swift, cette
vie dans la jeunesse possède le confort et dans la vieillesse cet « otium cum dignitate » qui lui permet de soigner ses maladies et de cultiver son « moi » cher et Deere dans l’indépendance et la solitude.
Une maison chez lui, à la campagne — si elle est à lui — en
ville un appartement de célibataire retiré, et tout le long de son |
(1) « But the ladiïes loved him and he was undoubtedly a pretty fellow », (Thackeray). Leigh Hunt compte parmi ses sympathies : Mrs Bracegirdle, Henriette de M..., Lady Mary, Arabella Hunt, Mrs. Berkeley. On pourrait y ajouter Mrs. Mohun et « Doris » (la « Comtesse F. », v. Wilson) etc
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existence assez vite équilibrée, une po fortüne : amassée Us. “
à son esprit d'économie, tout cela à l’âge d’or des poètes à
(l’époque d’Addison et de Pope), ne nous Je révèle guère comme "
un courtisan somptueux, ni comme un bourgeois replet, ee moins encore comme un ami politique parvenu et rapace.
Quant à ses emportements contre le publie, on à vu que c
sont des mensonges. Congreve admoneste, il est vrai, le publie dans les préfaces, mais cela provendit d’un esprit critique et
hautain. « Good manners » et « easy temper » ne lui ont ie été
d’ ailleurs niés pas même par ses détracteurs.
La visite de Voltaire est encore moins un objet d’ ee - Nous n’avons pas besoin de l’excuser puérilement, sous le motif que ses paroles auraient été « un franc aveu de son manque | d’ originalité, comme de la part de ot un qui aurait em-
prunté son esprit et ses épigrammes à à la société dont il n était .
que le représentant et le brillant imitateur » (1).
Voltaire, dont l’anecdote avec Congreve, quoique publiée | dans l'édition de 1733 de ses lettres, a été supprimée dans celle de 1739, n’a certainement pas eu l’occasion de connaître Congreve à son avantage. Dans l’enfourage des Marlborough, l'affectation et l’extravagance frisant quelquefois le ridicule, auront eu de quoi prévenir et même révolter l’esprit vif et démocratique du grand Français. On dit, et il est même probable, que Congreve l’a présenté à la veuve Sarah, qui lui demanda son avis sur ses Mémoires et qui fut révoltée de sa sincérité critique. . Spence dit que pendant une visite de Mr. Young, quelques questions du docteur à Voltaire ont fait « éclater de rire » ce dernier. Sans doute il n’était pas encore fait pour comprendre les
() Oswald Crawfurd, English Comic Dramatists.
Fa)
Le
— Angis à vetle époque et quoiqu il appréciât d’une manière |
toute particulière le talent de Congreve, il ne pouvait passer
. du « langage des honnêtes gens avec des actions de fripons » : des pièces de ce dernier, et de l'affectation de la société des Marlboroughs, à la hauteur d’attitude de l’impassible auteur,
sans que cette attitude lui parût de la pose. Au fond Congreve
aété très sincère dans sa réponse à Voltaire. Ce n’é était ni de la pose ni de la fatuité. Comme le dit le Dr. Campbell, « au lieu de
ressentir une vanité hors de saison, il avait survécu à la saison
> des vanités, s'ilen a Jamais eu; il n’avait plus rien en lui de la = fierté d'auteur. Il s’était habitué à à envisager la vie et tout ce
qu'elle avait de bon, comme une bénédiction dont la possession est très incertaine ».
Sn détachement complet de la btlérature à l’époque de Ja visite, la maladie et le scepticisme inhérent à à son caractère sobre et méprisant, ne font qu’un acte de sincérité d’un aveu qui, plus
; doucereux et plus conciliant, aurait été pour le fier poète une sorte d’abdication. Gray, avec qui Congreve n’a pas de com-
mun que la goutte, n'est-il pas grand justement par le même
détachement de l’ambition et de la vanité poétiques ? Il est tout naturel peut-être que ce qui aurait gagné tout autre, ait révolté le jeune et enfiévré aspirant à la gloire qu'était Voltaire alors; mais ce qui est plus curieux, c’est que cette révolte ait trouvé un écho dans tous les commentateurs de l'incident. La
faute en est toute à Voltaire. Il n’a pas compris ou bien il n’a pas cru Congreve. À cela ajoutons l’entourage de Congreve et la société entière, au milieu de laquelle il était, à cinquante ans, un philosophé — un ermite, comme il le dit lui-même — plu:
tôt qu’un poëte. Walpole défend bien Congreve en disant :
« Voltaire a été superbement absurde; lui qui riait de Congrevé,
Æ ne
— 342 — fi cire
datait ses lettres d’une chaumière (! ?) qu’il avait en Piinbes et qu’il nommait « mon château de Ferney » (1) et s'intitulait « Gentleman of the Bed-chamber to Lord Littelton » qui dans ses Dialogues des Morts l’appelait un exilé. |
Reste le testament. Ici nous devons faire une grande place È à Henriette de Marlborough. En effet, du silence que les biographes gardent sur la nouvelle liaison du poète, il est difficile de comprendre le geste final de Congreve. Mais nous avons déjà dit : il y avait une affection, un amour véritable entre eux. Le dévouement, abstraction faite de toute autre préoccupation de la duchesse pour le malade, les soins qu’elle lui a donnés dans sa maison transformée en asile comme nous l’avons vu dans ses lettres, la faiblesse de corps et d’esprit du moribond, expliquent suffisamment l’étrangeté de ses dernières volontés. Si la duchesse a perdu la raison après la mort du poète, pourquoi le poète ne l’aurait-il pas fait quelque temps auparavant ?... Mais que Congreve ait manqué de sentiments d’ so cela est certain.
Beau et spirituel, triomphant dans la vie et impassible, il fait partie de l’école des grands épicuriens. Son portrait peint par Kneller (2) nous le montre robuste et aristocratique, d’une beauté, languide et noble, sous la perruque pimpante, un type plutôt effiminé avec ses yeux de gazelle, viril pourtant. Gentlemän accompli, à Kit-Cat Club « dont le groupe de gens d’esprit
‘ (1) Mrs. Paget Toynbee, l'éditeur de Walpole, dit dans une note à propos Re Ferney est en Bourgogne !
(2) The portrait of the Members (executed by Godfrey Kneller, with the #.
exception of his own, uniform in size, were hung up in the room which Tonson had added to his residence at Barn Elms for the meetings of the Club. (Memoirs of the Kit-Cat.) Le portrait de Congreve, gravé ensuite sur métal par Van Gucht, brillait parmi les 48 portraits, es la deuxième rangée, près de la porte, entre Vanbrugh et Addison. $