‹ Un client sérieuxChapitre 29 sur 63 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

La chambre étroite et close dont parle le poëte.

La pendule marque neuf heures.

À droite de la cheminée, où un feu de charbon de terre siffle comme un nez pris, — selon l'expression de Jules Renard, — Trou, les semelles montrées à la flamme, se cure les dents avec une épingle à chapeau en lisant dans le Soir la séance du Parlement.

En face de lui, Octavie, sa femme, brode à la clarté de la lampe.

Par terre, entre eux, le jeune Toto, âgé de quatre ans et demi, joue à faire voir son derrière.

Silence prolongé. C’est l'intimité douce et calme des ménages étroitement unis.

Soudain, coup de sonnette.

TROU, absorbé par sa lecture

Bon ! Qui est-ce qui vient nous raser?

OGTAVIE, à pa Neuf heures: ce ne peut être que Félix. à

TOTO, au comble de la joie

On a sonné! Un à sonné! On a sonnél |

TROU

| Rs LA BONNE C’est M. Félix. | TKOU

0 CTAVLE, les yeux penché sur s0n Le fait est...

Se

Puisque je suis de ton avis.

Fe TROU Zut!

. MONSIEUR FÉLIX ait

e OCTAVIE Ne t’excite donc pas.

D | TROU Tu m’embêtes!

OCTAVIE, résignée Bien. LR Re TROU Et lui aussi, il m'embête! Vous m’embêtez tous les deux! |

Effaré, Toto, d’abord muet, donne brusquement un libre 4 cours aux sentiments de terreur qui l’agitent. Son jeune -h visage se déchire comme le fond d’une culotte trop mûre. s La pièce s’emplit de hurlements.

OCTAVIE

“ Tu vois, avec tes colères? Tu fais pleurer le petit, he voilà tout ce que tu fais.

ni : EN

TROU, qui s’est levé et qui, fiévreusement, va et vient

C'est insensé, ça,-aussi, de ne plus pouvoir être chez soi! Je suis de là, les pieds au feu, à goüter la | paix de mon foyer en lisant le compte rendu de la E Chambre; je me dis : « Un tel a bien parlé! » ou : 4 « Le cabinet est fichu! » ou : « Gare à l’'interpella-

À tion!» enfin, je pense, quoi; je réfléchis. Bon! on sonne; c’est M. Félix! (Hors de lui.) Et encore

s SEM

M. Félix! Et toujours M. Félix. Fr ot je.

n'ai plus qu’à en prendre mon parti et à perdre .

toute espérance? C’est la condamnation à perpé- te

tuité?

"OCTAVIE

Ce garçon est excusable. Il a si peu de relations! se

TROU C’est le dernier des goujats!

OCTAVIE, conciliante

Mais non. ee | .

TROU TA Et des muffles! se OCTAVIE Fa Tu exagères. ; a Le. . He TROU dre

On n "est } pas fourré, chez les gens depuis le jour .

de l’an jusqu’à la Saint-Sylvestre, ou on est le der- nier.des muffles; voilà la loi et les: “prophètes. Tu à

m ’embêtes, encore une fois. Quant à ce monsieur,

je ne veux plus en entendre parler! (A la bonne. )

Vous avez dit que j “étais [à ? Ha on

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