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Marthe Passoire à O. Courbouillon,
député de Sarthe-et-Lotret.
Paris, 10 mars.
Monsieur le Député,
Pardonnez à une pauvre désespérée la liberté qu’elle prend de venir vous importuner au milieu de vos nombreux travaux. Pour que j'ose en user aussi indiscrètement avec un homme que ses mérites signalent au respect public depuis déjà tant d'années, il faut que j'y sois poussée par l'immensité du malheur qui me frappe, le plus grand, peut- être, qui ait jamais accablé une femme!... J'ajoute que M°° de T..., votre amie, Monsieur, et la mienne, m'a vivement engagée à m'adresser à vous, m'assurant que votre bonté est sans limites, votre com-
plaisance sans bornes, et que vous vous ferez une
fête de tendre à ma détresse une main {socourable.
Veuille le ciel qu’elle ait dit vrai!
Monsieur le Député, je vais tout vous dire. C’est
par la siucérité seule que je réussirai, je l'espère, à
trouver le chemin de votre cœur. J’ai commisune
faute, Monsieur le Député, une faute grave, si grave,
tellement grave, qu’à la pensée d’en faire l’aveu, je
sens le rouge me monter au front. J'ai été...—mon Dieu, quelle humiliation! — ... en un mot, j'ai été
surprise en flagrant délit de ce que vous savez,
avec mon neveu le pelit collégien, un gamin de
dix-sept ans et demi!
Vous allez dire : « Mais c’est honteux! » Je le
sais, Monsieur le Député, et si je pouvais racheter
mes torts d’une pinte de mon sang ou d'une ivre de ma chair! Pourtant, vous ne sauriez me con- : damner sans m entendre. Il faut être juste, n est-ce
pas? Il faut savoir faire la part des fatalités de la vie.
Oui, c’est honteux! Oui, vous avez raison! Oui,
je suis la plus vile des femmes! Mais le repentir L
efface tout, et puis, je ne dois pas vous le taire \
davantage, je n’ai péché que par imprudence. Oh! pour ce qui est de ça, je puis vous la jurer sur ce” que j'ai de plus sacré au monde : si je me suis ren-
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ë UN MOIS DE PRISON 197
due au rendez-vous de l'Hôtel Terminus, si j'ai accepté l’entrevue dont je devais revenir déshonorée, hélas! flétrie, souillée à tout jamais, je l’ai fait dans un but excellent. Je voulais sermonner ce bambin, qui me persécutait de lettres et de pièces de vers extravagantes ; j’espérais le mettre à la raison, gräce à quelques paroles sévères. Malheureusement, les choses ont mal tourné. Seul avec moi, mon galopin a commencé à faire le fou, criant, pleurant, se frappant la tête contre le mur, jurant que j'étais toute sa vie, toute son âme et toute sa pensée, et me menaçant, si je ne cédais, de se brûler la cervelle à mes pieds. A la fin, j'ai perdu la tête. je me sais plus ce qui s’est passé! Bref, mon mari (qui, sans doute, avait eu vent de quelque chose) est survenu, accompagné du commissaire de police. Procès-verbal a été dressé, et j’ai été condamnée, hier, à un mois d'emprisonnement pour détournement de mineur. Un mois de prison, oh! mon Dieu! Être enfermée pendant un mois à
* Saint-Lazare, avec les voleuses et les prostituées!…
Jamais! Oh! cela, non, jamais! Tout ce qu'on voudra, mais pas cela! Plutôt cent fois, plutôt
mille fois la mort!
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Le
Monsieur le Député, je n’ai plus d'espoir qu'en vous. M de T..., à laquelle je me suis confessée,
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me dit que vous êtes l’ami intime du ministre dela
. justice et qu'il vous suffirait de lui glisser un mot
pour me faire obtenir la remise de ma peine àla .
commission des grâces. Ce mot, Monsieur, vous 167:
direz, car vous voudrez, j ‘en suis sûre, m ‘empêcher Me de faire un malheur! Ai-je besoin d'ajouter qué) = toute une vie de gratitude, d’abnégation et de dé- |
vouement, ne suffira päs à payer un si éclatant
service ? 6
Dans la conviction où je suis que vous entendrez UE
ma prière, que jé n'aurai pas frappé en vain à in |
porte du plus noble et du plus généreux des hom-
mes, je vous prie d’agréer, Monsieur le Député, |
l'expression du profond respect avec ere jai
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l'honneur d'être
Votre très humble, très obéissante et
bien affligée servante,
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P. S. — Le petit collégien a se embarqué à ;
bord de la ee A
1er,
O0. Courbouillon à Marthe Passotre.
' 41 mars.
Madame,
En réponse à votre lettre, je m'empresse de vous informer que je reçois tous les matins, de dix heures et demie à midi, et que je serais heureux de causer un instant avec vous.
Recevez, Madame, mes salutations.
O. COURBOUILLON.