‹ Un client sérieuxChapitre 47 sur 63 · II · texte numérisé non relu

II

Marthe Passotrre à O. Courbouillon.

147 mars.

Monsieur et très cher ami,

Depuis que vous avez bien voulu m’accorder une audience, cinq jours se sont écoulés, cinq mortels

jours, qui m'ont paru plus interminables que des

siècles, et au cours desquels j'ai cru pouvoir me permettre de vous écrire quatre fois.

Mes lettres sont demeurées sans réponse.

Ne sachant que penser; cherchant, sans la trou-

ver, l'explication d’un silence aussi prolongé que .

mystérieux, je me demande avec terreur ce que j'en. dois augurer pour mon recours en grâce! Auriezvous recueilli sur mon compte des renseignements | défavorables? En ce cas, je n’aurais plus qu'à me détruire, car jamais une femme sans défense, aban-

donnée de tout et de tous, ne se serait plus injuste-

ment butée à l’iniquité d’ennemis acharnés à VOU- :

loir sa ruine! Heureusement, Monsieur et très

cher ami, mon passé répond pour moi. Il est pur. | de toute souillure; ça, je peux vous le jurer sur la tombe de mon père! (Je ne parle pas de l'affaire du petit collégien; plus jy pense, plus je suis convain- | cue que jai agi sous le coup d’un accès de folie.) de Alors, quoi? Pourquoi ce silence? Aurais-je fait sur vous une mauvaise impression? Votre accueil si bienveillant, vos compliments si flatteurs, les paroles de consolation et d'espérance, si douces à mon inquiétude, que vous m’avez prodiguées, m’au- - torisent à n’en rien croire. Est-ce parce qu'à un

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moment je vous ai dit : « Otez vos mains; ne faites pas l’enfant, soyez sage! » Si c’est pour ça, si c’est parce que je vous ai parlé d’une façon aussi impolie, eh bien, je vous en fais mes excuses! Je ne savais pas ce que vous vouliez; puis, je vous l’'avoue, j'ai eu peur! Vous aviez l’air d’un gros lion.

Par pitié, Monsieur et très cher ami, mettez un terme à mon supplice, en me faisantsavoir si,comme vous deviez le faire, vous avez parlé pour moi à M. le garde des sceaux, et si, dans tous les cas, je puis toujours compter sur votre précieuse protection. Moi, c’est bien simple, je ne sais pas comment je vis! Je ne mange plus; je ne dors plus; on ne sonne plus à ma porte que je ne saute au plafond... je crois toujours que c’est les gendarmes!

J’ai les nerfs dans un état!!!

Votre dévouée et bien à plaindre,

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