I. Archives des Domaines
,„j) iei. ]3 Paris, le 20 Août 1072
Projet d'affectation
de l'Immeuble Domanial
rue de Lille, 2
à l'Ecole des Langues Monsieur le Directeur Général,
Orientales vivantes
Vous m'avez fait l'honneur de me communiquer, avec un projet de décret portant affectation à l'Ecole des langues orientales vivantes, de l'Immeuble domanial situé rue de Lille N° 2, une Dépèche du i3 juin dernier par laquelle M. le Ministre des Travaux publics demande à M. le Ministre des Finances son avis sur ce projet d'affectation, en faisant observer que l'Ecole des Langues Orientales vivantes ne peut pas être maintenue plus longtemps dans le local qui lui a été prêté au Collège de Fiance, et que M. le Ministre de l'Instruction Publique désire que cette Ecole soit placée dans un autre édifice de l'Etat.
Il existe à Paris trois centres pour l'étude des langues Orientales :
i° Au Collège de France, Mrs Renan, Defrémery, Jules Mohl, Pavet de Courteille et Stanislas Julien expliquent l'hébreu, l'arabe, le persan, le turc, le Cliinois et le tartare mandchou, mais leurs cours supposent la connaissance de ces langues comme ceux du même collège laits par MIS Rossignol, Havet, Boissier, etc. supposent la connaissance du grec et du latin. Ce sont des cours de hautes études.
2° Une Ecole, dite des Jeunes de Langues est établie, au Lycée Descartes (Louis le Grand); elle a pour directeur M1' Lapierre, les cours durent 3 années et servent de préparation à l'étude de quelques-unes des langues Orientales vivantes ; en ce moment, M. Pavet de Courteille y enseigne les éléments de l'arabe à deux élèves internes. Cette école est une annexe du Lycée.
3° Les Langues Orientales vivantes ne s'enseigneront complètement et dans un but pratique que dans l'Ecole spéciale que M. le Ministre des Travaux publics propose de transférer dans l'immeuble domanial situé rue de Lille N° 2.
Cette Ecole spéciale, fondée par Décret du 10 germinal An 3, a été réorganisée par Ordonnance Royale du 22 Mai 1 838 et par Décrets des 8 novembre 1869 et 8 Juin 1870. On y enseigne l'Arabe vulgaire, le Persan, le Turc, le Malais et le Javanais, l'Arménien, le Grec moderne, l'Hindoustani, le Chinois vulgaire, le Japonais et l'Annamite. On y compte g professeurs, un chargé de cours et quatre répétiteurs, faisant par semaine 38 leçons à 63 élèves assujettis à des inscriptions et à des examens à la suite desquels se confèrent des diplômes. L'Ecole a un Conseil de perfectionnement, un administrateur et un Secrétaire.
Cet établissement public, dépendant autrefois du ministère de l'Intérieur, puis du Ministère du Commerce, et actuellement du Ministère de l'Instruction publique,
a toujours eu une grande importance au point de vue politique et commercial, mais il a besoin de s'accroître pour être en rapport avec l'étendue de nos relations actuelles dans l'Orient.
Il faudrait, pour donner une nouvelle impulsion à l'étude des Langues Orientales vivantes, trouver un local où l'on puisse faire à la fois un plus grand nombre de cours, établir des salles d'études, disposer les livres, cartes, etc., à la portée des professeurs et des élèves, enfin, classer les collections ethnographiques qui sont indispensables pour l'enseignement des langues et des usages de l'Orient si différents des nôtres.
Ces besoins sont exposés dans un rapport en copie et dans une Note où l'Administrateur de l'Ecole indique en outre l'insuffisance absolue du local qui lui a été prêté jusqu'à ce jour et dont il va être incessamment privé.
Ce local ne se compose en effet que de cinq pièces fort petites, mal distribuées et faisant partie de l'appartement de l'Administrateur du Collège de France.
L'immeuble domanial situé rue de Lille N° 2 que M. le Ministre des Travaux publics propose d'affecter à l'Ecole des Langues Orientales vivantes, deviendra vacant au 1e1' Octobre prochain, par la translation à Cherbourg de l'Ecole du Génie maritime qui y était installée depuis l'année 1808.
Il se compose de quatre bâtiments à deux et trois étages, simples en profondeur, occupant les quatre côtés d'une cour dans laquelle on entre par la rue de Lille. Il est convenablement aménagé et par ses dimensions modestes, il répondrait à tous les besoins de l'Ecole des Langues Orientales vivantes, sans toutefois les dépasser. On y trouverait cinq salles de cours, deux salles d'études, des emplacements pour la bibliothèque et les collections ethnographiques, un logement de concierge et un petit appartement pour le secrétaire de l'Ecole. Les bâtiments sont anciens, il est vrai, mais comme on n'aurait pas à changer l'aménagement intérieur, on n'aurait pas non plus à faire de dépenses d'installation coûteuses. En définitive, on ne ferait que substituer une Ecole à une autre, sans aggravation de charges pour l'Etat.
L'immeuble domanial est d'une superficie de 854 mètres et d'une valeur vénale de Z|5o.ooof, d'après estimation faite par l'Architecte de ma direction.
Je suis donc d'avis qu'il y a lieu de proposer à M. le Ministre des Finances de donner son consentement à l'affectation proposée par M. le Ministre des Travaux publics '.
g pièces sont ci-jointes.
Depuis sa création en 1795, l'Ecole des Langues orientales n'avait