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élection souveraine jaunissaient dans mon bureau, sans que le Comité de salut public , influencé par ce monstre qui entravait tout ce qui était bon, m'eût témoigné le désir de prendre connaissance de ce nouvel acte dont je l'avais informé. Sa faction détruite, j'ai réitéré ma demande... Barrère a tout de suite donné lecture de ma lettre à la Convention, d
Tout de suite aussi la Convention décréta que l'envoyé de Genève serait, du jour au lendemain, admis à lui présenter ses lettres de créance. Reybaz eut donc à peine le temps de préparer un discours, — mais ce fut en de tels termes et il le débita si, bien qu'il fît éclater un enthousiasme général. La Convention décida que ce discours serait traduit dans toutes les langues et que le drapeau de la République de Genève serait suspendu dans la salle de ses séances. De plus, le député Jean Debry, qui avait précédemment obtenu un décret pour le transfert des cendres de Jean-
Jacques Rousseau au Panthéon, ne voulut pas perdre une aussi belle occasion de presser l'exécution de ce décret. Le transfert eut lieu fort peu de temps après et, dans cette nouvelle solennité, Reybaz fut encore comblé d'honneurs. Par trois fois on l'invita à figurer en tête du cortège, à la droite du président de la Convention, mais il préféra rester dans un petit groupe formé de cent cinquante Genevois et marcher tout simplement à côté de sa fille.
D'autre part, son prédécesseur, Tronchin- Labat, lui écrivit : «... Je commencerai par féliciter la République de Genève, mon ancienne patrie, pour laquelle j'aurais sacrifié mon sang et ma fortune, du bonheur qu'elle a de vous avoir pour son représentant. Il fallait vos lumières, votre sagesse et votre patriotisme pour la servir dans ces temps d'orage comme vous l'avez fait en maintenant son indépendance et lui donnant un nouveau lustre, en dépit de la rage et des manœuvres abominables de quel-
ques-uns de ses propres enfants. Vous avez encore fait le sacrifice le plus difficile pour une âme sensible comme la vôtre, celui de faire taire le ressentiment du sort funeste d'un neveu chéri * immolé aux fureurs d'un parti qui ne respire que le brigandage. »
L'année 1795 se passa sans incident remarquable dans la vie de Reybaz. Mais au commencement de 1796, les petites haines se réveillèrent contre lui à Genève et la connivence avec le ministère français de gens compromis, qui cherchaient à noyer leurs turpitudes dans l'anéantissement de leur patrie, devint de plus en plus manifeste. Enfin arriva une lettre du Directoire enjoignant en d'assez mauvais termes à la République de Genève de remplacer
^ Prévost-Cabanis, condamné par le tribunal révolutionnaire et fusillé au Bastion bourgeois le 25 juillet 1794:
Ce Prévost-Cabanis dont la voix citoyenne Eloigna de nos mnrs Montesqtdon détrompé.
Sa mère était sœur de Madame Reybaz.
son représentant. On n'osa pas protester ; Reybaz tut invité à donner sa démission. Il la donna.
Quelque temps plus tard , on lisait dans le Journal de Perlet (Paris, 9 frimaire an V) :
« On connaît le motif de la persécution suscitée par Charles Delacroix au citoyen Reybaz... Le ministre avait eu l'indiscrétion de laisser voir à Reybaz le projet de forcer Genève à se réunir à la France. Reybaz, placé ici pour surveiller les intérêts de Genève, avertit son gouvernement de cette révélation, et c'était son devoir. Depuis ce moment , le ministre des telations extérieures a conjuré sa perte. Il avait, il y a deux à trois mois, fait déclarer que Reybaz n'était plus agréable au gouvernement français et qu'il fallait lui retirer les fonctions qui lui avaient été confiées par le Souverain de Genève et qu'il remplissait si bien. Tout à coup la haine de Charles Delacroix s'est de nouveau rt5 veillée, et Reybaz vient de recevoir une espèce de lettre de cachet qui lui ordonne de quitter
Paris dans les vingt-quatre heures. C'est là une injustice criante... Reybaz a toujours montré le plus vif attachement pour larévolution française. Il était Tarai de Mirabeau; il a composé plusieurs discours que Mirabeau a portés à la tribune et qui y ont obtenu un grand succès, comme son discours sur les successions et d'autres ouvrages de finances... j>
Nous avons dit que Reybaz ne paraît pas s'être vanté des lettres qu'il avait reçues de Mirabeau. Nous pouvons toutefois supposer qu'au moment de sa proscription, il ait eu l'idée de les publier et de donner à cette occasion d'irrécusables témoignages de son intérêt pour les affaires de la France. Ce qui nous porte à cette supposition, ce sont les ratures évidemment faites par Reybaz sur quelques-unes de ces lettres, et la particularité que presque tous les mots effacés sont des noms propres qu'il pouvait être plus dangereux qu'opportun de rappeler en
Quoi qu'il en soit de notre supposition, rien ne prouve que Reybaz ait eu besoin d'imposer ce sacrifice à sa modestie. Nous ne croyons même pas qu'il ait été forcé de quitter Paris ; il dut seulement s'y tenir caché pendant un certain temps. Mais à partir de cette époque, son existence n'offre plus guère qu'un douloureux intérêt.
En 1798, il fut frappé d'une paralysie heureusement passagère, puisque cela ne l'empêcha pas d'accompagner sa fille à Copenhague, lorsqu'elle épousa le poète national danois Baggesen. Il put encore, à son retour, soigner une édition en deux volumes des sermons qu'il avait prêches dans sa jeunesse, la faire précéder d'une lettre remarquable sur l'art de la prédication, * et accompagner chaque discours d'une hymne « analogue y> au sujet traité. Il put, en
^ C'est probablement la mise en prose d'un poème inédit sur le même sujet, composé avant 1782, dont Senebier parle avec éloge (Histoire littéraire de Oe-
outre, participer — nous ne savons dans quelle mesure — à la préparation des articles organiques du culte protestant (loi du 12 germinal an X). Puis, devenu Français par le fait de Tannexion de Genève à la France, il eut un moment la velléité d'entrer au Corps législatif... *
nevSj t. ni, p. 60) et dont Reybaz n'aurait conservé que six vers sur le mouvement du discours :
Tel qu'un fleuve ^ossi par des ondes nouyeUes S'arrête, les embrasse et s'enfuit avec elles , Précipite son cours, puis, réprimant ses eaux, Â peine en sa lenteur fait plier les roseaux : Tel l'orateur sacré, dans sa marche facile, Doit suspendre, presser ou ralentir son style.
* Cette velléité nous est révélée par la lettre suivante qu'il reçut, datée du 15 janvier 1801 :
« L'un des plus distingués coopérateurs de Mirabeau n'est point du nombre des hommes qu'on oublie : nous nous rappelons encore l'Adresse au roi pour éloigner ses troupes. En mon particulier, j'apprends avec bien de l'intérêt que vous soyez du petit nombre des vétérans d'alors qui ont échappé aux fureurs ochlocratiques. Je vois avec le m$me sentiment votre nom porté sur la liste des éligibles, et j'espère que mes collègues sentiront le prix d'une telle acquisition
De nouvelles attaques survinrent et lorsqu'il îîuccomba, le 23 octobre 1804, la vie intellectuelle l'avait insensiblement abandonné depuis près de deux ans.
Ainsi finit Reybaz. Il avait possédé en qualilés réelles plus qu'il n'aurait fallu à vingt intrigants vulgaires pour se faire un nom ou pour acquérir une fortune dont leur égoïsme seul aurait profité. Il s'est éteint à la peine et dans la gêne, n'ayant eu pour but de son activité que le bien de tous.
pour le Corps législatif, aussi bien que le fait votre tierviteur et concitoyen