‹ Un collaborateur de Mirabeau; documents inéditsChapitre 5 sur 8 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

ier février il9i. — Sur sa présidence de F Assemblée nationale. Offre de billets et loge.

Si M. Reybaz sait que je suis président, il sait aussi que j'ai des billets à ses ordres et, pour la semaine prochaine, une loge aux ordres de Madame et de Mademoiselle Reybaz. Je prie toute la maison patriarcale d'agréer mes hommages. — Vale et me ama.

Mardi.

5 février il9i, — Offre de billets et loge. Rappelle le discours sur la peine de mort, etc.

Voici ma loge pour jeudi; mais je voudrais avoir une obligation à Monsieur Reybaz à cette occasion. On est trop loin de chez lui à trois heures pour y retourner dîner. Qu'il m'obtienne tic Madame Reybaz d'accepter le dîner comme la loge de la présidence et j'en serai très-reconnaissant.

J'avertis Monsieur Reybaz que le Comité de constitution est prêt sur la peine de mort ; et ( (ue je compte entièrement sur lui pour les trois ou quatre belles choses que j'ai eu l'indiscrélion de lui demander. — Je lui adresse mille et mille bien affectueux compliments.

5 février.

Je n'ai que faire de lui dire qu'outre ma loge, s'il veut obhger quelques amis, j'ai des billets à ses ordres.

iO février i79i. — Pendant sa présidence m'offre sa loge, son carrosse et nous attend à dîner après la séance.

J'envoie mon carrosse à Madame Reybaz.

C'est tout simplement à la porte de la cour du manège qu'il faut s'adresser ; mes gens l'indiqueront. Je ne pourrai pas présider ce matiiï, mon œil est hors de service et me fait horriblement souffrir; mais on me flatte cependant qur ce soir je pourrai recevoir les quakers. Au reste je me console en pensant que Madame Reybaz n'oubliera pas qu'elle trouvera ici un dîner gcnevois, .... * Vieusseux, M. Odier, etc.

Vous connaissez mon dévouement.

Jeudi.

i9 février i79i. — Sur la reddition des accusé* réclamés par les puissances étrangères.

On a renvoyé aujourd'hui au Comité diplomatique Ja très-importante question de savoir si

* Un nom effacé.

les nations doivent se rendre respectivement leurs criminels. Je tiens, et pour y avoir réfléchi depuis longtemps, et pour en avoir beaucoup causé avec Romilly, je tiens pour la négative ; êtes-vous de cet avis? Si vous en êtes, ne trouvez-vous pas que cette question tient beaucoup à celle que vous traitez, et vous sentez-vous assez bienveillant pour moi, et assez prêt pour vous charger de traiter la chose? C'est là une de ces très-grandes questions sur lesquelles on peut et on doit professer l'Europe entière et je vous aurais une extrême obligation. Mais je suis obligé de vous observer que comme cette question naît à la suite de celle de Huningue et doit régler notre conduite avec le gouvernement autrichien, elle est fort pressée. Je dérange votre philosophie, je le sens bien, mais n'intéresserai-je pas votre humanité et votre conscience d'apôtre de la liberté. — Vale et me ama.

Samedi.

9 mars il9i, — Sur le discours relatif à Fabrogation dés testaments en ligne directe, à confronter avec le projet du Comité.

Je vous adresse le projet du Comité sur les successions, avec votre propre ouvrage. Voyez si cette lecture vous donnera l'idée d'y ajouter quelque chose et nommément au mis en scène ; car c'est ce me semble à propos de ce rapport, qui sera au plus prochain ordre du jour, que je dois prononcer le discours sur l'abrogation des testaments en ligne directe. Ne vous endormez donc pas, mon cher philosophe, et d'autant que la peine de mort va venir et que le Comité de constitution a mis en chantier la législation matrimoniale. — Vale et me ama.

Mes respects à votre excellente compagne.

Mercredi.

Matin du 20 mars iWi, — Instances sur un travail au sujet de rachat des rentes -- et de la peine de mort.

C'est dans les dernières étreintes d'une colique tantôt spasmodique, tantôt humorale qui

ïij'a rayé pendant trois jours du livre de vie, que je vous écris pour vous avertir, mon trèsi'iier Monsieur, que l'Assemblée nationale se pervertit grandement sur l'affaire des rentes viagères et que j'y ai besoin de toutes vos lumières et de tout votre talent. C'est une de ces matières sur lesquelles il est impossible qu'on ait tort quand on y sait avoir raison ; et certes, il importe à l'achèvement de la carrière que j'ai tuurnie dans l'Assemblée nationale que ce soit encore moi qui la préserve de ce nouvel écueil mv lequel veulent l'attirer la jonglerie et la cupidité Ceci est un avertissement très-sérieux

et très-instant, mon cher frère d'armes.

Ce n'est pas tout ; ce diable de Comité de judicature se hâte sur la peine de mort, parce ([u'elle s'enchevêtre avec tous les nouveaux arrangements, ou plutôt nous enraie tous; cela peut donc nous arriver tous les jours par rafale; vous \'o^ez que n'en déplaise |à Madame Reybaz, il iaut que vous laissiez allonger un peu votre Ijarbe et que vous vous posiez à votre bureau.

Adieu, mon très-cher Monsieur, en voilà bien long pour un revenant.

[57]* mars il9i. — Sur la non-lecture à FAssemblée nationale de son discours sur les rentes viagères et sur les successions testamentaires. C'est le dernier billet du pauvre Mirabeau, mort le samedi 2 avril 1791.

Vous n'êtes pas juste, mon très-cher Monsieur, si vous me reprochez un des plus grands chagrins que j'aie eus à l'Assemblée nationale et un des grands actes de perversité machinés contre moi dans icelle. Je veux dire la nonlecture de l'excellent discours sur Yirrédmtibilité des rentes. Et certes, MM. les machinateurs n'en sont plus où ils en étaient, et j'ai barre sur eux; ainsi cela n'arrivera plus. Si donc le bon ange de la France ou le mien vous tiraient un peu l'oreille, ils me rendraient un grand service et sans vous donner beaucoup de peine, car plusieurs morceaux de ce discours non prononcé pourraient être employés avec beaucoup de convenance et le plus grand succès.

C'est le mercredi que vous eûtes le succès

^ Reybaz a mis 21, ce qui est évidemment une erreur, car Mirabeau date de dimanche^ et il n'y eut pas de dimanche 21 mars 1791.

dont on vous a parlé aux Jacobins; c'est le jeudi que je suis tombé malade et le vendredi que j'ai pensé mourir. C'est pour moi et non pour mes héritiers que l'on a retardé la question des successions, que nous gagnerons, à ce que j'espère, contre les pères de droit écrit. La voilà un peu retardée parce que les mines et minières sont commencées, mais cela finira certainement cette semaine.

Je vous tiendrai au courant de la marche du Comité des impositions ou des finances sur le rachat des rentes, et je vous livrerai bataille quand nous ne serons plus dans le vague, comme vous dites.

Me voilà tranquille sur la peine de mort, mais chez vous il n'y a que la tête d'activé ; chez moi, tout l'est. Le bonheur vous a gâté, si pourtant le chef-d'œuvre de la vie n'est pas d'être heureux et de rendre heureux ce qui nous entoure. Le malheur m'a acéré, stimulé, incendié, et je brûle encore lorsque je ne suis plus que cendre. Souffrez donc que j'essaie toujours de vous échauffer un peu.

Dimanche.

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