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remettr le commerce dans son royaulme (et par les sages advys de Vostre Grandeur l’on pourra en six ans rendre le roy très-puissant sur mer).
Les moyens qu’ils conviendroyct fayre à présant sur l’estat en quoy sont les affayres, affin de trouver fonds et remettre la navigation, et ensuytte fayrre des conquestes et trafficqs que l’on exécutera dans les quatre partyes du monde fort facillemant, pourveu que l’on ne laisse perdre de temps et que l'on s’attache aux effets et non aux paroles, et le tout avecg prudence et secret.
Articles pour persuader ung chascun de risquer sur mer et trouver fonds pour la navigation
Il est doneq besoing que le Roy dyse publicquement chasceun jour, dans les occasions à propos, que ses favoris seront ceulx quy feront fayre des navyres, et quy auront le courage d’entreprandre des voyages de long cours ; et à telles personnes il donnera des gouvernemans, pensions et privillèges, et non à ceulx qui le suyvent, lesquels se ruvnent aux cabarets, en luy demandant rescompance d'avoyr servy plusieurs années, sans néantmoings avoyr jamays tiré leurs espées, tant par mer que par terre; tellement qu'il conviendroyt à Sa Majesté dyre que tous les vicioux et importuns quy suyvent la cour n'auront plus peucion ny rescompance, si ce n’est quelque vertueux, et que leurs vertus, par leurs voyages, leur en acquièrent; et mesme en fayre publyer un édit portant permission à la noblesse de traffiquer sur mer, déclarant à tous marchans quy auront ang üavyre de deux cens tonneaux armé de seize pièces de canon, pour servyr moyctyé guerre et moyctyé marchandise?, et quy auront navigué dix ans dans la compagnie du Havre de Grâce ou Morbihan, qu'ils seront anoblis , et ensuite leurs enfans entretenans ung semblable navyre, cela convyera ung chascun de risquer son bien sur la mer, puysque les honneurs et rescompance se donnent à telles personnes.
Sadicte Majesté fera doneq déclarrer qu’elle veult fayre une compagnye royalle de ses bien-aymez et à cest effect sera le premyer de Ja societté quy risquera ung navyre de mil tonneaux, armé de cinquante pièces de canon, lequel s'appellera Royal.
Ensuite la Royne sa mère en risquera aussy ung de sept cens tonneaux, armé de quarante pièces de canon quy portera le nom de la Royne.
Plus, Monsieur, sur son revenu, en aura ung de six cens tonneaux, armé selon sa grandeur, auquel il fera porter son nou.
Et Vostre Grandeur pour donner exemple à ung chaseun, en fera bastir ung de cinq cens tonneaux appelé le Richelieu, qu'elle fera armer moyetyé guerre moyetié marchandise, avecq trante-six pièces de ‘anon.
Semblablemant les princes du sang, selon leur rang, auront chaseun ung navyre de quatre cens tonneaux bien arméz et équippés, qu'ils entretiendront de leurs revenus, et porteront leur noms. Et pour les commander, ils y mettront leurs créatures, ce quy leur tiendra lieu de rescompance. Et leurs pen-
1. Cf, art, 16 de l'édit d'établissement de la Compagnie des Gent associés, 2, Rapprocher l'opinion des marchands de Rouen (V, notre art,, {tev, de géog nov, 1885),
ISAAC DE RAZILLY. 25
tions, que leur donne Sa Majesté, seront employées préalablement à toute la despance.
A l'exemple du Roy, de la Royne, de Monsieur, de Vostre Grandeur et des princes, les ducs et maréchaux de France en feront fayre chasceun ung, pour entrer en cette compagnye royalle; et feront tous porter leur nom auxdicis vaisseaux. Et toutte la flotte particippera à proportion de leurs esquippages en touttes les conquestes et profficts quy s’y feront.
Faisant doncq les advances de la mer nécessayres, chascun princes et aultres relrancheront des superfluités d’habits, chiens et oyseaulx, et n'auront plus tant de gens près d’eux à les importuner. Ainsy la pluspart de leurs gentilshommes et créatures trouveront lieu de rescompance dans leurs navyres, quy, avecq le temps, leur apporteront de grands profficts et revenus, au lieu de despance. Car, c’est une chose inutille qüe les princes et grands seigneurs ayent tant de suytte pour fayre recongnoistre leurs grandeurs, estants assez congneus dans ce royaulme. Il ne leur mancque, sinon par le moyen de la naviguation ils fassent porter leur renommée dans les quatre partyes du monde, affin de randre leurs noms immortels.
Or, à l'imitation de cette flotte royalle, il sera très aysé de persuadder par authoritté de Sa Majesté!, que touttes les villes capitalles de France facent chaseune construvre ung grand navyrre, dont d’eux-mesmes ils feront vollontayre levée de denyers par l’ordre de leurs maisons de viile pour l'entretien desdicts navyres, et ordonneront des chefs et officyers quy distribueront l'argent selon leur ordre, et comme ils verront estre affayre et nécessayre; lesquels vaisseaux porteront le nom de la ville et seront moyctyié guerre et marchandise, Et en retireront les profficts et emoluemans quy en proviendront, dont le capitayne, quy aura servy dix années, sera anobli.
En premier lieu, il est besoing que Vostre Grandeur aille de la part du Roy à Paris fayre assembler la maison de ville et y déclarrer les justes intentions de Sa Majesté pour l'advantage de ses subjects, et leur conférer les moyens de trouver ung fonds sur la ville de trante mil escus annuels pour servyr à l’entretien d'ung navyre de huit cens tonneaux avecq quarante pièces de canon, quy portera le nom de Paris. Et pour ce fayrre, il n’y a que les premyères années difliciies; mais en peu de temps, ils se rembourseront de leurs premyères advances et ne coustera plus rien. Au contrayre, la ville en retirera de grands proflicts ; et pouront employer plusieurs de leurs enfans, lesquels se desbauchent faulte d'employ, ce quy soullagera les pères et mères, et avecq le temps se rendront capables de servyr le roy. Doneq, à l'imitation des villes cappitalles, les présidiaulx et royaux, selon leur grandeur et puissance, feront bastir des paltaches et suyvront le même ordre aux conditions cy-dessus.
Et d'aultant que lesdits vaisseaulx pouront fayre de grandes conquestes pour le temporel, il convyent travailler principallemant pour le spirituel, quy est dans l’Aflricque et l'Américque, où il y a plusieurs millions d'âmes qui ne respirent, sinon d'estre instruits de la vraye loy divyne; partant, il est besoing de grandes sommes de denyers pour travailler à la conversion de ces pauvres âmes, aflin d’introduyre des semynayres et porter des estoffes pour habiller
1, CF, la souscription à la Compagnie des Indes orientales, 1664,