‹ Un colonisateur du temps de Richelieu, Isaac de Razilly [microforme]Chapitre 11 sur 19 · CPR PAPE AT A DL A A EL NEC RE OCR · texte numérisé non relu

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1. Razilly, compatriote de Rabelais, le cite de préférence. Mais cette boutade « classique » se (rouve chez beaucoup de nos classiques, qui devaient l'idée aux anciens. Quant à Rabelais, il était loin de proscrire les voyages sur mer (Voy. ce que nous avons dit dans la Revue de géogruphie de juin 1885).

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ISAAC DE RAZILLY. 23

ung chascun qu'il préfère par dessus tous ses subjects ceux-là quy naviguent sur mer, qu’il donnera pention aux bons cappitaynes et à ceux qui feront de bonnes actions; de cette façon il trouvera ung nombre infiny de grands quy irront planter des colonies, exécuteront des entrepryses par tout l’unyvers, et feront voyr qu’il n’y a auleune nation au monde, plus capable de naviguer, pattyr et obéir comme eulx, pourveu que l’on fasse ellection de bons chefs pour les commander et conduyre; et que les charges ne se donnent plus par compères et par commères.

Le seul advantage qu’ont eu les Espagnols sur nostre nation, ça esté de ne pardonner jamays aux traistres de l’Estat, en chastyant le vice et rescompançant la vertu.

Je prendray la hardiesse de dire que lon c’est gouverné cy-devant envers les habittants de ce royaulme comme les sauvages du Canada font envers Dieu, quy est qu'ils ne le craignent et ne le servent, parce qu’ils croyent qu'il est sy bon qu'il ne leur fera poinct de mal; ayns, au contrayre, servent le diable d’aultant qu’il est mauvays, ayant une très grande crainte d’estre battus et tourmantés.

Aussy en France, en rescompance, ceulx lesquels menacent et peuvent faire du mal, ont de bons gouvernemans, mays ceulx quy sont bons, dont la fydellité est asseurée, l’on dit : Ung tel nous est acquys ; jamais il ne portera les armes contre le roy, partant, il ne luy fault rien donner; quy est la plus meschante maxyme quy puisse arriver en ung royaulme; car, de cette façon, l’on perd les bons serviteurs, fault se confyer aux meschans, lesquels trompent nécessammant. C’est montrer le chemin à ung chascun de vyvre de la sorte, pour estre rescompençé, puisque les bons ne le sont pas.

Maintenant, je recongnoys clayrement que le Roy et Messeigneurs de son conseil veullent refformer tous les abus, et ne se servyr de touttes les coustumes du passé; au contrayre, establir dans le royaulme ung siècle de vertu, chastier tous les vitieux, remettre la navigation en sa splendeur. Et en effet, tous les habittans de France doibvent bien prendre garde à la vertu de Sa Ma- Jesté, laquelle est plus divyne qu'humayne.

Or, je ne m'arresteroy d’advantage pour prouver que la navigation est utille en France et que dans le royaulme touttes choses s’y trouvent pour randre le Roy très puissant sur mer, joinct que Les Françoys sont capables de naviguer et planter colionyes. Ce qui est si véritable, que les personnes bien censées ne doibvent plus avoyr ses vieilles erreurs qu’il ne faille naviguer pour l'advantage du royaulme ; les exemples des voisyns nous doibvent fayre sages à l’advenyr{.

Il est doncq question de venyr au poinct. Ung chascun me dira : J'advoue qu'il n’y a que par le moyen de la navigation que l’on puisse enrichyr Pestat et randre le roy redoutable à ses voisyns. Mais comment faut-il fayre à présant; car ii convient de grandes advances et beaucoup despancer d'argent, en touttes les entreprises de mer, et maintenant le roy n’en a que fort peu et ung chascun est pauvre, ce quy est vray. Mais il fault fayre de nécessité vertu. Et ans double, pourveu que Sa Majesté embrasse d'affection les moyens de

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