‹ Un colonisateur du temps de Richelieu, Isaac de Razilly [microforme]Chapitre 16 sur 19 · TT · texte numérisé non relu

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ISAAC DE RAZILLY. 29

ports de France; car les grands ne tyrent que neuf pieds d’eau et les pattaches six; dont l’une portant l’aultre, ne cousteront que dix ou douze mil livres, avecq cordages, voylles, cables et ancres, puis on y mettra du canon, selon ce que l’on en aura!.

Il seroyt très nécessayre de fayre construyre une fonderye de canons au Havre de Grâce et une aultre à Brest, et que tous les canons inutilles des provinces fussent portées auxdictes fonderyes, pour en fayre plusieurs pièces de mesme qualibre que la nouvelle invention, pour armer les vaisseaulx ?.

Il est aussy de besoing d’establyr dans tous les ports de mer de France des escolles de canonniers, leur donnant des privillèges; car, à présant, en ce royaulme il ne se trouvera pas vingt bons canonnyers; par conséquent le canon est inutylle sy Pon n’a des canonnyers ?.

Or, je présuppose qu’il y ayt force navyrres en armes en France, armés et équippés de touttes choses nécessayres. Il n’est doncq pas question maintenant de les laisser inutilles. Et pour les employer à l’advantage du service du Roy et Bien public, je desduyray cy après les lieux où il me semble qu’il seroyt besoing de les employer et qu’on le pourroyt.

C'est au lieu que les navyrres de Sallé, subjects de l'empereur du Marocque sont journellement en ses costes, quy prennent très grand nombre de navyrres de ce royaulme et gastent nostre trafficq. Fauldroyet les prévenyr, et aller mouiller l'ancre à la rade dudict Sallé avec six navyrres, dont l’un empescher: qu'ils ne puissent entrer ny sortyr sans estre pris. Et du mesme voyage l’on poura traicter la paix avec ledict empereur {de Marocque, et retirer les pauvres Françoys détenus esclaves, pour la trahison et vol de Cathelane et aultres, lesquels l'ont affronté par le moyen des lettres du roy qu’ils obtindrent par faveur des secretayres d’Estat, où, en effect, il a juste occasion de se plaindre, veu qu'ils luy emportèrent plus de troys millions en pierreryes et livres; et lorsqu'il envoya en France son ambassadeur pour se playndre, on le rétint quatre moys enfermé dans la maison, de l’advertissement de Sa Majesté, sans qu'il eust moyen de sortyr du tout. Ceste affayre fut très mal conduytte. Mais l’on y peult reméddyer par le moyen du fonds que l’on a destyné sur les ventes d'offices de conseillers de Rouan et Dijon. Et du mesme voyage que l'on aura retyré les esclaves, l'on pourra laisser cent hommes à l’isle de Montgaddor, sittuée à portée du canon de la terre ferme, à 32° de lattitude, isle très aysée à fortiffyer, 11 y fauldroyt mettre six pièces de canon et laisser du biscuyt aux cent hommes, et avoyr nombre de planches de sap, pour y fayre des maisons, car d’aultres forteresses, il n’en est ja besoing, d'aultant que l'isle naturellemant est toutte fortiffyée. Fauldroyt establyr dans ycelle ung commerce de thoille, fer, drap, et aultres menues marchandises, jusques à la somme de cent mil eseus par an. L'on aura de la pouldre d'or en payement, dattes et plumes d’autruche. Et l'on pouroyt thirer quelques chevaux barbes des plus forts et meilleurs de l’Affricque. Le profliet de la vente des marchan-

1. Le P, Fournier porte à 50 500 livres le prix d'un vaisseau bâti et drossé à Saint, Malo (Hydrogr., p, 188, édition 1667),

2, Vœu réalisé par Richelieu, comme l’on sait (fonderies au Brouage, au Havre à Marseille).

3, Vœu réalisé par Colbert,

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