UN COLONISATEUR DU TEMPS DE LICHELIEU
dises pouroyt monter à 30 p. 100 de gain, d’aultant que le voyage est fort court; car, des costes de France, ayant bon vant, l’on y peult estre en huict jours. C’est avoyr ung pied dans l’Affricque pour aller s’estendre plus loing.
Et le surplus desdicts vaisseaulx entretenus de Sa Majesté, il seroyet besoing d’en envoyer quattre pour garder et conserver les pescheurs de Terre-neufve contre les forbans.
Et le reste garderoyt les costes de Normandye, Bretagne et Guyene; et accompagneront les navyres marchands jusques en Espagne.
Voyla doncq l'employ des trante navyres en guerre. Et pour les marchands, ils se peuvent employer libremant et seuremant dans tout leur traflicy ordynayre,
Le traffica de Sénégal, Cap Ver, Ruffisque et Gollée est très bon. L'on y porte du fer, du crystal et de l’eau-de-vye. Et, en eschange l’on rapporte des cuyrs, de la cire, gomme, yvoyre et muse, environ pour cent mil escus par an. Le proflict est aussy 30 p. 100. Ceulx de Dieppe ont toujours continué eydevant la traycte. Mays, ceste année, estans tous chargés, prest à revenyr, ung corsayre les a pris avecq la valleur de cent mil escus, ce quy portera grand préjndice à la traicte.
Il y a quelques Françoys quy ont trafficqué dans la rivyère de Gambye, Mays dans tous ces quartiers de Guinée, l’ayr y est très mauvays. Et pour les habitations, il n’y a lieu en Affricque propre aux Françoys que l'isle de Montgaddor et Tagrin, où les Portugays avoyent, en diverses années, armé des vaisseaux, pour y dresser des collonyes. Tagrin est onze degrés nord de la ligne. Les Portugays y ont esté deffaicts par les Françoys. Le pays est fort agréable. Mays le reste de lAffricque est très malsain, et en beaucoup d’endroicts stérille, dont je ne parleray d’advantage.
J'ay mis les desseings de l’Affricque les premyers accausé qu'ils pressent le plus, et aussy que tout le trafficq de France est perdu sy l’on ny met prompt remède, suyvant les moyens cy-dessus. Car, dans l’Europe, c’est une chose admyrable et ordynayre que les trafficqs y sont reiglés et n’y a rien à adjouster ny dimynuer, sinon qu’il faut tascher par tous les moyens d’attirer l'or et l'argent de nos voysins par nos denrées et fayre que ledict argent estant en nostre royaulme n’en sorte, deffendant touttes estoffes de manufactures estrangères, comme les soyes de l'Itallye, le trafficq de Marseille en Turquye, lequel emporte six millions par an, et des plus clayrs denyers, pour avoyr seullemant des marchandyses et drogues, que nous pouvons avoyr en eschange de d’aultres.
Aussy les Hollandoys, par le moyen de leurs dantelles, thoilles, pouppynes, et mille petites curiosittés dont ils attyrent nos plus clayrs denyers, emportent grand nombre d'argent, L'on y peult donner ordre, d’aultant que les ouvryers de France pouront fayre mesme chose, Fault prendre garde aussy qu'ils ayent nos quarts d’escus; car ils ont de coustume d’altérer la monnoye de douze sols par escu, puys nous le rapportent en France, et mesmes font un nombre infiny de sols et de doubles, dont, pour les débitter en ce royaulme, ils ont des facteurs quy les changent pour des pistolles. 11 convyent aussy deffondre le drap d'Espagne et générallemant touttes les estolfes estrangères, et ostre soingneux d'empescher que touttes les réalles quy viennent d'Espagne
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