‹ Un colonisateur du temps de Richelieu, Isaac de Razilly [microforme]Chapitre 19 sur 19 · C’est l'idée de Colbert (CF. son mémoire du 15 mai · texte numérisé non relu

C’est l'idée de Colbert (CF. son mémoire du 15 mai

3. Le mot est vif. Mais beaucoup, en notre temps, le trouveront juste,

4, Dantzig.

.5. Ainsi auraient pensé les sociétaires de la Comp. des Indes orientales de 1664, d'après M, Pauliat (Louis XIV el la Compagnie des Indes, Lévy, 1886, p. 127-195).

mere

Il y a aultres royaulmes des Indes, où l’on peult aussy trafficquer, et, par ce moyen les Espagnols et Hollandoys, quy nous fournissent les espiceryes et aultres denrées cy-dessus recepvront de grandes pertes, d’aultant que leur plus grand débit est de les vandre en France.

Quy vouldroyt, on pourroyct fayrre la guerre dans la mer Rouge et l’on ferait de grandes prises; mais cela pouroyt altérer le trafficq!.

Voilà tout ce qu’on peult dyre de PAsie.

Il reste donc la dernière quy est la grande Américque, laquelle l’on separe en deux partyes, sçavoir méridionalle et septentryonalle. Il s’y rencontre le pays de Canada, appelé aultrement la Nouvelle-France, depuys les 46° de lattitude jusques au 51°. Puys la terre est contigue d’un polle à l’aultre, fors quelques petits destroicts.

Les Angloys vont habitter au sud, à trente-six degrés. Et quy entreprendroyt de planter une colonye en &e pays-là, il fauldroyt borner les Angloys le plus proche qu’on pouroyct. Les marchans de Rouan et aultres quy avoyent entrepris depuys vingt années de peupler ladicte terre s’y sont mal gouvernés, et n’ont eu d’aultres pensées sinon de retirer dans une année nombre de castors et peaux d’orignae pour y trouver le proffict présant, sans avoyr eu aulcune vollonté bonne d’augmanter ce pays-là; car sy c’eust esté gens curieux de randre cette terre bien habittée, il y pouroyt avoyr à présant plus de quatre mil âmes, et néan(moings il n’y en réside pas plus de vingt-cinq.

Cy la Compagnye du Havre au Morbihan estoyt dressée, il seroyt bon d’achepter le droict de vice-roy qu'a Monsieur de Ventadour?, qui cousteroyct environ cent mil livres, puys quelque vingt mil escus pour desdommager les marchans et qu’ils entreprissent de fayrre passer grand nombre de pauvre peuple quy seroyt bien ayse d'aller habitter ce pays-là. Et s’y rencontre ordinayrement ung moyen facille pour le passage, quy est que l’on pouroict contrayndre cent navyres françoys quy vont en ce pays-là pour fayre la pesche des mourues, quy, moyenant vingt francs pour personne, fussent obligés de les passer et porter audict pays.

Tout ce que je trouve fascheux des marchands, c'est qu’ils ne sont pas proppres à dresser des colonyes, d’aultant qu’ils veulent tousiours ungt proffict présant #, et ne regardent ce quy aryvera dans dix ans; car ils n’ont d’aultre but que leur proffiet et ne se soucyent de la gloyre de Dieu ny de l'honneur de leur prince, le seul proffict annuel les aveuglant tellemant que, pour les collonyes, j'estimeroys bien mieulx que, par la puissance d’un homme de quallitté et faveur, l'on fist fayre une bource commune par des trésoriers partisans ; les: quels sans sçavoyr le dessing, ne qu’ils eussent voix deliberative se confiassent de mettre leur argent entre les mayns d’un seul directeur !, lequel feroyet fayre tous les embarquemans necessayres selon qu'il le jugeroyt à proppos. De ceste

1. Cf. Les courses du capitaine André, pour Fouquet, 1659-60 (S, de Rennefort, ch. XI, 8. q.).

2, C'est ce qui fut fait en 1627.

3, À partir de là,le mémoire est écrit d’une autre encre, bien que de la même main,

4. Cf, la composition et les conditions de la Compagnie des Gent associés. La Compagnie des Cent fut précisément fondée avec un fonds de 300 000 livres, comme le demande plus loin Razilly.

ET en 2 PA

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façon ne despandant cette affayre que d’une teste, l’on pouroyt fayre de grandes choses, car ce quy gaste nos entreprises de France, c’est accause qu’il y a plusieurs chefs et conseils.

Cette affayre pouroyct estre entreprise quy auroyct cent mil escus de fonds. Mays je n’estyme rien de celle-là au respec de ce quy ce peult faire dans la méridionnalle, où pour la mesme somme l’on pourroyt dresser une collonye dans la terre d’Eldoradde, la plus glorieuse et utille à la France que chose quy se soyt jamays entreprise, Et par ie moyen de troys emparquemants consécutifs de chaseun cent mil livres, l'on feroyct porter quinze cens hommes danledict pays, quy se pouroyent rendre invincibles à touttes les nations quy viens dront s’opposer à leur dessing. 11 s’y rencontre deux cens lieues de costes, equelles ne sont encore habittées de chrestiens, où il y a troys bons ports à retirer plusieurs vaisseaulx.

La scituation du pays commance à quatre degrés Nord de la ligne, s’estend au travers du Brésil et Perou jusques en la mer du Sud, et dans mille lieues de traverse. Il n’y a encore auleuns chrestiens sinon ung nombre infiny d’habitlans nuds quy vivent dans l’inocence, touttefoix dans l’erreur et hors de l'Église, n’estants baptisés. Néantmoings la pluspart auroyent grande vollonté de ce fayre chrestiens pourveu que ce ne fust par les mayns des Espagnols, d’aultant qu'ils disent qu’ils ne veullent qu’apprès leur mort leurs âmes ayllent où sont celles des Portugays-Espagnols, parce qu’ils les pouroyent encore persécutter dans l’aultre monde. C’est ung bruyt quy a coullé parmy touttes ses nations d’avoyr en hayne les susdicts Espaguols, encore que la pluspart n’en ayt jamays veu.

Sy les Françoys estoyeut establys en ce pays-là, il seroyt fort aysé d'amener au giron de l'Eglise tous ses pauvres peuples errants et ceulx quy entreprendront ce dessing en seront récompancés au ciel, et rendront leur nom immortel en la terre.

Il semble, Monseigneur, que Dieu aye réservé cette conqueste durant que Vostre Grandeur tient le gouvernail des affayres de la navigation de ce royaulme, dont la France en peult recuillyr ung grand fruict et advantage. Car il est très certain que touttes les richesses et fertillités de la terre qui sont aulx Indes occidentalles se rencontrent dans le mesme pays quy en fayet une partye; et s’y trouvera des mynes d’or et d’argent, esmerauldes, canes de succre, baulme, taintures, senteurs, roucou, poyvre rouge, tabac et pittes (?) qui y vienent parfaictement bien; les arbres y sont tousjours verts, remplis de mille fruicts divers; les ananas et melons s’y cuillent en toutte sayson; le froment de Turquye et toutes sortes de légumes y viennent habondammant ; le pays est meslé de forests et prayryes quy sont esmaillées de mille sortes de fleurs; il se peult fayre nombre de bons vins d’acaioux, de palmes, ananas ; oultre le miel qui est excellant pour faire de l’hidromel!.

Aussy l’on ne sçauroyt représanter le grand nombre de sanglyers, cerfs,

1. Cette description précise et enthousiaste de la Guyane et pays de l’intérieur permet de supposer que Isaac accompagnait son frère François dans l'expédition de 1611. — Comparer l'affiche répandue par la compagnie de la France équinoxiale, 1656 (P. Du Tertre, I, p. 480, édition 1667).

biches et anymaulx bons à manger quy sont dans ledict pays et pareïillement ung nombre infiny d'oiseaux tous différans de genres.

La susditte coste d’Eldoradde est habondante en plusieurs fontaynes et ruysseaulx. Les Portugays sont séparés de cette terre du costé de l’Oriant par la grande rivyère des Amazones quy a cinq lieues de large en son embouchure et mille lieues de long; et à l'occident est séparé des Espagnols par la rivyere d’Areure quy a trante lieues de large et six cens lyeues de long. Ces fleuves sont remplis d’une quantitté de poisson de diverses grosseurs, très excellens à manger.

En cedict pays, les jours et les nuicts sont tousjours esgaulx, et l’ayr très sain. Il n’y a jamays de froid et les challeurs sont modérées à cause de la quallité des jours et des nuicts et des grandes rosées; particullièremant c’est que tons les jours comme le soleil se lève, le vant d’Est commance à souffler quy est frais et gaillard et se renforce tousjours jusques à midy, puys il duuynue à mesure que le soleil s’abaisse, contynuant tousjours le semblable en touttemps.

Plusieurs pouront dire : Puisque ce pays est sy bon, pourquoy est-ce que les Espagnols ne l’ont pris? A quoy je respons que l’on nous en disoyt aultant de Marignan, durant quatre années que nous l'avons posseddée et habittée; ce néantmoins, les Portugays, quy l’avoyent négligée jusques à ce temps-là l’occupent à présant, disans clayrement que c’est une des meilleures terres quy soyt dans les Indes, et en retyrent de grands profficts. Et en oultre, je responds que les Espagnols ne sont capables (joints avecq tous les chrestiens) de bien habitter l’'Americque, et que ayans conquys aultres royaulmes dans l'Europpe, Affricque et Asye, le soleil ne se couchant dans ses terres, et en effect les peuplades qu’ils ont faictes dans l’'Américque ne sont seulement que longs des costes, de cent lieues en cent lieues; de vray, veu que l'Espagne n’est point féconde en peuples, il est impossible qu’ils puissent habitter tant de terres, pour ce qu’en telle contenue de terre grande comme la France, il n'y a pas deux cens homes.

D’aultres pouront dyre que sy l’on se habitte dans l’Americque, l’on en seroyt chassé par les Espagnols, comme ils ont faict cy-devant en l’habittation de la rivyère de Geneve, la Floride et Marignan. En cela je diray qu’en touttes ses collonyes prétendues, jamays troys cens homes de guerre françois ne se sont veus ensemble, encor bien que ce n’a pas esté la force quy les aye chassés, mays plustost le mauvays ordre, nombre de chefs et sans avoyr auleun secours ny ayde. Et ceulx qni ont faict telles entreprises mancquayent en deux choses, scavoyr, d'argent et de praticque en pareille chose, y ayant nombre de petits associés quy avoient fourny leur argent et bien que ce fust en petitte quantitté, ils prétendoyent tous d’estre maistres; et de plus, dans les troys susdittes entreprises, il y avoyt toujours diversité de religion.

L'on poura considérer que sy nous avons gardé quatre ans Marignan et cinq cents lieues de coste avecq six vingts hommes qui restèrent à terre, après que les vaysseaux furent retournés (et ce néantmoings les Portugays ne nous chassèrent point de force), cela fayet bien voyr que sy nous eussions esté secourus de cinq ou six cens hommes et que n’eussions poinct esté dirigés les ungs les aultres, jamays les Portugays n’eussent pris ce pays-là, ayant l'assistance des habittans, lesquels ne nous ont jamays abandonné.

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Or, de la façon que je projecte l’establissemant qu’il convyent fayre pour | planter colonyes dans ladicte terre d’'Eldorade, c’est jouer à boulle veue et | humaynement estre asseuré de l’establissement, pourveu qu’on ayt ledict fonds | de cent mille escus pour porter en l’espace de dix-huict moys quinze cens | hommes. Avec l’advantage des lieux et assistance de ceulx du pays, on ne doibt

rien craindre ; car, quant ils viendront avec dix mille hommes, ils seront battus. | Touttes les choses cy-dessus sont sy claires et véritables qu’elles me font croyre que Vostre Grandeur embrassera ce dessing, et m’asseure que le roy en | recepvra ung jour grand contantemant et advantage pour le bien de son y royaulme. L’extrême passion que j’ay de voyr bientost reussyr ceste affayre me transporte hors de moy et les jours m’estans des années jusques à l’heure que J'auroy l’honneur d’estre commandé de Vostre Grandeur pour servyr de soldat

| dans ce généreux dessing.

Ce qu’attandant, je finiray ce grossier discours de mathelot en luy offrant mes labbeurs de vingt-troys années que j’ai consommées à la recherche de la congnoissance des quatre partyes du monde, le peu de bien quy me reste avecq ma vye. Et luy feray voyr aux effects qu’il n’y a personne au monde plus zeellé à son service que moy, quy pricray Dieu le reste de mes jours pour sa prosperité, santé, heureuse et longue vye.

LE CHEVALLYER DE RAZILLY.

BOURLOTUN, — Imprimerics réunies, B, rue Mignon, 2.

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