‹ Un colonisateur du temps de Richelieu, Isaac de Razilly [microforme]Chapitre 18 sur 19 · RE RE · texte numérisé non relu

RE RE

ne

outil es.smmartu miens

ISAAC DE RAZILLY, al

ne se transportent en Hollande, parce qu’il y a 10 p. 100 à gaingner. Aussy les chevaulx de carosse que l’on tire d'Allemagne, les orloges et cabinets emportent beaucoup d'argent.

Le meilleur trafficq que nous faysons en Europe est en Espagne, d’aultant que tout l’argent que nous avons vient de là, par le moyen de nos thoilles et bleds!.

Ce quy a gasté le trafficq ça esté que tous les marchands se voyans riches, n’estans conservés en la naviguation, ont employé tous leurs biens en offices pour leurs enfans ?, ce quy a gasté l’Estat, d’aultant qu’il n’y a gens au monde plus faynéants et inutilles que les gens d’escriptoyre 5, quy n'ont aultre pensée que la rappyne, pour déterrer leurs voysins. L'exemple qu’a faicte le roy d’Espagne depuys quatre ans nous debvroyt fayre sages, quy (comme j’ay dict cy-devant) qu’il a faict des édicts et mandements à ung chascun de ses subjects de quicter les chiquanes et lettres au commung peuple, et a retranché des collèges, affin que touttes les familles employassent leurs enfans à la mer, le seul maintien de leur Estat.

Il convycnt particulièrement remettre la pesche des haranes que les Françoys ont laissé perdre par leur négligence, laquelle est importante par an de deux millions.

On pouroyt fayrre quelque trafficq en Dannemareq et D’Anzinc, d’où l’on apporteroyt euyvre et fonte à bon marché, pour fayre des canons.

Il y a aussy quelque trafficq en Angleterre et Irlande, du vin et du sel qu’on leur porte; il nous revyent des cuyrs, de l’estaim et draps.

Voilà tout ce quy se peult estre pour l'Europpe.

En ce quy est de l'Asie et Indes orientalles, il ne fault s'imaginer y planter des collonyes. Les voyages sont trop longs; puys les Espagnols et Hollandoys y sont forts, quy ne le permettroyent, et tout ce que l’on peult fayre seroyt d’avoyr une puissante compagnye® et y fayre joindre les marchans de Marscille, et qu'au lieu qu'ils vont à Tripolly de Sirye et en Allexandrye y porter cinq ou six millions par an, pour avoyr des soyes, tappis, rhubarbes et aultres marchandises, il seroyt bien plus à propos armer neuf ou dix grands vaisseaulx et y aller doubler le cap de Bonne-Espérance, puys entrer dans le goulfe persicque, où touttes les marchandises cy-dessus ce pouroyent trouver et avoyr de la premyère main à beaucoup meilleur conte que par les mains des Turcs, quy nous revandent touttes lesdictes marchandises aussy beaucoup plus cher qu’elles ne leur coustent. Et de plus, c'est que nous traittant avecq les Persans, l’on n’auroyt que fayre d'y porter argent et pouryons changer et trocquer nos draps et escarlattes, fer et aultres denrées pour les susdictes marchandises dont nous avons affayre. Cela ce peult facillemant, d’aultant que le roy de Perse donne la liberté du traffieq à touttes les nations quy y veullent aller.

1. Voy. les Instructions de Colbert à Vauguyon, ambassadeur en Espagne, 29 septembre 1681 (Ap.P. Clément : H, de Colbert Pièces justificatives n° 9).

Page 1