‹ Un colonisateur du temps de Richelieu, Isaac de Razilly [microforme]Chapitre 5 sur 19 · Le Mercure ait 105, ce qui est une exagéralion évidente · texte numérisé non relu

Le Mercure ait 105, ce qui est une exagéralion évidente

5, Mémoire, 2° partie, p. 28,

ISAAC DE RAZILLY. 9 sera rétabli, je serai bien ayse qu'il s’en revienne icy, ayant tousiours besoin d’avoir auprès de moy quelqu'un qui m'instruise aux affaires de mer. » Iles a chargés tous les deux d’équiper au Havre douze vaisseaux qu’il veut avoir pour la Saint-Jean et de surveiller les opérations des sieurs Beaulieu et de May, chargés de la même besogne en Normandie et en Bretagne. Il sait bien « qu’il n’est pas nécessaire de leur recommander la diligence », et il s’en rapporte entièrement à eux, « non seulement pour le corps des vaisseaux, mais pour les voiles, cordages el autres équipages ». [se réserve seulement « le soin des canons nécessaires » et celui « de faire donner de l'argent ». Il envoie à Isaac, le 10 décembre 1626, 26 000 livres.

Cette confiance est bien placée. Les deux frères montrent leur dévouement non seulement par leur activité et leur conscience, mais par le sacrifice de leur fortune propre. Il font, pour cet équipement commandé au Havre, de fortes avances qu’ils ne sont pas sûrs de se voir rembourser. Richelieu promet seulement « d'employer le peu de crédit qu’il a pour les faire payer tous les deux! ».

Avec ces précédents, est-il douteux que Richelieu ait fait bon accueil au Mémoire que lui envoya Issac ? Il en accusa réception en ces termes, le 10 décembre 1626 : « Pour l’entreprise que vous me proposez, quand il (Claude) sera ici, nous en parlerons particulièrement ensemble. » La consultation fut favorable, malgré des réserves sur la possibilité de risquer les vaisseaux du roi dans l’état actuel de la marine. Le plan proposé reçut, dès l’année suivante, une première application dans le Contrat des Cent associés, et une autre en 1629, dans l'expédition contre Salé, que commanda Isaac lui-même. Il en reçut d’autres dans la suite; car, ainsi que nous l'avons dit, Isaac a eu le grand mérite d’exposer nettement, sinon de suggérer, toute la politique des Richelieu et des Colbert en matière de colonisation.

Isaac attachait une grande importance à une action contre le Maroc. Il se souvenait « que de tout temps la nation française a esté libre et franche pour tout le monde, et qu’il n’y a que depuys vingt-quatre ans que les Turcqs ont rendus esclaves les Françoys naviguants soubs les trois fleurs de lys, y en ayant à présant dans l’Affricque plus de huict mil des meilleurs marynyers du royaulme”?... ». Aussi se consacra-t-il tout d’abord à cette œuvre,

1. Lettres du 10 décembre 1626, Correspondance, t I, 9, Mémoire, 2e partie, p. 27.

Dès 162%, d’après le narrateur de son expédition de 1630, al fit sur la côte du Maroc une sorte de reconnaissance, « pour rompre la glace ». Mais ce n’est qu’en 1626 qu’il dirigea une expédition sérieuse. Il l'avait concertée avec Richelieu, qui l’autorise par lettre du 18 juin 1629, à se saisir de Montguedor (Mogador) « s’il estimait que le lieu se puisse conserver et que la prise en soitutile? », Il voulait en faire, d’après le Mémoire, une revanche des fleurs de lys contre le croissant, une affirmation de la puissance du roi de France et une occasion d'établissement avantageux au commerce. Aujourd’hui que la question marocaine est posée ou à la veille de l'être, on doit une grande reconnaissance à celui qui l'avait devinée il ya près de trois cents ans, el avait commencé à la résoudre à notre profit.

L'entreprise était difficile, et Razilly dut la reprendre à trois fois. Parti en août 1629 avec le vice-amiral La Touche, il cingla droit sur Salé, « ville appartenante au Roy de Marroc, mais occupée maintenant par les Mores Grenadins qui se sont cantonnés là-dedans et révoltés contre leur prince légitime ». La seule présence de la fottille française intimida à tel point les habitants, qu’ils proposèrent d'eux-mêmes une trève. Mais, au moment de la conclure, le mauvais temps força la petite escadre à s'éloigner de la côte et à revenir en France. Razilly ne se découragea pas. Il obtint le consentement du roi pour une seconde campagne. I partit de Saint-Martin de Ré le 12 juillet 1630, avec trois bons vaisseaux : la Licorne (capitaine Cbavalier), la Renommée (vice-amiral de Ghalard)*, et une patache

ort de Saint-Jean de Luz (capitaine Palot), Arrivé devant Salé le93 juillet, il agit avee prudence et décision. Il repoussa d’abord une surprise de nuit que les habitants tentèrent avec dix-sept navires qu’ils avaient au port; puis, au lieu de chercher à les en punir, il accueillit les ouvertures que vint lui faire un de leurs « Alcaïdes », nommé Céron, exigea un otage et enfin dicta la paix. Tous les

1. Voyages d'Afrique, faits par le commandement du roy sous la conduite de M. le commandeur de Razilly, par Joan-Armand, Ture de nation (Paris, Victor Trabouillet, au Palais, 1631, in- 16),

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