XVIII PREFACE
Deux ans plus tard, septembre 1910, je reçus à Paris la visite de Lotte que je n'avais pas revu depuis qu'il avait quitté Sainte-Barbe. Il me raconta par quels chemins il avait passé depuis le temps lointain où il était mon élève ; il me rappela comment, après son échec à l'Ecole normale, je lui avais procuré les moyens de se préparer à l'examen de licence es lettres, avant de partir pour le régiment : il m'attribuait ce succès qui avait décidé de sa carrière, il m'en était reconnaissant avec ce cœur ardent et droit que traduisait si bien son regard. Il me dit sa vie, les erreurs et les peines qui l'avaient traversée. Je n'oublierai jamais ce récit, brusqué, ému, ni surtout le récit de l'heure décisive, où, se découvrant catholique, il s'était dit à lui-même, avec cette familiarité qui lui était coutumière : « Mon vieux, tu crois, donc il faut aller à confesse, et faire tes Pâques ». C'étaient les Pâques de
Entre la mort de sa femme Henriette et son retour à la sainte table deux ans s'étaient écoulés. La grâce du retour avait travaillé silencieusement, lentement, dans son cœur meurtri. Puis, l'exemple de Péguy!
En 1912 (10 novembre), dans une lettre à