‹ Un compagnon du PéguyChapitre 10 sur 41 · PREFACE. XVII · texte numérisé non relu

PREFACE. XVII

<( En 1908, je le trouvai couôhé, épuisé, malade. Le médecin diagnostiquait une maladie de foie. C'était toute l'énorme fatigue, soutenue douze ans sans défaillance, qui l'écrasait enfin. D'immenses malheurs m'avaient frappé moi-même. Il me dit sa détresse, sa lassitude, sa soif de repos : une petite classe de philosophie, dans quelque lycée lointain, près de moi, en pleine province; il pourrait, enfin, sans heurts, sans traverses, sans angoisses, produire tout ce qu'il portait en lui... A un moment, il se dressa sur le coude, et les yeux remplis de larmes :

« — Je ne t'ai pas tout dit... J'ai retrouvé la foi... Je suis catholique... »

« Ce fut soudain comme une grande émotion d'amour; mon cœur se fondit, et, pleurant à chaudes larmes, la tête dans les mains, je lui dis, presque malgré moi :

« — Ah! pauvre vieux, nous en sommes tous là ».

« Nous en sommes tous là! D'où me venait ce mot, puisque l'instant d'avant, j'étais encore incroyant? De quel travail, de quel lent, obscur et profond travail révélait-il l'action? A cette minute, je sentis que j'étais chrétien ».

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