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Recherches historiques sur le Temple, par J.-J. Barillet

LE SÉJOUR AU TEMPLï:. 19

ment sanglant que nous envisageons tous les faits de cette période terrible. Aussi cette obsession constante voile-t-elle pour nous la physionomie exacte de ces temps : en bien des cas, elle fausse totalement nos idées.

Ainsi l'opinion acceptée, convenue, veut que Louis XYI et les siens soient entrés au Temple avec les plus sombres pressentiments, en victimes sans illusions sur leur destinée future.

Cette opinion n'est point conforme à la vérité. En dépit des tristesses de la situation, quand les prisonniers comparaient leur état présent avec ce qui s'était passé, non pas seulement pendant l'année entière, mais aux deux seules journées du 20 juin et du 10 août, où la mort avait de si près menacé leurs têtes, les premiers jours passés au Temple furent pour eux des jours de repos et de calme relatifs.

Les cris de mort, le bruit de la canonnade, les plaintes des mourants, les hurlements des vainqueurs ne retentissaient plus à leurs oreilles. Puis, s'ils étaient captifs, leur captivité avait cet avantage de les protéger contre les passions haineuses. Ils se croyaient plus en sûreté au Temple qu'aux Tuileries. Et les massacres de septembre, malgré leur sinistre horreur, confirmaient plus qu'ils ne contredisaient cette opinion.

Hemplis d'illusions, ou plutôt d'ignorance, sur le véritable esprit populaire, le Roi ni la Reine ne s'effrayaient alors sérieusement de l'avenir. Qu'avaient-ils à redouter? Le Roi, sans doute, pouvait être déclaré responsable, mais la seule peine inscrite dans la constitution était la déchéance. On y joindrait peut-être le bannissement, soit. Là était le maximum de leurs craintes. Puisqu'ils n'avaient pas été assassinés le 20 juin ou le 10 août, ils ne redoutaient plus de l'être maintenant.

Cléry, bien placé pour le savoir, le dit en termes fort nets : « J'étais loin de craindre pour les jours du Roi. La Reine avait la même persuasion, et son mari ne se gouvernait que par elle'.))

Cette conviction, dans l'esprit de Marie-Antoinette, explique et justifie bien des choses. Comprendrait-on, sans elle, que la Reine eût continué à jouer du clavecin, comme elle le faisait souvent, non point seulement pour l'instruction de sa fille, mais pour son propre plaisir, et comme elle le fit encore, la veille de la comparution de Louis XVI à la barre de la Convention nationale le 10 décembre, où, au dire du même Cléry, les

i. Mémoires de M. Cléry, p. 24.

airs qu'elle chanta n'étaient rien moins que tristes^?

Quant à la façon dont fut traitée la famille royale, il faut, sur ce point, n'accepter qu'avec réserve les affirmations de certains écrivains qui, dans leur indignation généreuse, ont chargé leur récit des plus noires couleurs, et, confondant deux périodes distinctes, celle qui va du 13 août au 11 décembre 1792, et l'autre qui commence à cette date avec le procès du Roi, les ont englobées dans une même réprobation, et, par là, ont causé une confusion contraire à la vérité historique.

Dans la première période, et malgré les embarras d'une installation précipitée, la Commune eut pour les prisonniers certains égards. Ainsi « la table de la famille royale était alors très bien servie. Un nombre suffisant de personnes était occupé à l'office et à la cuisine. La plupart étaient d'anciens serviteurs qui avaient brigué cet emploi ^ »

Yoici du reste l'état nominatif de ce personnel, ainsi que le chiffre des appointements alloués à chacun :

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