‹ Un complot sous la TerreurChapitre 17 sur 124 · Louis XVII, par A. de Beauchesne, t. 1, p. 332, note · texte numérisé non relu

Louis XVII, par A. de Beauchesne, t. 1, p. 332, note

niers. Aussi les repas étaient copieux : on ne servait pas moins de vingt plats ^ et tous composés avec soin.

La cuisine était même si bonne que les officiers municipaux de service qui, les premiers jours, avaient fait venir leurs repas de quelque cabaret du voisinage, exigèrent d'être servis par ce personnel exercé : ce qui eut lieu.

Pour le service intérieur, outre Cléry, attaché spécialement à la personne du Roi, et François H>ue, le personnel comprenait : Tison et sa femme ^ payés l'un 6 000 livres, l'autre 3 000 livres, et affectés au service de Marie-Antoinette, de Madame Elisabeth et de Marie-Thérèse ; M"''' Roekenstroh, surveillante de la lingerie; son fils, commis de l'économat; Danjout, perruquier; Angot, scieur de bois ; des porteurs de bois, un balayeur, Mathey, concierge de la Tour, et nombre de guichetiers et de porte-clefs.

La famille royale se trouvait dans un dénûment complet, en entrant au Temple ; les effets à son usage journalier avaient été mis sous les scellés aux Tuileries. Les commissaires ne s'opposèrent point à l'achat de vêtements, de linge et des autres objets nécessaires. La dépense, de

i. Histoire parlementaire de la Révolution française^ par Bûchez et Roux, t. XXI, p. 307.

ce chef, fut, du 13 août à fin novembre, de 31 000 livres environ.

Ces chiffres officiels sont si peu conformes à ceux de la légende qu'il est intéressant et utile de les reproduire.

La Commune, qui s'était emparée delà famille royale dès les premiers jours, s'était chargée de la surveillance du Temple, et ses membres, transformés en commissaires, venaient, à tour de rôle, remplir ce service auprès des prisonniers.

Les élus de la Commune étaient, pour la plupart, des gens du peuple signalés par leur haine de la monarchie et la fermeté de leurs principes révolutionnaires. Mais beaucoup d'entre eux, forcenés en paroles, se montrèrent humains, quelques-uns sympathiques, d'autres dévoués jusqu'à la mort. L'histoire a gardé ces noms héroïques, les noms de ces commissaires « à qui la Révolution a donné le mandat d'être sourds, d'être aveugles, d'être muets sous peine de mort, et qui bravent la mort dès qu'ils sont entrés dans la familiarité de cette infortune * » .

Par malheur, et par un contraste inévitable, d'autres n'étaient que des brutes ignorantes, perverties ou grossières; et en face des noms de Le-

1. Marie- Antoinette, par Ed. et J. de Goncourt, pp. 408-409.

bœuf, de Moelle, de l'épicier Dangé, do Jobert, le maître maçon, de l'architecte Beugnot, du professeur Lepître, du pharmacien Follope, il en faut citer quelques-uns, vraiment dignes de mépris.

C'étaient un Mercereau, tailleur de pierres, qui affectait de venir au Temple dans l'accoutrement le plus sale, et qui se vautrait sur le canapé de lampas où d'ordinaire s'asseyait la Reine; un Pierre Bernard, ancien prêtre, dont le langage n'était qu'une suite ininterrompue de propos obscènes; un Jacques Roux, défroqué et renégat comme Bernard, qui se faisait un plaisir de troubler le sommeil des prisonniers en chantant à tue-tête toute la nuit; un Lèchenard, tailleur de son état, qui se grisait abominablement et souillait de ses déjections d'ivrogne la chambre voisine de celle de la Reine*...

Mais ces vexations humiliantes blessaient la fierté des captifs, sans rien leur enlever des espoirs toujours caressés. Dès que leurs auteurs étaient remplacés, les souffrances paraissaient oubliées. Le Roi causait volontiers, et, pour peu que ses gardiens fussent polis, il les prenait avec joie pour interlocuteurs; il s'intéressait à mille choses avec

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