‹ Un complot sous la TerreurChapitre 22 sur 124 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Découragement des royalistes après le 21 janvier. — Le chevalier de Jarjayes. — Le général de Bourcet. — Mariage de M. de Jarjayes. — Les prenaières femmes de chambre de la Reine.

— Importance de ces fonctions. — Missions confiées au chevalier. — Le comte d'Artois à Turin. — Rapports de la com' et de Barnave. — Correspondance secrète. — Billet en langage déguisé. — Roxcme et Lucius. — La veille du Dix-Aoùt.

— La loge du Logotachygraphe. — Désespoir de M. de Jarjayes. — Il va quitter Paris. — Le 2 février 1793. — L'envoyé de la Reine. — Toulan.

Il est certain que, si la Convention, en portant la main sur le Roi et en Fenvoyant à Téchafaud, crut accomplir moins une œuvre de j ustice qu'une œuvre politique, elle réussit complètement. La terreur régna dans Paris à partir de ce moment, et, parmi les royalistes, le découragement et le sentiment de leur impuissance.

Mais, parmi ces fidèles, nul ne fut peut-être plus cruellement frappé que le chevalier de Jarjayes, qui n'est point encore connu comme il mérite de l'être.

Destiné à jouer un rôle des plus importants dans le récit qui va suivre, il est bon de faire connaître son passé, sa situation, avant de pousser plus loin la narration des événements.

François-Augustin-Rénier Pélisson de Jarjayes naquit à Grenoble, le 24 octobre 1745. Il embrassa la carrière militaire, oii il trouva, dès ses débuts, un protecteur excellent, le général de Bourcet, dont il était le neveu.

Sur la liste des personnes recommandées à Louis XYI, le Dauphin, son père, avait inscrit M. de Bourcet, comme « ayant des connaissances sûres ». Jarjayes devint, en 1769, l'aide de camp de son oncle, auprès duquel il resta dix années, jusqu'en 1779, où il passa à l'état-major de l'armée, avec le grade de colonel.

Vers cette époque se place un événement d'un intérêt capital pour lui : son mariage, qui, le rapprochant du Roi et de la Reine, lui permit d'entrer dans leur intimité, puis de s'acquérir des droits à leur confiance, et, plus tard, à leur reconnaissance.

Il épousa une des douze premières femmes de chambre de la Reine, Louise-Marguerite-Emilie Quetpée deLaborde.

On sait l'importance de ces fonctions, à la fois honorifiques etlucratives. Elles consistaient à veil-

1er à rexécution de tout le service de la chambre ; à recevoir l'ordre de la Reine pour les heures du lever, de la toilette, des sorties, des voyages. Les premières femmes de chambre étaient, de plus, chargées de la cassette de la Reine, du paiement des pensions et gratifications. Les diamants leur étaient confiés. Quant à leurs appointements, ils n'excédaient pas douze mille livres par an, mais la totalité des bougies de la chambre, des cabinets et du salon de jeu leur appartenait chaque jour, et cette rétribution faisait monter leur charge à plus de cinquante mille hvres pour chacune K . Le Roi et la Reine eurent souvent l'occasion de voir le chevalier de Jarjayes, et ils ne tardèrent point à apprécier sa haute valeur. D'un esprit droit, d'une intelHgence prompte, d'une fidélité sûre, d'un dévouement à toute épreuve, Jarjayes savait conciher le respect le plus profond avec la franchise la plus sincère. Il ne craignait pas de dire la vérité, et, en mainte occasion, il osa donner de sages conseils. Il n'émigra point, et, resté l'un des derniers serviteurs de la monarchie, il fut, à diverses reprises, chargé des missions les plus délicates.

Louis XYI l'avait, en 1791, nommé maréchal

Page 1