‹ Un complot sous la TerreurChapitre 21 sur 124 · Quelques Souvenirs, par Lepître, p · texte numérisé non relu

Quelques Souvenirs, par Lepître, p

Personnage mystérieux pour ses contemporains, resté énigmatique sur bien des points pour l'historien, il est assurément une des figures les plus originales de ce temps fécond en surprises. Nous le retrouverons plus tard dans une autre tentative d'évasion destinée à sauver la Reine, et nous approfondirons alors son caractère et son rôle : nous ne pouvons donner ici qu'un récit succinct du coup de main qu'il essaya le 21 janvier.

i\.idé de son secrétaire Devaux, il avait, aussitôt la condamnation prononcée, formé avec trois à quatre cents jeunes gens royalistes le projet de délivrer le Roi. Ils devaient se réunir tous, en armes, près de la porte Saint-Denis, et, dissimulés dans la foule, se tenir prêts à marcher, dès qu'il en donnerait le signal. Le plan consistait à attaquer de vive force le convoi, et, à la faveur de la surprise et du désarroi causés par cette infervenlion inattendue, à enlever Louis XYL Tout fut ainsi convenu, et les affiliés se séparèrent en promettant de se retrouver au rendez-vous.

A l'heure dite, fidèle à sa parole, le baron de Batz, suivi de Devaux, est à son poste; mais il a beau chercher autour de lui, il ne voit pas ses compagnons. Les rues latérales sont désertes : c'est pourtant de là que doit partir l'attaque. Il se désespère de cet abandon va-t-il donc être forcé

de renoncer à son projet et de reculer devant l'armée de la Révolution ? Placé sur la hauteur du boulevard Bonne-Nouvelle, il aperçoit la voiture qui conduit Louis XYI au supplice : elle approche, elle arrive devant la porte Saint-Denis... A ce moment, il croit voir quelques-uns de ses amis; ils sont peu nombreux, à la vérité. Cela lui suffit; ses espérances renaissent: il tenteral'aventure. Deux jeunes gens sortent d'un groupe et se placent à ses côtés. Le moment est urgent. Il se précipite, suivi de Devaux et des deux jeunes intrépides, sur le cortège, qui leur ouvre passage. Ils traversent la haie, mettent le sabre au clair, et, le brandissant, ils s'écrient tous les quatre à plusieurs reprises :

— A nous. Français! A nous, ceux qui veulent sauver leur roi!

Leurs cris restent sans échos : nul, dans la foule, ne répond; un silence de mort règne partout. La petite troupe, qui n'aperçoit aucun mouvement et qui se sent abandonnée, tourne bride et repasse au travers de cette haie d'hommes et de gardes nationaux stupides d'épouvante, puis cherche à s'éloigner. , .A cet instant, un des corps de réserve, averti par une vedette, fond sur M. de Batz et ses braves. Les deux jeunes gens veulent se jeter dans une maison. On les poursuit, on les atteint.

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et on les hache à coups de sabre. Pendant ce temps, M. de Batz et Devaux disparaissent, et échappent ainsi à la fureur de ceux qui les poursuivent ^. ..

l. Mémoires historiques sur Louis XF//,parEcKA.RD,pp. 125-1 26.

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