Le Comte de Fcrsen cf. la cour de France, t. II, p
•i8 UN COMPLOT SOUS LA TERREUR.
On a vu la confiance témoignée à Jarjayes par la Reine lorsqu'elle le mit dans la confidence de ses relations avec les constitutionnels repentants; elle lui en donna une preuve plus complète encore quelques jours avant le 10 août, ainsi que le rapporte une des premières femmes de chambre, collègue de M™^ de Jarjayes, M™^ Gampan. « La crainte d'une nouvelle invasion des Tuileries fit faire les recherches les plus exactes dans les papiers du Roi : je brûlai presque tous ceux de la Reine. Elle mit dans un portefeuille qu'elle confia à M. de Jarjayes ses lettres de famille, plusieurs correspondances qu'elle jugeait nécessaire de conserver pour l'histoire du temps de la Révolution, et particulièrement les lettres de Rarnave et ses réponses, dont elle avait fait des copies \ »
Malheureusement ce dépôt n'a pu être conservé. Les événements firent craindre au dépositaire que sa cachette ne fût découverte, et comme de tels papiers pouvaient gravement compromettre sa souveraine, il se résigna à les brûler.
Le chevalier ne quitta point le Roi, au moment du péril, bien qu'il ne se fît aucune illusion sur l'issue de la lutte.
La veille du 10 août, Louis XVI lui avait mon-
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tré le plan de défense du Château préparé par le général Vioménil. Pour un militaire exercé comme Jarjayes, il n'était que trop aisé d'en apercevoir les faiblesses. Aussi, rencontrant M""^ Campan, après cette conférence, il lui dit : « Mettez dans vos poches vos bijoux et votre argent; nos dangers sont inévitables : les moyens de défense sont nuls; ils ne pourraient se trouver que dans la vigueur du Roi, et c'est la seule vertu qui lui manque ^ »
Malgré ces sombres prévisions, le lendemain il était aux côtés du Roi, lors de l'envahissement des Tuileries; il le suivit à l'Assemblée, dans la loge du Logotachy graphe, et c'est là que Louis XYI, avant de se séparer de lui, lui donna l'ordre formel de ne pas quitter Paris, comme au meilleur, au plus brave et au plus sûr de ses amis ^
Elevant son respect et sa soumission à mesure que tombait la puissance de son Roi, il n'eut garde de manquer à un tel ordre; il resta dans Paris avec M""^ de Jarjayes, désireuse d'égaler sa fidélité et de partager ses périls.
Moins heureux que bien d'autres, ils ne purent conserver des relations avec leurs souverains prisonniers. Ils ne savaient ce qui se passait derrière