‹ Un complot sous la TerreurChapitre 37 sur 124 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Entretien de Toulan et de Jarjayes. — Celui-ci veut voir la Reine. — Difficultés de l'entreprise, — Le ménage Tison. — Précautions de la Commune à leur égard. — Seconde entrevue. — Second billet de la Reine, — Toulan trouve un moyen. — Déguisement du chevalier. — Il pénètre dans le Temple. — Il voit la Reine. — Description de la chambre de Marie-Antoinette. — Émotion du chevalier. — Craintes de la Reine. — Troisième billet. — Réponse de Jarjayes. — Quatrième billet.

Le premier instant de surprise passé, le chevalier se remit promptemeat. La Reine rappelait : son devoir était de se rendre a cet appel.

Bien que le billet de Marie-Antoinette, présenté par Toulan, fût très net et lui donnât toute sécurité pour entamer des pourparlers avec son envoyé, M. de Jarjayes ne crut pas devoir se départir d'une certaine réserve. I] était d'une bravoure froide et réfléchie, et l'expérience qu'il avait

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acquise au spectacle des événements, jointe à la maturité de son esprit, lui commandait la prudence. Dans une pareille aventure, il ne voulait rien donner au hasard de ce qu'il pouvait lui enlever.

Il interrogea donc le commissaire et lui demanda son plan, ses projets, ses moyens de réussite.

Bien que beaucoup plus jeune que son interlocuteur, Toulan n'était pas moins expérimenté, et il l'égalait assurément en circonspection. Il ne se livra point et donna, en termes vagues, quelques indications de nature, selon lui, à faire comprendre ce qu'il voulait.

Le chevalier, tout en appréciant comme il convenait la démarche du commissaire, résolut de bien s'assurer des choses avant de se lancer en avant. Il s'agissait du salut de la Reine, et l'importance d'une telle entreprise exigeait qu'on ne s'y engageât point sans certitude.

Pour cela, il n'envisagea qu'un moyen : pénétrer près d'elle, la voir, lui parler, et recevoir de sa bouche même les instructions qu'elle voudrait bien lui donner.

Comptant pour rien les dangers qui n'atteindraient que lui, il communiqua aussitôt à Toulan son idée ; il lui demanda de l'introduire au Temple,

ne fut-ce qu'un instant, et de le mettre en présence delà Reine.

Les âmes de héros se comprennent. Toulan ne parut point surpris. Il se contenta de répondre que la chose était difficile, mais possible à la rigueur; qu'il y réfléchirait et étudierait le moyen de satisfaire au désir exprimé par M. de Jarjayes. Puis, avant de le quitter, il pria celui-ci de vouloir bien lui remettre un mot qu'il pût rapporter à la Reine, et qui lui prouvât qu'il s'était acquitté de sa mission.

Sans hésiter, le général accorda ce qu'on lui demandait, et il confia une lettre pour Marie-Antoinette à cet officier de la Commune que quelques minutes auparavant il croyait son ennemi.

« Fidèle « transmit la réponse du chevalier à la Reine, et lui fit part du projet audacieux que celui-ci avait conçu. La Reine tressaillit de joie, mais elle trembla aussi. Cependant, le plaisir qu'elle aurait à voir ce dévoué serviteur, à s'entendre avec lui, à combinor un plan de délivrance, l'emporta sur ses appréhensions et sur. ses scrupules. Toulan, docile aux vœux de l'un et de l'autre, se mit à chercher le moyen de mener à bonne fin cette première entreprise.

La chose n'allait point de soi ; les périls à courir étaient nombreux et grands pour chacun. Le

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Temple, on le sait, fourmillait de surveillants, et, qui pis est, d'espions. Parmi les gens de la domesticité, plusieurs n'avaient été choisis que parce qu'on pouvait compter sur leur zèle révolutionnaire, sur leur haine des personnes royales. Parmi eux, et plus dangereux à eux seuls que tous les autres, figuraient Tison et sa femme.

Ce couple abominable avait été placé au Temple par la Commune sous le prétexte d'aider Hue et Cléry, et attaché spécialement au service de la Reine et de ses enfants ; en réalité, pour y accomplir la plus vile besogne. Le ménage était bien appareillé : le mari, « cet homme fourbe et méchant, savait composer sa figure et tâchait de s'immiscer dans l'esprit des commissaires qu'il voyait pour la première fois. Atroce dans ses discours avec ceux dont la scélératesse lui était connue, il affectait une certaine pitié en parlant aux hommes qui lui paraissaient honnêtes et sensibles \ » De même la femme, bien que la crainte y eût plus de part que son propre penchant, se modelait sur son mari, et, « avec une hypocrisie infernale, semblait entrer dans toutes les peines des augustes captifs ' », espérant par là attirer des confidences, que le couple était prêt à vendre à ses protecteurs.

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