‹ Un complot sous la TerreurChapitre 50 sur 124 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Le 13 août, à la porte du Temple. — Ruse employée par Turgy pour suivre la famille royale. — Services rendus. — Correspondance secrète — Relations faciles avec le dehors. — Le petit roi. — Enlèvement dans une corbeille.

Tandis que tant de grands noms, tant de personnages comblés des faveurs royales émigraient, ne songeant qu'à leur salut personnel, d'humbles serviteurs, pris au hasard dans la domesticité, donnaient les marques les plus grandes et les plus courageuses de dévouement à des maîtres, dont souvent ils étaient à peine connus.

Quelques-uns égalèrent Turgy dans ces circonstances, nul ne le dépassa.

Simple officier de bouche, il avait une première fois, à Yersailles, pendant les journées d'octobre, sauvé la vie à la Reine, en lui ouvrant la porte secrète des petits appartements. Puis il était venu à Paris, où il avait continué modestement son service.

Il ne logeait pas aux Tuileries. Le 10 août, marchant au péril, il se présenta aux portes du palais, mais il lui fut impossible d'y pénétrer. Il s'en consola en apprenant que le Roi n'y était plus. Les deux jours suivants, il fit maintes tentatives pour entrer aux Feuillants, sans plus de succès. Apprenant que Louis XVI allait être transféré au Temple, il courut aussitôt chez M. Ménard de Chouzy, commissaire général de la maison du Roi, pour obtenir, ce qu'il considérait comme une faveur, le droit d'y reprendre son service.

M. Ménard de Chouzy envoya à la municipalité demander des cartes d'entrée, qu'on promit pour le lendemain 14.

Mais ces délais, ces retards ne faisaient point l'affaire de Turgy. Il prévit qu'une fois le Roi au Temple, on n'obtiendrait d'y être admis qu'après un examen et des formalités qui ne lui seraient pas favorables.

Il résolut de payer d'audace. Accompagné de ses camarades Chrétien et Marchand, comme lui officiers de bouche, ils se présentèrent à la grande porte.

Un des chefs du poste venait de laisser passer un e personne , munie d'une carte, quïl avait reconnue pour être du service du Roi. Turgy pria l'officier de lui permettre de parler à cette personne,

ilO UN COMPLOT SOUS LA TERREUR.

en lui déclarant que, lui aussi, ainsi que ses camarades, étaient du service. L'officier hésita d'abord, puis répondit :

— Prenez mon bras ; que vos camarades prennent le vôtre et je vais vous introduire.

Ainsi font-ils, et de la sorte ils pénètrent dans le Temple et s'installent à la Bouche.

Toutes les difficultés semblent aplanies : il n'en est rien. Deux jours après, les commissaires de la Commune viennent et font l'inspection du personnel. Turgy est interrogé.

Il ne se trouble pas et répond bravement que les comités de l'Assemblée, sur les renseignements recueillis dans les sections, l'ont autorisé, lui et ses camarades, à venir reprendre leur service. Les commissaires n'en demandent pas davantage et se retirent.

Mais le lendemain, Chabot, député, Santerre, commandant général, et Billaud-Yarennes, alors substitut du procureur général de la Commune, se présentent à leur tour pour prendre l'état nominatif de toutes les p'ersonnes restées auprès de la famille royale. Es demandent à Turgy, à Chrétien et à Marchand s'ils ont appartenu au Roi. Turgy répond affirmativement.

— Qui donc a pu vous faire admettre ici? s'écrie Chabot.

LE COMPLOT. Hl

— Pétion et Manuel nous ont accordé cette permission, d'après les informations prises dans nos sections, déclare Turgy, imperturbable.

— En ce cas, dit Chabot, c'est que vous êtes de bons citoyens. Restez à votre poste et la Nation aura plus soin de vous que n'a fait le tyran...

Après leur départ, comme Turgy se félicitait du succès de sa double ruse, ses camarades lui dirent avec effroi :

— Vous voulez donc nous faire périr tous ? Vous répondez aux municipaux que nous sommes envoyés par l'Assemblée et aux députés que c'est par la Commune!... Nous voudrions être bien loin !...

Ils restèrent cependant, et tous trois s'employèrent de leur mieux jusqu'au mois d'octobre 1793, oii ils furent définitivement renvoyés du Temple*.

A peine installé au Temple, Turgy chercha à se rendre utile aux prisonniers. Profitant habilement des instants oii se relâchait la surveillance, il parvint à établir avec la Reine et Madame Elisabeth un système de signaux qui lui permit d'informer les prisonniers des événements de l'extérieur.

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