CHAPITRE n
La Reine fait remettre les objets à Jarjayes par Toulan. — Billet qui les accompagne. — Double mission du chevalier.
— A Bruxelles. — Un ami de la Reine, le comte Jean Axel de Fersen. — Son voyage à Paris, février J792. — A Hamm.
— Le frère du Roi. — Souvenirs anciens. — Préventions et craintes. — L'empereur François II. — Dettes de la Reine.
— Septeuil, ancien trésorier de la liste civile. — Lettres de Marie-Antoinette, de Madame Elisabeth, des enfants royaux au comte de Provence et au comte dArtois. — Dernier billet de Marie-Antoinette à M. de Jarjayes. — « Adieu ! »
Lorsqu'elle eut définitivement repoussé toute pensée d'évasion, la Reine envisagea la situation sans désespoir, mais sans illusion. Quand seraitelle libre? Le serait-elle jamais? Et si elle l'était un jour, après quelles péripéties et après quelles épreuves? Dans cette incertitude de l'avenir, elle songea à mettre hors des atteintes de ses persécuteurs les reliques de son mari. C'est alors qu'elle pensa à faire partir Jarjayes, dont le dé-
lo2 UN COMPLOT SOUS LA TERREUR.
vouement aveugle ne demandait qu'à s'exercer pour son service. Ce projet présentait en outre l'avantage d'assurer la sécurité du chevalier.
Toulan, comme toujours, servit d'intermédiaire.
— D'après ce qui se passe, lui dit la Reine, je puis m'attendre d'un instant à l'autre à me voir privée de toute communication. Yoici l'alliance, le cachet et le petit paquet de cheveux que je dois à vous seul d'avoir recouvrés. Je vous charge de les déposer entre les mains de M. de Jarjayes, en le priant de les faire parvenir à Monsieur et au comte d'Artois, ainsi que des lettres que ma sœur et moi avons écrites à nos frères ^
Le billet qu'à cette occasion elle fit parvenir au chevalier n'a point encore été publié. Il est précieux à bien des titres, car il contient diverses dispositions, si l'on peut ainsi parler, qui ouvrent des aperçus nouveaux sur les sentiments de Marie Antoinette ou qui confirment ce qu'on en savait déjà. De plus, les différentes personnes qui y sont désignées ne le sont que par des initiales ou par des indications se rapportant à des faits connus de la Reine et du seul Jarjayes. Il semble donc qu'on se trouve en présence d'une énigme,