La Vie de Madame Elisabeth, par A. de Beauchesne, p
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dont on ne puisse avoir la clef; cependant, grâce aux documents publiés récemment, et grâce à la connaissance que l'on possède aujourd'hui de ce temps, le problème n'est plus insoluble.
Voici le texte du billet :
« T. [Toidan) vous remetlra les choses convenues pour ha... V empreinte que je joins ici est toute autre chose. Je désire que vous la remettiez à la personne que vous savez être venue me voir de Bruxelles F hiver dernier, et que vous lui disiez en même temps que la devisen a jamais été plus vraie.
a Si vous nêtes pas content de h..., allez trouver mon neveu de ma part. Vous pourrez aussi, si vous voulez, voir Septeuil, qui est, m!a-t-on dit., à Londres depuis le mois d'août, et lui demander ce que vous avez payé ici pour nous, si vous en avez besoin. Il connaît ma confiance en votre femme. Je pense qu'il doit vous connaître aussi; mais s'il est nécessaire, vous pouvez lui faire voir ceci et lui dire ce que vous avez fait pour nous. Il nous est trop attaché pour ne pas en sentir le prix; au reste, je m'engage à lui faire tenir compte de ce qu'il vous remettra et j'en fais même, s'il le faut, mon affaire propre.
(( (En travers, dans la marge :) Dites-moi ce que vous pensez de ce qui se passe ici. »
Occupons-nous d'abord de « la personne venue
l'anneau et le cachet de louis XVI. loo
de Bruxelles l'hiver dernier » pour voir la Reine. L'hiver dernier, c'est l'hiver de 4792 puisqu au moment où le hillet est écrit, en mars, l'hiver 1793 n'est pas encore achevé. D'ailleurs la Reine est prisonnière au Temple depuis huit mois, et, sauf Jarjayes, n'a pu voir aucun de ses anciens amis. Qui donc, à cette époque, est venu de Bruxelles à Paris ? L'indication paraît fort vague, mais le raisonnement restreint bien vite le cercle des recherches. Puisque la Reine envoie une « empreinte » avec une devise, ce ne peut être qu'à une personne de son intimité; or, quand on songe aux intimes de Marie- Antoinette, quelques noms seulement se présentent à l'esprit, et parmi eux, en première ligne, celui du comte de Fersen.
C'est bien lui, en effet, le destinataire de « l'empreinte, » ainsi qu'on va le voir. Il est bon toutefois de donner auparavant sur ce personnage quelques renseignements biographiques.
Jean Axel de Fersen était un gentilhomme suédois, de grande famille, que son père fit voyager de bonne heure et qui vint en France pour la première fois en 1774. Dès cette époque, il fut vivement frappé de la grâce et de la beauté de celle qui n'était encore que Dauphine. A son second voyage, en 1779, il s'éprit pour la Dau-
phine devenue reine de France de la plus noble et de la plus chevaleresque passion...
Fût-ce pour faire taire les mauvaises langues qui lui prêtaient une royale bomre fortune, fût-ce pour échapper à un amour dont il craignait de n'être plus le maître, il s'éloigna bientôt, pour aller, sous les ordres de Rochambeau, aider les Américains du Nord dans leur guerre d'indépendance contre les Anghiis.
Au mois de juin 1783 il rentra en France avec les troupes françaises, et fut nommé colonel du Royal-Suédois, tout en restant colonel dans l'armée de son pays. Ce double service l'obligeait de partager son temps entre la Suède et la France. Il retrouvait partout, même dans le Nord, le souvenir de Marie-Antoinette, dont Gustave III était un des plus fervents admirateurs...
Aux journées d'octobre 1789, il se trouva aux côtés de la Reine, prêt à la défendre contre l'émeute. C'est lui qui, en 1791, prépara la fuite de la famille royale, et qui, déguisé en cocher de fiacre, la conduisit des Tuileries jusqu'à Rondy. Là, il s'en sépara et gagna la Relgique, où il apprit avec douleur l'arrestation des fugitifs à Yarennes.
A partir de ce moment, il se donna la mission de tout tenter pour sauver la reine de France,
L ANNEAU ET LE CACHET DE LOUIS XVI. lo7
et se consacra entièrement à cette œuvre de dévouement. De Bruxelles, où il s'était installé, il noua des relations avec l'Europe entière. Il correspondait fréquemment avec Marie-Antoinette.
Son rôle, lors de la fuite à Yarennes, avait été divulgué ; aussi lui était-il interdit de rentrer en France. Mais la douleur de ne plus voir la Reine le poussa à y revenir, malgré les dangers d'un tel voyage. Marie-Antoinette refusa d'abord, puis céda. Le lundi, 21 janvier 1792, il écrit dans son journal : « La Reine a consenti que j'aille à Paris. »
Le 29, il reçoit une nouvelle lettre, par laquelle elle le prie de différer son voyage, jusqu'à ce que le décret sur les passeports soit rendu et la tranquillité un peu rétablie à Paris. Puis, le 3 février, elle lui déclare que le voyage est impossible et qu'il faut y renoncer. Il ne se soumet pas : le 6, il décide d'aller à Paris. Le 11, il se déguise, il part, et, voyageant sous un faux nom, il arrive dans la capitale le 13. Le même jour il voit la Reine, témoin cette note de son journal : « Allé chez la Reine, passé par mon chemin ordinaire, peur des gardes nationaux ; pas vu le Roi. »
Puisilade longues conférences avecLouisXYI, avec Marie-Antoinette, et le 21, à minuit, il re-
io8 UN COMPLOT SOUS LA TERREUR.
part pour Bruxelles, où il arrive le 24, non sans avoir été arrêté plusieurs fois, et sur le point d'être découvert^.
A mesure que les dangers augmentent en France, il redouble d'activité, mais sans succès aucun ; il se heurte à tant d'indifférence, à tant de mauvaise volonté ! L'emprisonnement au Temple interrompt sa correspondance avec la Reine... 11 méritait bien, on le voit, qu'elle pensât à lui!
Par une coïncidence étrange, vers la même époque, il lui écrivait une longue lettre remplie de conseils en vue de sa délivrance. Cette lettre n'arriva pointa destination. 11 ignorait la mission du chevalier, et ce ne fut que quelque temps après qu'il eut le bonheur de recevoir le souvenir à lui adressé par Marie-Antoinette.
L'autre mission consistai t à remettre les « choses convenues » à ha,,. Ces deux lettres, les premières du mot Hamm, désignait la résidence de Monsieur, comte de Provence. C'était en effet de Hamm, petite ville de Westphalie, que le lendemain du 21 janvier, ce prince avait daté une solennelle protestation contre la Révolution, dans laquelle, au mépris des droits de la Reine, il s'était attribué la régence. Régence toute théori-
d. Le Comte de Fersen et la Cour de France, t. IL pp. 3 et suiv.
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que du reste, qui, n'ayant d'effet qu'auprès des cours étrangères, ne pouvait produire d'autre résultat que d'effacer la personnalité de Marie- Antoinette devant l'Europe monarchique, tout en la laissant au premier rang en face de la France révolutionnaire.
Par le mot ha, la Reine désignait le comte de Provence et par extension son autre beau-frère, le comte d'Artois. Toulan devait, de vive voix, eompléter ses ordres, qui étaient de porter le cachet et les cheveux au comte de Provence, l'anneau de mariage au comte d'Artois.
La remise de ces objets entre les mains des princes du sang, les premiers après Louis XYII captif, était à la fois naturelle de la part de la Reine et flatteuse pour les destinataires.
Et cependant le billet n'est pas sans trahir quelques craintes sur l'accueil réservé à M. de Jarjayes. « Si vous n'êtes pas content de h... », écrit plus bas la Reine. C'est qu'elle se souvient que ses amis ne sont pas ceux de son beau-frère, c'est qu'elle se rappelle les dissentiments du Roi et de ses frères à son sujet.
La conduite du comte de Provence avait été particulièrement coupable. Il s'était comporté comme le pire de ses ennemis. Elle sait que la haine du peuple contre elle, son immense impo-
pularité sont nées des calomnies échappées légèrement des lèvres méchantes de ce prince.
La Révolution et les malheurs de la royauté n'avaient même pas ramené à de meilleurs sentiments cet esprit égaré. L'histoire nous a conservé les trop justes griefs de la Reine calomniée. Il suffit de citer ces passages d'une lettre qu'elle écrivait le 31 octobre 1791 : « La lettre de Mon- (( sieur au baron (de Rreteuil) nous a étonnés « et révoltés, mais il faut avoir patience et, dans « ce moment, pas trop montrer de colère ; je vais « pourtant la copier pour la montrer à ma sœur. « Je suis curieuse de savoir comment elle la jusce tifiera, au milieu de tout ce qui se passe. C'est « un enfer que notre intérieur, il n'y a pas moyen « d'y rien dire avec les meilleures intentions du (( monde... Je vois que l'ambition des gens qui « entourent Monsieur le perdra entièrement ; il « a cru, dans le premier moment, qu'il était tout, « et il aura beau faire, jamais il ne jouera de « rôle... Il est bien malheureux que Monsieur « ne soit pas revenu tout de suite quand nous « avons été arrêtés ^ ; il aurait suivi alors la mar- (( che qu'il avait toujours annoncée, de ne vou- « loir jamais nous quitter... ^ »