‹ Un complot sous la TerreurChapitre 7 sur 124 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Le retour à Paris après les journées d'octobre. — La famille royale prisonnière aux Tuileries. — La fuite à Varennes.

— L'agonie de la royauté. — insultes à la famille royale.

— Le Dix- Août. — Les Feuillants.

Lorsqu'après les journées d'octobre 1789, Louis XYI, cédant à l'émeuta, rentra dans Paris avec la famille royale , ce fut en réalité le commencement d'une captivité qui, sacif pour Marie- Thérèse sa fille, ne devait finir que par la mort.

Si le Roi, en quittant Versailles pour satisfaire au vœu, étrangement manifesté, du peuple de Paris, eut des illusions, celles-ci ne tardèrent pas à se dissiper. Les Tuileries ne furent qu'une espèce de prison , dont les gardes nationaux étaient les geôliers, sous le commandement de Lafayette, et où les honneurs rendus aux personnes royales dissimulaient mal l'étroite surveillance dont elles étaient l'objet.

Une fois le Roi tenta, sinon de ressaisir Tautorité, du moins de se soustraire à cette humiliante sujétion ; mais le projet, maladroitement conçu, maladroitement exécuté, ne réussit pas (21 juin 1791). Arrêtés à Varennes, les fugitifs furent ramenés à Paris, et cette tentative avortée n'eut d'autre résultat que de rendre la situation plus fausse et plus terrible.

Dès lors la lutte qui, jusqu'à ce moment, avait conservé des apparences respectueuses, devint âpre, violente, impitoyable. Paris frémissant, défiant, haineux, avait besoin d'une proie : il la tenait et entendait bien ne pas s'en dessaisir.

Louis XVI était vaincu d'avance. De tous les souverains que la maison de Bourbon a donnés à la France, il était assurément le moins propre à comprendre les aspirations de son époque, à les seconder dans ce qu'elles avaient de légitime, aies combattre dans ce qu'elles contenaient de périlleux et de néfaste. Son cœur était bon, mais son intelligence était médiocre, et l'éducation qu'il avait reçue autant que son caractère lui avaient laissé une mauvaise honte, une défiance de luimême qui le paralysaient complètement. Il avait peur du commandemen t et craignait plus que tou te autre chose de parler aux hommes réunis. D'ailleurs la nature ne l'avait guère avantagé. S'il avait

des traits assez nobles, empreints d'une teinte mélancolique , sa démarche était lourde , sans prestige; sa personne plus que négligée; ses cheveux, quel que fût le talent de son coiffeur, étaient promptement en désordre parle peu de soin quïl mettait à sa tenue. Son organe, sans être dur, n'avait rien d'agréable; s'il s'animait en parlant, il lui arrivait souvent dépasser du médium de sa voix à des sons aigus ^ En un mot, rien, dans son aspect, ne correspondait à l'idée qu'on pouvait encore se faire de la majesté royale...

Par contre, il semble que la Reine possédât tout ce qui manquait au Roi : la légende, qui s'est emparée de cette époque entière, en trace un merveilleux portrait... L'histoire, sans y contredire absolument, est plus réservée, et voici ce qu'elle dit par la plume d'un contemporain, bien placé pour voir et pour être véridique,Sénac de Meilhan:

(( Marie-Antoinette d'Autriche avait plus d'éclat que de beauté. Aucun de ses traits pris séparément n'avait rien de remarquable, mais leur ensemble avait le plus grand agrément. Ce mot si prodigué de charmes était, pour peindre les grâces de cet ensemble, le mot propre. Aucune femme ne portait mieux sa tête, qui était attachée de

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