Ad AU., m
2. La detatio nomirm consistait à donner au préteur, président du jury, le nom de la personne qu'on accusait, en formulant son accusation oralement ou par écrit.
3. G. Glaudius, le deuxième des Glaudii, avait deux fils. G'est de l'aîné qu'il s'agit ici : le second devait, à cette époque, être trop jeune encore pour se taire accusateur.
16 UN CORniCSPONDANl- DK CICÉHON
de Rome. Une lettre plus récente d'Atticus lui a appris que c'est précisément Ap. Glaudius qui doit présider le tribunal chargé de juger de pecuniiH repeLundis. Aussi l'anxiété de Gicéroii est-elle grande.
L'accusation ne fut pas portée. Quintus put librement s'occuper à provoquer le rappel de son frère, et nous savons par celui-ci qu'il le fit avec chaleur. Dans cette action, il ne se heurta point à Appius : il put même, dans la suite, dire à Cicéron que le préteur n'avait pas eu à son égard de sentiments vraiment hostiles ^ Nous connaissons ce témoignage de Quintus par une lettre de Cicéron, qu'il écrivit, étant en Cilicie, à Appius, alors qu'ils s'étaient réconciliés, puis presque brouillés de nouveau. Il est hors de doute que Cicéron, qui produit à Ap. Claudius le témoignage de son frère pour lui prouver qu'il n'a aucune raison de lui en vouloir, fait dire à Quintus un peu plus qu'il n'a dit. Ap. Claudius, pendant sa préture, soutint ouvertement son frère contre Cicéron, et cela amena entre eux une brouille qui dura trois ans. Si d'ailleurs on rapprochait de cette lettre certains passages de certains discours comme le Pro Domo ou le Pro Sestio, on serait forcé de penser ou bien que Cicéron n'avait pas encore reçu, quand il les prononça, le témoignage de son frère, ou bien que ce témoignage n'était pas aussi favorable qu'il le dit.
Les consuls de l'année 57 étaient Lentulus Spinther et Metellus Nepos, le premier favorable, le second hostile à Cicéron. Sept préteurs sur huit, huit tribuns sur dix étaient prêts à soutenir la cause de l'exilé-. Seuls, Ap. Claudius parmi les préteurs, Numerius Quintius et Atilius Serranus parmi les tribuns, étaient opposés à son retour. P. Clodius,
1. Ad fam., III, 10, 8 : Quid erat auiem cur ego in te tam implacabilis esseyn, cum te ex fratre meo ne tune quidem, cum tibi prope neces^^e esset eas agere partes, inimicum mihl fuisse cognosseni?
2. Post reditum, in senatu, VllI et IX, 19, 23; Ad Att., IV, 4, 6; Pro Seslio, XL, 87; In Pisonem, XV, 35; Pro Milone, XV, 39; Dio, XXXIX, (i, 3.
UN COnRESPONDANT DE CICÉRON 17
sorti de charg-e le 29 décembre 58, n'était plus qu'un simple particulier. Et cependant, ce ne fut que le 4 août 57 que l'on put faire voter par les comices la loi qui rappelait Cicéron.
Le ler janvier, le consul Lentulus Spinther proposa au Sénat le rappel de l'exilé. Mais l'opposition du tribun i^' tilius Serranus fit échouer sa tentative. Alors un autre tribun, ami de Cicéron, Q. Fabricius, annonça son intention de porter une rogation devant le peuple. Le jour qu'il avait fixé pour la réunion de l'assemblée (23 janvier)*, il occupe le forum avant l'aurore. P. Clodius était là aussi, avec une bande qu'il avait renforcée de gladiateurs appartenant à son frère Appius. Celui-ci avait pris soin de déclarer qu'il venait d'observer le ciel- : ce qui rendait Impossible toute assemblée ce jour-là. Les ennemis de Cicéron ne se contentèrent pas, d'ailleurs, de cette opposition à forme légale; la violence était dans leurs habitudes, et seule elle pouvait quelque chose contre des gens qui étaient bien décidés eux-mêmes à l'employer : car avaient-ils des intentions très pacifiques, ceux qui avaient occupé le forum avant le jour? Il y eut une bataille sanglante. La victoire resta à Clodius. Le frère de l'exilé ne dut son salut qu'à la nuit. « Le Tibre, nous dit Cicéron, charria des corps, les égouts débordèrent, et l'on étancha le sang sur le forum avec des éponges ». Il ajoute : « On eut l'idée que de telles forces, et un si magnifique appareil, n'étaient pas l'œuvre d'un simple particulier ou d'un plébéien, mais bien d'un patricien et d'un préteur ».
Le rôle d'Appius dans cette journée fut donc double : il essaya d'empêcher la réunion en usant de son droit dauspices ; il prêta se? gladiateurs à son frère et à ses amis, en évitant toutefois une intervention personnelle compromettante. Ces gladiateurs dont Appius s'était composé une petite
1. VIII Kal. Vehr. (Pro Sestio, XXXV, 75). — Pour tout ce récit de l'émeute du 23 janvier, cf. Pvo Sestio XXXV, XXXVI et XXXVII. !2. Nous conservons au § 78 la leço 7 dicerat des manuscrits.
•Ig UN CORRESPONDANT DE CICERON
armée, Milon, un jour, put s'en emparer : amenés devant le Sénat, ils firent l'aveu de leurs violences, et on les jeta en prison. Mais le tribun Serranus les délivra'.
T. Annius Milo était, de tous les tribuns amis de Cicéron, le plus énergique. Il entreprit d'accuser P. Clodius de violence, d'après la loi Plotia. Mais le consul Metellus, le préteur Ap. Claudius, le tribun Serranus unirent leurs efforts pour empêcher le procès-. Dion Gassius^ nous dit à que^ moyen ils eurent recours : « Milon avait déféré son nom (de « Clodius),; mais il ne l'avait pas .mis en accusation, parce « que les questeurs, qui devaient tirer au sort le nom des « juges, n'avaient pas été élus. Nepos avait défendu au préce teur de recevoir aucune accusation avant que les ju^^es « eussent été désignés, et les édiles devaient être nommés « avant les questeurs. Ce fut là surtout ce qui fit ajourner « l'accusation contre Clodius » '\
Il nous est difficile de ne pas reconnaître l'intluence d'Appius dans ce décret du consul. Nous retrouverons la même ingéniosité à interpréter la loi ou la coutume, et la même assurance dans la mise en vigueur d'une interprétation personnelle^ chez le consul de 54.
Cependant, les amis de Cicéron, et en particulier les sénateurs, peu à peu reprenaient courage. Sur l'initiative du consul Lentulus Spinther, le Sénat, réuni dans le temple de la Vertu, vota des remerciements aux villes qui avaient accueiUi l'exilé, et à son hôte le plus notoire, Cn. Plancius; il invita tous les Italiens à venir voter pour le rappel de