Cf. Pro Sestio, XLVII, 101 ; LIV, IIG
42 UN COnnESPONDANT DK CICÉRON
ron était, comme on le voit, embarrassante. Il ne pouvait passer sous silence le rôle d'Àppius dans le procès : personne ne l'ignorait, et on se fût étonné d'mie pareille omission ; du reste, en n'en point parlant, il n'aurait pas pu démontrer que l'accusation ne constituait qu'une manœuvre électorale, et se serait ainsi privé d'un de ses meilleurs arguments. D'autre part, en mettant Appius en cause, il courait un double danger : irriter la susceptibilité du consul, qui était grande ; laisser croire que leur réconciliation n'était qu'un mot. Un assez long fragment du Pro Scaïu^o^, heureusement conservé, nous montre par quels soins infinis l'orateur évita l'un et l'autre écueil.
Le début proclame Appius consulem fortissimum atque oniatissimum uirum. Ces mots ont tout à fait la valeur de l'épithète « honorable » dans nos discussions parlementaires. Ils font sourire, quand on songe qu'à ce moment-là chacun avait entendu parler du pacte scandaleux d'Appius avec les candidats consulaires, et que Cicéron lui-même, un mois avant, y avait fait allusion dans une lettre à Atticus"^. Puis c'est une déclaration solennelle d'amitié, suivie d'excuses embarrassées de l'attitude antérieure d'Appius l II excuse aussi son attitude présente : y a-t-il quelque honte à ce qu'Ap. Claudius soit l'ennemi de M. Aemilius Scaurus? Son ancêtre ne l'a-t-il pas été de Scipion l'Africain ? Luimême, il a été fâché avec Cicéron, et Cicéron avec lui : l'un et l'autre en ont souffert, ils n'en ont point été déshonorés. D'ailleurs, quelles sont les raisons de son inimitié présente
i. 31-38 (Oielli, IV, p. 960-961).