‹ Un correspondant de Cicéron, Ap. Claudius PulcherChapitre 31 sur 106 · Ad Att., IV · texte numérisé non relu

Ad Att., IV

3. Il serait intéressant de pouvoir commenter à l'aide de faits les mots suivants : fuerant enim cae parles, aut eius quem id facere dolor et suspicio s :a copgit... Mais nous sommes incapables de dire quelles raisons personnelles avait eues Appius d'en vouloir à Cicéron ou de le soupçonner. Peut-être Cicéron ne le s;nait-il pas bien lui-même, et cette phrase n'est-elle là que pour faire pendant à la suivante : mit eius, qui has sibi partes depoposcit (cf. plus haut, p. 24, n. 3).

avec Scaurus? Il en est deux, et si naturelles l'une et l'autre qu'elles sont autant d'excuses. Successori decessor inuidil : quittant la province, Ap. Glaudius a conçu quelque jalousie contre celui qui venait le remplacer : c'est là un sentiment, dit Cicéron, qui non seulement n'est pas extraordinaire, mais même est passé dans les mœurs, et n'a rien que de très courant. Et pourtant, ajoute-t-il, ce sentiment si naturel n'aurait pu à lui seul faire agir un homme que tant de douceur et de sagesse distinguent : il fallut que vînt s'y ajouter la crainte d'un échec pour son frère : et rien n'est plus respectable que l'amitié fraternelle.

Scaurus fut absous le 2 septembre'. Les ménagements que Cicéron avait pris pour parler d'Appius empêchèrent celui-ci de lui en vouloir et de son intervention, et de sa victoire. 11 aurait eu vraiment mauvaise grâce à ne pas reconnaître une semblable délicatesse au service de tant de bonne volonté -. Jusque-là, Appius n'avait encore rien fait pour être agréable à Cicéron : il l'avait même tenu un peu à distance, au point que celui-ci pouvait se demander si la réconciliation était sincère de sa part et serait durable -^ Mais, sans doute, les exquis ménagements du Pro Scauro disposèrent-ils le consul plus favorablement. D'autre part, il semble bien que vers le même temps Appius se soit brouillé avec son frère Publius : car celui-ci parla contre lui dans le procès de Scaurus''. Cet événement dut rapprocher nos deux person-

1. Asconius in Scaurianam, Kiessling-Schoell, p. iG, 5; Ad Att., IV, 47, 4 (16, 7); Ad Q. fr., III, 1, ch. 5, 16.

2. D'autant plus que son frère Caius n'avait pas eu à souffrir de l'acquittement de Scaurus, ayant renoncé dès avant le procès à poser sa candidature, et étant resté en Asie (cf. Pro Scauro, 35).

3. Nous pouvons induire cela d'une phrase du Pro Scauro, où il faut particulièrement remarquer la timidité révélatrice de l'incidente : Pro Scauro, 31 : Hic ego Ap. Clnidinm, consnlem forlissimum atqne ornatisaimion uiru»), mecunujiie,ict spero, fideli in yridiam rtditu firmoque coniunctum, nullo loco, indices, vituperabo.

4. Asconius in Scanrianam, Kiessling-Schoell, 18, 9. — Pro Scauro, 37.

44 UN COnuESPONDANT DE CICÉRON

nages, en donnant à Cicéron plus de confiance. Il redoutait, en elfet, toujours beaucoup le tribun de 58', et, s'il était devenu plus prudent, sa haine était restée la même '-. Une brouille des deux frères était donc propre à adoucir la rancune de Cicéron contre le consul, et aussi à dissiper les ciaintes que, malgré la réconciliation officielle, celui-ci pouvait encore lui inspirer.

Quoi qu'il en soit, nous voyons dans le même temps Cicéron et Appius se rendre de mutuels services. Cicéron écrivit à son ami Lentulus'^, gouverneur de Cilicie^ au moment où Appius pensait qu'il devrait aller administrer cette province sans avoir obtenu Vimperium par loi curiate : Cicéron priait Lentulus de ne faire aucune difficulté à son successeur; il l'assurait qu'à son avis le gouvernement d'Appius, dans ces conditions, n'avait rien que de légal ; et, en eùt-il été autrement, Lentulus ne devait pas se diminuer par une querelle où l'on serait tenté de voir le conflit de deux avidités*. Appius, de son côté, aida Pomptinus à obtenir le triomphe pour la victoire qu'il avait remportée, sept ans auparavant, sur les Allobroges. Ce Pomptinus, préteur en 63, lors du consulat de Cicéron, avait été pour lui un collaborateur dévoué^. Cicéron lui en resta reconnaissant : en 54, il quitta sa maison de campagne de Tusculum pour aller l'assister dans sa demande de triomphe^'; en 51, il l'emmena en Cihcie comme légat. Ce fut donc un véritable service qu' Appius rendit à Cicéron en appuyant de son autorité de consul la demande de Pomptinus'. Celui-ci eut d'ailleurs

1. Cf. Ad Att., IV, 15, 4 : son abstention dans le procès de Procilius, accusé par Clodiiis, et la cause de ceUe abstention.

2. Ad Q. f)'., III, -1, ch. 4, 11. Clodius est traité de « furie ».

3. P. Lentulus Spinther, consul en 57. Cf. plus haut, p. 16 et 17.

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