Dio, XXXIX
4. Ad Ait., IV, 18, 4 (16, 12) : IV Nonas Nouembres ; Ad Q. fr.. III, 4, 6 : 111 Nonas Nouembres.
4tj UN CORRESPONDANT DE CICKRON
en vain depuis plusieurs mois, et dont le besoin l'avait déterminé au pacte que l'on sait avec les candidats consulaires* ;
2" Appius cessa de vouloir assurer l'élection des consuls, et favorisa les ambitions dictatoriales de Pompée ••.
Le rapprochement de ces deux séries de faits nous amène à penser que Pompée promit à Ap. Claudius de lui procurer les mêmes avantages qu'il avait voulu s'assurer par une entente avec les consuls de l'année suivante, à condition qu'il renoncerait à faire faire les élections. Il semble d'ailleurs que la résistance du Sénat les ait empêchés l'un et l'autre d'obtenir tout ce qu'ils désiraient. Car si Appius obtint la loi curiate, il est peu probable qu'il soit arrivé à se faire octroyer par le Sénat des troupes et de l'argent pour sa province. Et s'il est parti en Cilicie € à ses frais », comme il en avait l'intention au mois de novembre-', cela nous expliquerait son àpreté à rattraper sur les provinciaux l'argent qu'il avait avancé, et son désir de prolonger le plus possible la durée de son gouvernement. Quant à Pompée, il ne réussit qu'à prolonger l'interrègne pendant six mois, au bout desquels furent élus Domitius Calvinus et Valerius Messala : il n'eut la dictature — sous la forme du consulat sans collègue — qu'en 52.
1. Nous pouvons alfirmer qu'il l'obtint, parce qu'il entreprit pendant son proconsulat des expéditions militaires (cf. la note 2 delà page précédente).
2. Appius, aux mois de septembre (cf. Ad Att., IV, 17, 3 (16, 6) et d'octobre (cf. Ad Q. fr., III, 2, 3 : Consules comitia habere cupiunt, et ibid., III, 3, 2) cherchait à provoquer l'élection des consuls. Dans les mois suivants, les lettres de Cicéron ne nous parlent plus que de la probabilité de plus en plus grande d'un interrègne, et de la possibilité d'une dictature (cf. Ad Q. /r.,lll, 8, 4). Un passage de la lettre ad Q. fr., III, 9, 3, nous permet d'affirmer qu'Appius favorisait Pompée dans son désir inavoué de la dictature : De dictature tamen actum adhuc nihil est. Pompeius abest, Appuis miscet, Hirrtis parât, mtiUi intercessores numerantiir, popuhis non curât, ptHncipcs itolunt, ego quiesco. Ilirrus se préparait à demander que l'on nommât Pompée dictateur (cf. Ad Q. fr., III, 8, 4). D'après l'ordre des propositions, ii n'est pas douteux qu'Appius ne fût du côté des amis de Pompée.
3. Cf. Ad Att., IV, iS, 4 (16, 12)-: Appius sine lege, sua sumptu, in Ciliciam cogitât.
UN CORnESPONDANT DE CICÉRON 47
Quelles purent être, au point de vue qui nous intéresse, les conséquences de cette alliance entre Pompée el Ap. Glaudius? 11 est probable qu'elle eut une heureuse intluence sur les relations de Cicéron et du consul. On se souvient que c'était Pompée qui avait présidé à leur réconciliiition. Mais il n'avait fait alors que rapprocher deux grands personnages dont le concours était utile au triumvirat et à qui, d'ailleurs, l'œuvre politique accomplie par César à Lucques avait fait, nous l'avons vu, des intérêts tout semblables. Il avait maintenant de nouvelles raisons de rendre leur réconciliation plus sérieuse. Il sentait que les arrangements de Lucques ne pouvaient être que provisoires et que César ne tarderait pas à se montrer plus exigeant : il voulait le devancer et augmenter, en dehors de lui, sa puissance. D'autre part, il n'avait pas traité avec lui tout à fait d'égal à égal : son orgueil était mal à l'aise, et il était impatient de reprendre sa liberté. Aucun lien de parenté ne l'unissait plus à César : sa femme Julia, fille du proconsul, était morte dans le cours de l'année. Peut-être enfin la nouvelle des difficultés créées à César pendant l'automne de 54 par l'insurrection des Eburons, des Nerviens et des Trévires enhardissait-elle son désir de secouer une amitié qui lui pesait comme un joug. On conçoit que dans ces conditions, et voulant pratiquer une pohtique personnelle, Pompée ait tenu à se faire d'Appius et de Cicéron des collaborateurs dévoués à sa seule personne, et qu'il ait essayé de les serrer autour de lui en des liens plus étroits. C'est à ce moment que Cn. Pompée, fils aîné du triumvir, épousa Claudio, une des deux filles d'Appius'.
1 . L'autre épousa M. Junius Brutus, celui qui devait être le meurtrier de César. Nous connaissons ces deux mariages par la lettre ad fani., III, 4, 2. La date n'y est pas donnée précisément : mais il n'est pas douteux que Cicéron énumère dans l'ordre chronologique les raisons que lui et Appius peuvent aroir d'être amis : Nam ciini te ipsmn, ex quo iempore ta me diligeve coepisti, cotidie pluris feci, tum accesxerunt eliam coniunctiones necessariorum luorum..., collegiique coniioictio... Les mariages eurent donc lieu entre la réconciliation (début de 54) et la
48 UN COIUIESI'O.NDANT DE CICÉROiN
La réconciliation de Cicéron et d'Ap. Glaudius avait été provoquée par l'adhésion simultanée de l'un et de l'autre à la politique des tiiumvirs, et, à ce titre, on doit la considérer comme l'œuvre indirecte de César. Puis leur amitié se consolida grâce à Pompée, et peu à peu, sous son influence, leurs idées se disposèrent d'assez semblable façon pour qu'au moment de la guerro civile ils prissent tous les deux le même parti.
Mais cela ne se fit que très lentement. Cicéron, outre qu'il se rendait compte de la puissance de César, était charmé par son amabilité et admirait ses talents. Il lui fît, pendant toute l'année 54, une cour assidue, par l'intermédiaire de Quintus Cicéron, qui était auprès de lui, en Gaule, en qualité de légats Par contre, à Rome, il souffrait de ne pas se sentir libre et de n'avoir pas la situation politique à laquelle il avait droit. Cela l'irritait au point qu'il déclarait n'avoir point d'amis à Rome, et toute son affection et toute sa reconnaissance allaient au grand homme que l'éloignement grandissait encore-. Pompée était loin d'avoir dans son cœur une pareille place : il cultivait avec soin son amitié, qui lui était précieuse, mais au fond il ne lui pardonnait pas de l'avoir abandonné au moment de sonexiP. Quant à Ap. Claudius, un des plus importants personnages de Rome par sa noblesse et par sa fonction, il était de ceux qu'il devait ménager. Nous avons vu s'il le fit avec soin. Mais comme cette obligation dut, secrètement, l'irriter ! Et comme il dut souffrir de voir plus brillante que la sienne la situation politique d'un homme qui ne le valait pas !
nomination de Cicéron à l'augurât (23 moitié de 53), et nous pouvons par conséquent affirmer qu'Ap. Glaudius maria ses deux filles avant de partir pour la Cilicie.
•1 . Cf. le livre III ad Q. fr.