Cf. la citation de la note i, et, plus haut, p
Cicéron à Corcyre, il ne fit que lui donner des indications sur l'itinéraire à adopter. Que s'élait-il donc passé? Peutêtre Ap. Claudius avait-il reçu une lettre de tel personnage qui avait vu Cicéron à Brindes, Fabius, Flaccus, Octavius ou Phanias, et cette lettre lui conseillait-elle de ne pas compter sur Cicéron pour une affaire comme la sienne'. Peut-être encore cette affaire avait-elle pris une tournure telle qu'il valait mieux n'en pas instruire Cicéron. Il fallait donc aussi qu'il n'en fût pas instruit par d'autres, et pour cela éviter qu'il entrât dans la province par le sud, où le scandale était connu. D'où la prière instante de L. Clodius de venir d'abord à Laodicée : magno opère a me pethiit, ut Laodiceam pr^otinus irem.
Mais l'affaire de Tarse ne s'arrangeait pas du tout : la présence d'Appius là-bas devenait indispensable. Il fallait partir, et partir avant l'arrivée de Cicéron : car s'il l'avait attendu, quel prétexte ensuite aurait-il pu lui fournir de son départ pour Tarse? Par lettre, il pouvait se dispenser d'explications : et c'est ce qu'il fit. Tua ratio podea est commutata, dit Cicéron : il n'en sait pas davantage, et il est trop délicat pour paraître s'étonner d'un changement pourtant singulier. C'est par d'autres que plus tard il apprit comment Appius continuait à se comporter, à Tarse, en gouverneur de la province.
Bien qu'il ne se gênât point pour régler lui-même ces mystérieuses affaires qui lui tenaient tant à cœur, Appius en Voulait à Cicéron de n'avoir pu compter sur lui pour cette besogne : c'est ce que trahissent, dans la lettre que Cicéron
i . Que des rapports peu favorables aient été faits à Ap. Claudius sur les sentiments de Cicéron à son égard, nous sommes autorisés à le conclure de certains passages de la lettre ad fani., III, 5, 1 : ... Ibi inihi presto fuit L. Lucilins cum Utteris mandatisque tuis : qiio quklem hominem nemiticm pottiisti ncc mihi amiciorem, nec, nt arhitvor, ad ea cognoscenda, quae scire uoleham, aplioron j^rudentioremue millere. Ce quo quidem ne marque-t-il pas que d'autres, qui sont moins ses amis, s'opposent dans son esprit ùLucilius? Cf. ibid., 2 : Quod quibua adliuc non satis est perspectum, [me tihi esse amicissimu)7i], ii mihi nolle magis nos hoc animo esse quam non intelligere aident av.
UN COnnESPONDANT DE CICÉUON 6?
reçut de lui le 27 jiiiîlel', des mots comme ceux-ci : « Il « m'est agréable sans doute de vous entendre rappeler le « souvenir des services que nous nous sommes rendus; « mais ce rappel est inutile, car ce sont choses trop ancience nés ))-.
Nous croyons donc qu'Ap. Glaudius, au moment où Cicéron arriva dans la province, était dans de graves embarras. On ne peut essayer d'expliquer précisément son attitude qu'en ayant recours, comme nous l'avons fait, à l'hypothèse. Il est sûr, en tout cas, qu'en donnant successivement à Cicéron deux rendez-vous différents et en manquant au deuxième, Appius obéit à des motifs plus sérieux que le simple désir de ne pas voir son successeur. Celui-ci, d'ailleurs, ignorait ces motifs : averti par Appius, au dernier moment et sans commentaire, de son deuxième changement de plan, il eut assez naturellement l'impression qu'on le fuyait 3. Cette impression dut être d'autant plus pénible que quelques semaines avant, à Athènes, il avait fait une expérience toute semblable : C. Memmius, qui avait été condamné pour brigue à la suite de sa candidature consulaire de 54, et qui vivait en exil à Athènes, était parti pour Mytilène la veille de l'arrivée de Cicérone
Irritation contre un homme plus honnête que lui et dont il ne pouvait faire son complice, jalousie de chef militaire, ressentiment contre l'avocat de Milon, dépit enfin d'être remplacé dans une province qu'il espérait exploiter encore, tous ces sentiments se mêlaient dans le cœur d'Appius pour le rendre de fort méchante humeur contre Cicéron. Nous avons vu comment il laissa paraître cette humeur