Grandeur et décadence de P^ome, I, p
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de Catilina^ Garder le silence dans de pareilles circonstances, c'eût été mentir à son passé : bien plus, c'eût été commettre une imprudence, car la démagogie victorieuse n'aurait pas épargné le consul de 63^.
L'intervention de Cicéron dans le procès de 61, cause initiale de sa brouille avec P. Clodius, fut donc motivée à la fois par des raisons domestiques et par des raisons politiques. On comprend que, fâché avec les deux frères, ayant le souvenir du rôle joué par la sœur dans les commencements de sa querelle avec Publius, Cicéron se soit imaginé en lutte avec la famille des Claudii tout entière. On comprend, d'autre part, que lui qui avait combattu en P. Clodius le démagogue, le perturbateur de l'ordre et le contempteur des lois, il n'ait pas eu de peine à se réconcilier avec un homme qui, sans doute, portait le même nom, mais qui s'était rangé parmi les amis de l'ordre et devait acquérir une autorité chaque jour plus grande parmi les défenseurs delaRépubUque.
Clodius, absous grâce à la vénalité de ses juges, se fit adopter par un plébéien, et devint tribun du peuple. Alors il fit exiler Cicéron, confisquer ses biens, brûler sa maison, et, sur l'emplacement;, ériger une statue de la Liberté. Cicé-
1. Ad Att., I, 14, 5: Barbatuli iuuenes, totus ille grex Catilinae.
2. Drumann, G. R., Il», p. 183, sans nier les faits rapportés par Plutarque, doute que Tcrentia ait pu exercer une influence sur la conduite de Cicéron; la principale cause de son intervention dans le procès serait une boutade de Clodius, qui l'appela en public « l'homme qui savait tout » : allusion à ce qu'avait dit Cicéron après qu'il eut fait arrêter les complices de Catilina sans avoir encore de preuve certaine. Mais le ton même de la lettre où est rapporté le propos montre que Cicéron n'y attacha pas grande importance : Clodius contiones miseras habebat in quibus Lticullum, Hortensium, C. Pisonem, Messalam consulem contumeliose laedebat : me tantwn « co^nperisse omnia » criminabatur {Ad Att., I, 14, 5). Dans une lettre antérieure, Cicéron écrivait à Antoine, son ancien collègue : Nam « compcrisse » me non audeo dicere, ne forte id ipsum uerbum ponam quod abs te aiunt falso in me solere conferri (Ad fam., Y, 5, 2). On ne comprend pas pourquoi, dans la bouche de Clodius, le même mot, sur lequel il badine ici, l'aurait tout d'un coup si fort irrité.
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ron lui dut encore, après son retour à Rome, cinq ans d'une vie politique sans gloire, où le souvenir de ses malheurs et la crainte d'un exil nouveau le condamnèrent à faire fléchir ses principes et taire ses rancunes dans l'intérêt de son salut. Il ne fut délivré que par la mort de Clodius, tué le 10 janvier 52, dans une rixe, parles esclaves de Milon.
Ap. Claudius n'était pas à Rome au moment du procès de son frère : il faisait un séjour en Grèce. On lui envoya mxême quelques esclaves dont on craignait que, mis à la torture, ils ne dénonçassent la présence de Clodius aux mystères de la Bonne Déesse*. Cicéron nous dit- qu'Appius rapporta de Grèce des statues et des tableaux qui devaient contribuer à rendre son édilité fastueuse"'. A quelles conditions Appius se procura-t-il ces œuvres d'art? Nous ne le savons point. A en croire Cicéron, il les aurait volées : mais il va sans dire que son témoignage est suspect, datant d'une époque où ils étaient ennemis déclarés. Dans tous les cas, il ne fut pas édile : car l'amitié du consul Pison, celui-là même qui fit exiler Cicéron, lui permit de se présenter directement à la préture*. N'ayant donc point à orner théâtres et cirques avec les sta-
1. Scolies de Bobio ad oralionon in P. Clodaim et Curionem, Orelli, V, 2, p. 338.