Ibid
hommes d'Etat de son époque la place que P. Clodius lui avait fait perdre. Il lui semblait que le moment était venu où son rêve allait se réaliser. Rentré à Rome, il demanderait et obtiendrait le triomphe; il animerait le parti des honnêtes gens à la défense de la Répubhque : César se soumettrait ; et parmi les conservateurs victorieux, il serait, à côté de Pompée, au tout premier rang. C'était ce qu'il appelait sa « résurrection » '.
Avec de tels projets, il lui importait au plus haut point d'avoir l'amitié d'un homme comme Ap. Claudius : il allait être censeur, c'est à-dire exercer la plus haute magistrature de la République; il portait un des noms les plus illustres de Rome ; il était le beau-père du fils de Pompée. C'est pourquoi nous voyons Cicéron, pendant toute l'affaire de Dolabella, prodiguer à Appius les amabilités. Mais Ap. Claudius n'était pas seulement à ses yeux un moyen de réahser son ambition politique : il désirait voir se développer entre eux une amitié véritable. Sans doute la vanité avait-elle plus de part à ce désir que l'alTection : il lui plaisait que M. Tullius traitât d'égal à égal avec le chef de la gens Claudia, et qu'il y eût entre eux les mille agréments d'un commerce familier. Aussi aimait-il à se représenter aux yeux d'Appius comme semblable à lui. Besoin naturel de l'amitié. Mais ici plutôt illusion volontaire destinée à la faire naître et à l'entretenir entre eux par la satisfaction réciproque de leurs vanités. Cicéron prêtait à Appius son honnêteté, sa réputation de vertu -2 : il lui empruntait en échange un peu de son n>ipo/'^ï>ic<?, il participait à l'éclat de sa fortune, de sa parenté et de ses amitiés. Cicéron traitait Appius en orateur et en écrivain : il s'intéressait à son ouvrage sur l'art augurai, et aux discours qu'il prononçait 3. En échange, il demandait à