Ad fam., III
lettres postérieures au 27 juillet, nous ne trouvons pas d'allusion aux intérêts de Gicéron à Rome, sauf en un endroit. Et c'est précisément cet endroit qui nous olfre la preuve certaine que Gicéron et Appius se sont vus à Iconium : « J'ai eu plaisir, écrit Gicéron le 8 octobre, à être in- « formé par vous de ce qui se passe à Rome : mais ce qui m'a « été le plus agréable, c'est de recevoir l'assurance que vous « ne négligerez rien des recommandations que je vous ai « faites. Parmi ces recomman'Iations, j'insiste tout particu- « lièrement sur celle-ci : faites en sorte qu'on ne complique (n ni n'aggrave ma charge, ni n'en prolonge la durée... »*.
Le texte est très clair, et l'on est en droit de s'étonner que Schiche ait paru l'ig orer. Les mots in quihus interdisent de penser que omnia mea mandata ait le sens de omnia quae tibi mandaturus essem. Dans ces conditions, et s'il faut que omnia mea mandata désigne des recommandations déjà faites par Gicéron à Ap. Glaudius, comme nous n'en trouvons pas dans les lettres d'autres traces que celles-ci, on doit nécessairement conclure que ces recommandations ont été faites de vive voix et que, par conséquent, Gicéron et Appius se sont rencontrés à Iconium.
Quel fut leur entretien"-? Nous en sommes réduits là-dessus à de vagues conjectures. Il fut assez long pour que fussent réglées déiinitivement toutes les questions qui préoccupaient Gicéron avant l'entrevue : car les lettres qui suivirent n'y font plus aucune allusion et traitent de sujets nouveaux. Il fut cordial. Gicéron donna à Appius plusieurs commissions pour Rome; il l'entretint de ce qu'il comptait
i. Ad fam., III, 8, 9 : Dti relus urhanis quod me certiorem fecisti, cum per se mihi gratum fuit, tum quod significasti tibi omnia mea mandata curae fore. In quihus unum iliud te praecipue rogo, ut cures ne quid mihi ad hoc negotii aut oneris accédât aut temporis...
2. L. W. Hunter, l. c, p. 88, croit qu'il fut hâlif, n'éclaircit rien et laissa les deux hommes mécontents. Cette opinion se fonde essentiellement sur une interprétation erronée du Cetera iam tibi nota sunt, que l'auteur traduit : « Tu sais le reste, maintemmt que tu'es à Rome «.
UN COMRESPONDANT DE CICÉKON
UN COnRESPONDANT DE CICÉRON
faire dans la province, et lui fit part des nouvelles inquiétantes qu'il venait de recevoir des Parthes*.
Appius lui donna quelques conseils sur la façon dont il pouvait le plus utilement mener sa campagne '-. Il lui conseilla entre autres choses de n'envoyer de rapport au Sénat qu'une fois les opérations terminées : c'était d'un elTet plus sûr^. Appius ne reprocha pas à Cicéron de n'être pas venu à sa rencontre : Cicéron n'aurait-il pas pu lui objecter la loi Cornelia, et que, simple particulier, il n'avait pas droit à ces honneurs? Gicér'on, de son côté, se garda bien de parler de la loi Cornelia, ni du séjour prolongé qu' Appius avait fait à Tarse \
Cicéron triomphait donc de la mauvaise humeur qu'Ap. Claudius avait constamment montrée depuis trois mois. Rien n'avait rebuté sa patience : en face du sans-gêne et de l'insolence d'Appius, il avait fait preuve d'une bonne volonté inlassable. Il avait enchaîné ce grand seigneur orgueilleux et brutal dans les liens habiles de sa politesse. Mais Appius allait bientôt s'en évader, comme s'il avait quelque défaite
4 Cf. Ad faut., III, 8, 9 et 10, Appius a assuré Cicéron qu'il ne négligerait rien de ce dont il l'avait chargé. Il lui a demandé de le tenir au courant de ses opérations militaires.
2. Cf. ibid., 6, 5: ...ut, duni temptis anni esset idoneiim, aliquid negotîi gerere pcssem. In quo tuo cojisilio ut me sperarejn esse usuriun et amicilia nostra et litterne tiiae fecerant : quod ne nunc quidcm despero.
3. Cf. ihld., 9. 4 : Omnino serins misi littcras, qtiam uelleni... Sed id feci adductus auctoritate et consilio tuo. — Si Appius n'avait pas donné ce conseil dans l'entrevue d'Iconium, il n'aurait pu le faire que dans la lettre à laquelle répond Ad f'am., III, 8. En elfet, les lettres d'Appius auxquelles répondent Ad fam., III, 7 et 9, n'ont pas été reçues par Cicéron avant le mois de février 51 : or, le rapport au Sénat a été envoyé de Tarse à la fin de décembre 50 (cf. Schmidt, no12, p. 84). Mais comme dans Ad fam., III, 8 nous ne trouvons pas d'allusion à ce conseil, il est vraisemblable d'admettre qu'il a été donné de vive voix.
4. Plus tard seulement, irrité par les reproches injustes d'Appius, il se laissa emporter à lui écrire : « Croyez-vous donc qu'on ne m'ait « jamais rien dit sur votre compte? pas même qu'après m'avoir demandé « de venir à Laodicée, vous avez passé le Taurus? et que les mêmes jours « où je tenais mes assises à Apamée, à Synnade, à Philomelium, vous « teniez les vôtres à Tarse? » {Ad fam., III, 8, 6).
à venger. On le verra saisir rageusement les premiers motifs de querelle et récriminer au point d'impatienter Cicéron. Les nouveaux incidents réveillant le souvenir des anciens, nous assisterons à un échange de lettres où leur amitié, encore mal assurée, fut mise à une rude épreuve.
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