‹ Un correspondant de Cicéron [microform]: Ap. Claudius PulcherChapitre 78 sur 105 · AdAtt., V · texte numérisé non relu

AdAtt., V

n'être pas à Rome pour défendre Appiiis contre les insensés qui mettent en doute son honnêteté de candidat, on ne peut s'empêcher de penser à ce qu'il avait dit quelques années auparavant sur l'accession d'Ap. Claudius à la préture*, et l'on admire à quel haut degré cet avocat possédait la puissance d'illusion indispensable à son état. Cette lettre est décidémciit trop aimable : elle n'a pour elle que d'être un chef-d'œuvre de bonne grâce, où la vivacité enjouée du ton, la délicatesse de l'expression, l'adresse du compliment empêchent d'être choqué de ce que la llatterie a d'excessif.

Pourtant, la satisfaction que Cicéron exprime de voir tous les ordres de l'Etat honorer Ap. Claudius correspond à des préoccupations qu'il avait réellement à ce moment-là. Préoccupations à la fois morales et politiques. Il sentait que la guerre civile était à craindre : il croyait qu'on aurait des chances de l'éviter si l'on pouvait présenter à César le spectacle d'un peuple et d'un Sénat résolus à défendre la tradition répubhcaine dans un même sentiment de respect et d'amour. Il souhaitait voir Rome entière groupée autour d'une aristocratie véritable, où la naissance compterait moins que le talent et la vertu, composée de quelques hommes éprouvés, estimés de tous, dont Pompée serait le chef, et Cicéron l'orateur. Au milieu de la corruption générale, il sentait qu'on ne devait pas être trop difficile sur le choix de ces vertus exemplaires : Ap. Claudius, à défaut d'une honnêteté scrupuleuse, avait pour lui l'éclat du nom, le prestige d'une amitié puissante, l'autorité des plus hautes fonctions publiques : toute manifestation générale d'estime et de sympathie à l'adresse d'un tel homme devait apparaître à Cicéron comme une première réalisation de ses espérances.

Aussi, dès le mois d'avril, témoignait-il à Ap. Claudius sa satisfaction de voir que la cité était encore capable de témoigner son estime aux gens de bien : c'est la seule récom-

1, Voir plus haut, p. 13 et n. 4.

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pense que, pour sa part, il ait jamais désiré comme prix de ses efforts*. Au mois de juin, il exprime sa joie dans les termes que nous avons vus; et, un peu plus loin, dans la même lettre, il reprend son idée sous une autre forme : c'est un spectacle réconfortant, au moment où le nombre des hommes de cœur est si faible, de voir l'unanimité des citoyens s'attacher fidèlement à ceux qui sont capables de les défendre'-. Enfin, deux mois plus tard, nous le voyons encore préoccupé de la même idée : il s'étonne et se réjouit que l'envie se soit tue devant un homme comme Ap. Claudius, que sa puissance et son mérite exposaient plus qu'aucun autre ^.

Cicéron considérait donc dans Ap. Claudius un des chefs du parti conservateur, un de ceux qui devaient défendre la République menacée par l'ambition de César. C'est pourquoi il se plaît à représenter à Appius qu'ils appartiennent au même parti politique ; dans une lettre postérieure, il lui dira même nettement : « Nos idées politiques sont pareilles » \ C'est pourquoi il est heureux de recevoir de lui des nouvelles sur l'état des affaires publiques^. Nous saisissons ici le lien entre les préoccupations politiques de Cicéron et son application à rendre aussi cordiaux que possible ses rapports avec Appius. Mais on a le droit de douter qu'une semblable application lui ait été inspirée uniquement par le souci désintéressé des destinées de la République. Il faut reconnaître qu'il y a dans ses préoccupations politiques une part d'ambition personnelle. Depuis qu'il était revenu d'exil, son rêve le plus cher était de reconquérir parmi les

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