LUI
Paris, 11 août 1843.
' Je ne sais si je dois me réjouir de la vente de votre terre, en voyant combien peu de chose il vous restera. Je comprends maintenant le désir de Charles de s'ouvrir une carrière et pour vous et pour lui. Celle de marin offre plus qu'une autre des chances de réussite, surtout aidé comme il le sera. J'espère comme vous que M. Maug. (Mauguin), pendant son séjour à Bordeaux, pourra lui en faciliter l'entrée. Mais M. Clément que fera-t-il? Sa rare intelligence et son expérience des affaires, jointes à tant d'honnêteté, doivent, ce me semble, lui procurer plus d'un moyen de refaire sa fortune. Il ne faut pas qu'il se laisse abattre par des revers qui peuvent se réparer. Je pense qu'il causera de son avenir avec M. Maug. qui se trouve, dit-on, lui-même dans une position semblable et plus triste encore. Il s'est ruiné dans une entreprise de dessèchement de marais. Vous avez un an pour chercher quelque chose d'utile et de convenable, et cela doit se rencontrer. Il n'est rien que je désire aussi vivement.
Ce que vous m'apprenez de la P. Bel (princesse Beljoioso) ne m'étonne pas le moins du monde. Elle vit assez seule à Marly, plongée dans les livres, à ce qu'on assure. Il est pourtant étrange qu'elle ne vous ait pas envoyé le sien. Vous n'y perdez, au reste, que de l'ennui. J'ai dit à Béranger l'intérêt que vous preniez à lui. Il y a été très sensible. Sa santé est maintenant rétablie. Il va et vient à peu près comme auparavant. Toutefois il n'a pas encore entièrement recouvré ses forces.
Qu'est-ce donc que celte succession que M. l\ (Peyrat?) voudrait aller recueillir à Lisbonne? Je souhaiterais beaucoup que ce ne fût pas utLfj illusion. Dans tous les cas, avant de partir, il ferait bien d'avoir d('s renseignements un peu certains, car ce n'est pas un petit voyage, ni peu dispendieux, sans compter très probableuienl la perte de son emploi et des esptTances qui s'y ratlachenl.
Mille clntses allectueuses à M. Clément el a Charles, et croyez tous il mes seiilimeiiis les j)lus constants el les [)lus dévoués.
paris, 12 mars lsi4.
* Je porsislf! a penser que vous jiouve/. trouver eu i'ispagne i)lus facilement (jue pailonl ailleurs, les moyens de vivre ;i Taise avec nn(! forlune mfMliocrc, <;t d'augmenter cette fortune par diîs enireprises conçues avfîc lnl('Ilig(îrM-(! et sagement comluiles. Toutefois aussi, je (iianquerais ;i ce que je vous (lois, si je ne m'i\|tliiiuais pas avec vous
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sur un point délicat avec une entière franchise, vous priant d'ailleurs que ce que je vais vous dire reste entre nous sous le sceau du plus rigoureux secret.
M. M. est à Paris. Il n'y peut être que parce que le privilège attaché à la qualité de député le rend inviolable pendant la session, sans quoi il serait immédiatement saisi de sa personne. 11 a pour près de deux millions de dettes, et le pis est que ces dettes sont, en partie, de la plus déplorable nature; tellement qu'il lui a fallu donner sa démission d'avocat en exercice pour éviter d'être rayé du tableau. Il paraît très certain que, depuis longtemps vendu au pouvoir, sans doute à cause de sa détresse, il était à Madrid l'agent de Louis-Philippe, ce qui, comme vous le pensez bien, ne le relève pas dans l'opinion. Je le dis avec un vif regret, c'est un homme perdu à jamais, et qui, ne pouvant désormais trouver de compensation que dans la fortune, cherche à refaire la sienne par tous les moyens possibles. N'ayant rien à risquer personnellement dans ce qu'il peut entreprendre, et d'ailleurs séduit par l'exaltation du désir, j'aurais peu do confiance dans ce que son imagination lui présente, sincèrement je crois, en fait de succès probables. Que M. Cl. y regarde donc de près avant de s'engager. Voilà ce que ma conscience m'obligeait à vous dire; à présent, je ne vous en reparlerai plus.
N'ayant jusqu'ici rien trouvé de mieux, il est vraisemblable que je garderai mon appartement. Je compte aussi ne pas quitter d'ici de tout l'été, seule saison où le travail soit possible. Partout la campagne est bonne pour la santé, et sous ce rapport j'en aurais besoin; mais on ne peut rien faire chez autrui. Je reste donc, et je me résigne à descendre et monter mes 118 marches, ce qui, à la vérité, me fatigue peu, car cela ne m'arrive pas souvent. On devient casanier et paresseux en vieillissant. Mille affectueux respects.
Paris, n avril 1845.
* Ma santé est toujours à peu près en même état. Il faut beaucoup de temps pour se débarrasser de la grippe, et le froid humide que nous avons serait d'ailleurs plus propre à la donner à ceux qui ne l'ont pas qu'à l'ôter à ceux qui l'ont.
Je suis véritablement désolé de votre position incertaine. Une terre à gérer m'aurait paru convenir à M. Clément, parce qu'elle lui offrirait une ressource présente, sans compromettre ses capitaux. Mais je sais combien ces sortes d'emploi sont difficiles à trouver, et en supposant la réussite, peut-être faudrait-il l'attendre longtemps. Cependant vous pourriez avoir là-dessus l'avis de la famille Guestier qui connaît le pays. Personne ne saurait prendre sur soi de vous donner de conseil