SCÈNE QUATRIÈME
MADAME, s'éloignant.
Non, monsieur! non! retournez auprès de vos maîtresses! Je ne me pique pas de lutter avec elles... Je ne suis que votre femme, moi!... et je n'ai pas le bonheur d'être assez maigre pour vous plaire.
MADAME
U faut être maigre!... un nuage, une vapeur.
MONSIEUR
MADAME
Oh! je suis fixée sur vos goûts maintenant! On les devine facilement. U suffit d'avoir vu madame Tourimel pour comprendre que vous n'aimez que les paquets de chiffons...
MONSIEUR
MADAME
Et cette créature ose venir chez moi ! Quelle infamie!
M ON SI EL' H, doucement.
Oui! indignez-vous !... C'est révoltant, c'est |épouvantable!... Comment peut-on risquer une accusation pareille? M. Tourimel n'est-il pas voire meilleur ami? Vous ne vous êtes pas quittés depuis le collège, vous appartenez à la même administration, vous avez été le témoin de son mariage, vous continuez de travailler à soa bonheur... Quoi de plus naturel?
MONSIEUR
MADAME
Seulement, je ne dois pas vous cacher, mon cher, qu'on s'étonne de vous voir déjeuner aussi souvent chez des gens qui ne sont que vos amis...
MONSIEUR
MADAME
Oh! sans doute, le prétexte est excellent: monsieur Tourimel demeure à deux pas du ministère; vous n'avez pas le temps de venir déjeuner ici; vous allez chez Tourimel; rien de plus simple. Une tiendrait qu'à moi d'en faire autant. .
MONSIEUR
Mais vous savez fort bien que je ne suis pas de ces femmes qui se lèvent dès le matin pour courir à l'autre bout de Paris. Je reste dans mon ménage, — moi.'
Jusqu'ici Madame n'a pas cessé de parler. Elle a débité ses phrases sans une seule pause. C'est seulement sur ce dernier trait * Je reste dans mon ménage, moi ! » qu'elle s'arrête pour respirer. Monsieur en conclut que c'est à son tour de prendre la parole et il s'y prépare.
MONSIEUR
MADAME, repartant.
S'il plaît à monsieur Tourimel de tenir table ouverte, il en est libre; chacun gouverne sa maison comme il l'enlend...
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M ON SI K un, dacouragé.
' MADAME
Comment subvient-il à un pareil luxe? c'est une affaire entre sa conscience et lui. Je ne tiens pas à savoir qui est-ce quipaieles toilettes éblouissantesdesafemme.
MONSIEUR
MADAME
Ah! mon cher, je répète ce qu'on dit partout : madame Tourimel est bien élégante pour la fille d'un ancien tambour!
MONSIEUR
Oui, d'un tambour! Vous ne me soutiendrez pas le contraire ; je l'ai vu, cet homme-là ! C'est lui qui apportait à mon père ses billets de garde national; je les ai encore, ses billets ; je vous les montrerai quand vous voudrez.
MONSIEUR
Vous n'y tenez pas?... Je comprends cela! Ce serait profaner votre idéal!... 11 ne faut pas amoindrir l'auréole de la femme aimée!...
MONSIEUR, abasourdi.
MADAME
Ah! pardon! je ne vous savais pas si susceptible. A
l'avenir, je me garderai bien de touclier k madame Tourimel. Tout ce qu'elle fera sera parfait; elle me volera le cœur de mon mari, elle enlèvera un père à ses enfants, elle apportera la ruine et le désespoir dans cette maison jadis heureuse, jo ne me plaindrai pas, je ne dirai rien, je trouverai tout cela très naturel, très juste et très honnête...
MONSIEUR
Est-ce suffisant? Vous contenterez-vous de cet acte d'abnégation? Faudra-t-il encore que j'aille mejeter aux pieds de madame Tourimel pour la supplier de débauclier mon mari?...
MONSIEUR
Cette fois, monsieur pourrait parler, mais il y renonce; il se contente de hausser les épaules et de tourner le dos à sa femme.
MADAME
C'est cela! Emportez-vous!.., C'est ce qu'où a de mieux à faire quand on ne peut pas répondre.
MONSIEUR, se retournant.
MADAME
Qu'avez- vous à dire pour votre défense?
MONSIEUR
Rien ! Vous n'avez rien h dire. Vous ne trouvez pas une parole, pas un mot, rien ! rien ! ! rien ! ! !