Février 177G
3. « Vous êtes prévenus que des demoiselles ferontaujourd'iiui, aux portes de l'église, uae quête pour les personnes qui demeuraient dans la maison qui a été brûlée avanthier. « — Octobre 1777.
4. « Un Pater et un Ave pour Son A. S. Mgr le duc de Penthièvre qui veut bien continuer à nous donner iOO livres tous les trois mois pour les pauvres de cette paroisse. » — 16 janvier 1780. — Le duc de Penthièvre était fils du comte de Toulouse. Après des débuts militaires vraiment glorieux à Dettingen et à Fontenoy, où il chargea, comme lieutenant général, les colonnes anglaises, il protégea la Bretagne, dont il était gouverneur, d'une descente ennemie^ Le reste de sa vie fut rempli par la pratique des vertus chrétiennes ; il était extrêmement pieux et charitable et ses revenus immenses lui permettaient de multiplier ses bienfaits. Très populaire, ildemeura cependant fort hostile aux réformes des États généraux. Ses cendres furent profanées en 1793 par les révolutionnaires.
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à l'appel de leur curé et les misères d'un caractère général rencontraient toujours des générosités extraordinaires.
Les crises agricoles n'étaient pas. inconnues dans les dernières années du xvni^ siècle, et l'on sait quel rôle important la question des grains joua dans les discussions économiques de l'époque; la Bretagne eut plusieurs fois à souffrir; en 17 70, la fabrique de Saint-Gilles et les confréries de la paroisse avaient employé 600 livres à l'achat de grains qui furent distribués aux pauvres de la ville. La sécheresse presque générale de 1785 occasionna un tel renchérissement des denrées que les ouvriers restèrent partout sans ouvrage etqu'on dut consacrer des sommes considérables à des travaux de voirie, dans les banlieues. Il en fut de même à la suite du rigoureux hiver de 1788-1789, où des neiges abondantes couvrirent la terre pendant plusieurs semaines. Alors M. de ïalhouët savait émouvoir la bienfaisance et on aimait à faire passer les aumônes par ses mains; c'estainsi qu'en 1776,Mmede laForêtfit un don de 300 livres pour que la rente fût, par ses soins, distribuée aux indigents.
Le recteur d'Hennebont avait un ministère tout spécial de consolation et de miséricorde auprès des malades et des pauvres de la ville. A lui aussi la haute direction spirituelle des établissements destinés à recevoir ces malheureux.
Hemiebont possède un Hôtel-Dieu (hôpital Saint-Louis) pour les malades Qixm. Hôpital général {hôpital Saint- Yves) pour les mendiants, infirmes et vieillards.
L' Hôtel-Dieu est dû, en 1622, à la générosité d'Alain Olive, ancien procureur-syndic, dont les sentiments chrétiens se traduisirent par de sages recommandations qui nous font faire un triste retour sur les errements de notre époque, maintenant qu'on éloigne systématiquement le prêtre du lit des moribonds :
« Cet argent sera employé au bâtiment d'une chambre au côté dudit hôpital, joignant la chapelle qui y sera bâtie, en sorte que le prêtre qui y logera, étant en ladite chambre, puisse d'icelle entrer dans la chapelle et de là au corps dudit hôpital où seront les malades. »
Cette chapelle fut bâtie en 1634, et en 1648 M. de Kerlivio, achevant de doter l'Hôtel-Dieu, y installait trois filles de la congrégation de la Charité, instituée tout récemment par « M. Yincent », s' engageant à les nourrir et entretenir à ses frais, à perpétuité. En 172S, les salles avaient été augmentées ; le nombre des sœurs de Saint-Vincent de Paul s'était accru : elles étaient six, recevant 36 livres par an chacune, et apportant dans leur admirable mission un dévouement qui ne nous paraît simple que parce qu'elles nous y ont habitués.
En 1662, un édit de Louis XIY prescrivait, dans les villes et gros bourgs du royaume, l'éta-
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Llissement d'hôpitaux généraux, non plus pour les malades, mais pour les mendiants, « malingreux » et invalides. La communauté de la ville d'Hennebont hésita dix-sept ans à s'imposer cette charge. Quand la charité catholique ne prend pas en main les entreprises de bienfaisance, les malheureux, livrés hV administration, attendent longtemps ses bienfaits! Enfin, en 1779, on acheta une maison pour le logement des mendiants. Au xviii* siècle, le service de l'Hôpital général, qui comprenait une cinquantaine de vieillards ou d'enfants trouvés, fut confié à de vieilles demoiselles vertueuses et respectées; en 1770 c'étaient Mlles de Kerloret et Fraboulet de Kerleadec.
La vie religieuse de la ville était complétée par un couvent de Carmes, un autre de Capucins; les Filles de la Charité, les Ursulines de Saint-Caradec et les Bernardines de l'abbaye de la Joie que nous avons souvent nommées.
La maison des Carmes était très ancienne, elle datait de 1390; c'était la première de l'ordre fondée dans lediocèsede Vannes *. En 1604, il s avaient accepté la réforme de sainte Thérèse. Ils demeuraient au nord du Bourg-Neuf, à la tête du pont qui fait communiquer les deux parties de la ville.
1. Leurs fondations successives furent, en Bretagne : Rennes, Ploërmel, Hennebont, Vannes, Josselin, Sainte- Anne.
Les Capucins étaient de date plus récente: après avoir établi des couvents à Yannes (1615) et à Auray (1626), ils étaient venus, en 1634, à Hennebont.
Neuf ans après eux, les Ursulines fondaient une maison d'éducation pour les jeunes filles ; elle fut bientôt prospère et soutint la réputation qu'elles s'étaient acquise déjà à Ploërmel, à Vannes, à Pontivy, à Josselin ' .
M. de Kerlivio avait introduit dans le diocèse, en 1650, les sœurs de Saint- Vincent de Paul; après leur premier établissement à l'Hôtel-Dieu d'Hennebont elles furent appelées par Foucquet à l'hôpital qu'il créait à Belle-Isle.
L'abbaye bénédictine de Notre-Dame de la Joie avait été fondée en 1260 par la fille de Thibaud de Champagne, la comtesse Blanche, épouse de Jean P^ duc de Bretagne. Elle appartenait à l'ordre de Citeaux ; les religieuses y étaient nombreuses, sa réputation de savoir et de régularité s'étendait au loin. En 1510, un incendie détruisit le monastère; mais, bientôt reconstruit, il subsista jusqu'en 1792.
C'est une belle demeure formant les trois côtés d'un carré régulier, dont les pièces boisées sont desservies par de larges corridors. Admirablement située sur la rivière, où conduit une pente douce, entourée de jardins et de prairies, baignée
1. Depuis leur arrivée à Hennebont, en 1643, les Dames ursulines eurent d'autres maisons dans le diocèse : Malesfroit (1670); Redon (1674); Muzillac (1688); le Faouët.
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d'eaux courantes, l'abbaye est bâtie en face des collines qui détournent gracieusement le cours du Blavet et donnent, malgré le voisinage de la ville, l'impression delà solitude et delà paix.
Sur la rive droite de la rivière s'élevait, proche le vieux château, la petite église de Saint- Caradec. reconstruite en 1777 et 1778. Là aussi se trouvaient les chapelles de la Madeleine, de Sainte-Catherine, de Notre-Dame de Trescoët, de Saint-Séverin et de Notre-Dame de Kerguélen (oti s'étaient fixées les Ursulines).
Sur la rive gauche, l'abbaye de la Joie, Notre- Dame de Paradis, les Carmes, les Capucins, la chapelle de la Congrégation et le prieuré de Lochrist.
Tel était l'ensemble des ressources morales d'Hennebont, tel était le domaine oii le recteur avait charge d'âmes, oii son zèle devait s'exercer. Les. prédécesseurs de M. de Talhouët n'avaient pas failli à leur tâche et leur physionomie paisible ne sortait pas du cadre dont nous venons d'esquisser les contours. Leur existence était celle d'un curé de l'ancien régime, non pas tel que l'ignorance ou la mauvaise foi se sont plu à le dépeindre, mais avec la modestie et la vigueur des prêtres d'autrefois.
« Nous n'avons trouvé dans l'ancien régime, — dit quelqu'un qui a étudié de près la situation du clergé avant 1789, — ni le Vicaire savoyard ni Jocelyn. Le curé n'était pas ce lévite rêveur et mélancolique qu' on nous représente curieux de bo tanique ,
courant la forêt, avide d'émotions et d'aventures. Non, la réalité est à la fois plus simple et plus honorable. Leurs demeures abritaient des hommes modestes, tout entiers à leurs devoirs, partageant leur temps entre la prière, la visite des malades, les exercices du culte, l'instruction de l'enfance et, çà et là, quelques distractions agricoles. Le pauvre venant frapper à la porte du presbytère y recevait toujours bon accueil. Les curés pratiquaient l'hospitalité la plus large, heureux de partager avec leurs invités le res angusta domi * . »
Oui, c'était un noble rôle, une grande charge, un fécond ministère :
« Le curé de paroisse connaissait toutes les familles ; il avait présidé à tous les actes importants de la vie des individus; il pouvait, au point de vue moral, être considéré comme leur conseiller et leur tuteur. La paroisse qu'il dirigeait était pour les habitants la première forme de la patrie ; ils connaissaient leur ville mieux que le royaume ; ils connaissaient mieux leur église que leur hôtel de ville. Depuis leur enfance, ils s'y rendaient régulièrement tous les dimanches; ils y retrouvaient, en venant s'asseoir dans le banc de famille, leurs propres souvenirs et les traditions de leurs pères. Les noms de ceux-ci étaient inscrits sur les dalles des tombeaux, sur les listes des confréries, parfois sur les verrières et sous les ex-voto. Le passé revivait soïis les vieilles arcades