Sainte Elisabeth, Introduction
aérien, et le 19 juin 1524, un religieux carme, Geoffroy le Borgne, évêque de Tibériade, en faisait la dédicace *.
La lettre de collation de Mgr de Berlin portait que le nouveau recteur serait installé solemnitatibus assuetis. Il en fut ainsi.
Le 22 décembre 1773, avant midi, accompagné de Jean-Augustin Audouyn, notaire royal de la sénéchaussée d'Hennebont, commis des notaires apostoliques de l'évêché de Yannes, et de son confrère maître Jean-Félix- Fraboulet, — suivi des membres de sa famille, escorté de toute la paroisse, « messire Yincent-Marie de Talhouët » se présenta devant la grande porte de l'église Notre-Dame de Paradis. •
Avant d'entrer, il revêtit un surplis, accepta une étole des mains du recteur-doyen de la paroisse de Guidel, M. l'abbé Mérat, et, ayant pris de l'eau bénite, se rendit processionnellement, avec le clergé, jusqu'au maître-autel. Au bas des marches, il chanta l'antienne Aima Redemptoris 'Mater. Il ouvrit le tabernacle, visita le saint ciboire et donna la bénédiction au peuple après
\. François Micliard, mort le 14 avril 1527, fut enterré dans soné^dise. L'année précédente, il avait acheté, dans la rue Neuve, un presbytère, la « maison des prêtres », réservant les pièces du rez-dechaussée pour les malades. On voit encore cette vieille demeure aux auvents surplombants.
Sur Notre-Dame- de-Paradis, on peut consulter un intéressant travail de M. l'abbé Luco, dans les Mémoires de la Société pohjmathiqiie du Morbihan, année 1875.
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que les notaires eurent . interpellé les paroissiens defournir leurs moyens d'opposition à l'installation de leur nouveau pasteur, « si aucun en avait ». Le silence ayant répondu à cette demande solennelle, M. de Talhouët prit place au chœur dans la stalle curiale; il entra dans le confessionnal, monta dans la chaire, se rendit aux fonts baptismaux, sonna lui-même et lit sonner les cloches, pénétra dans la sacristie et enfin visita les ornements, « le tout sans oppositions ».
M. de Talhouët n'était pas seulement recteur d'Hennebont, il était aussi curé de Saint-Gillesdes-Champs, petit bourg voisin. On s'y transporta pour accomplir dans l'église les mêmes cérémonies, et ce fut M. l'abbé Duparc, vicaire-curé, qui présenta l'étole. L'antienne spéciale au patron fut chantée, et les notaires firent leurs interpellations publiques, mais cette fois en langue française et en langue bretonne.
Une dernière prise de possession restait à accomplir dans ce même bourg, au lieu appelé la Yicairerie, « situé près le grand chemin qui conduit d'Hennebont à Baud, près le village de Callumec » . On s'y conforma, bien que cette propriété pût sembler peu digne d'un cérémonial solennel^cette Vicairerie consistant en « une ruine de logement, un taillis au-dessus et un pré à côté », dit le procèsverbal auquel nous empruntons tous ces détails * .
1. Acte du 22 décembre 1773. (Pièce originale.) Insinué au greffe des Insinuations ecclésiastiques du diocèse de Vannes au 19* registre, foUo 78.
Yoici donc M. de Talhouët, en bonne et due forme, recteur d'Hennebont, curé de Saint-Gilles. Avant de voir comment il y vécut, examinons comment il y pouvait vivre.
On sait quelles étaient les ressources du clergé, autrefois ; elles se résumaient dans la Dîme, le Casuel et les Fondations.
Tel est le principe, mais rien n'est moins uniforme ni plus sujet à variation; l'obscurité de la matière ne permet pas de généraliser.
Le plus souvent, la Dime appartenait au patron de la paroisse, évêque, chanoine, abbé ou laïque : c'était le gros décimateur. Conservant le titre de (( curé jjrimitif », il donnait au prêtre qui résidait et desservait la cure une part de ce revenu annuel, une portion honnête et suffisante, selon les prescriptions du Concile de Latran, c'est ce qu'on nomme la portion congrue. Sixte-Quint en avait fixé le taux à 50 écus au moins et 100 au plus. L'édit de 1571 exigeait 120 livres, successivement portées à 150 et 200, jusqu'à l'ordonnance de 1629 qui en stipulait 300.
C'était là jadis une des questions les plus débattues. Après bien des controverses, au moment où M. de Talhouët venait occuper la cure d'Hennebont, on vivait sous le régime inauguré, après de longues délibérations de? assemblées du clergé, par l'édit de 1768 : 500 livres ; ce qui peut repré-
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senter une douzaine de cents francs de notre monnaie actuelle.
Ajoutons de suite que ces revendications prirent un caractère d'urgence et de vivacité inouïes pendant les années que l'abbé de Talhouët passa dans le ministère paroissial. En 1779, les curés de Provence et de Dauphiné, s'assemblant pour faire augmenter la portion congrue, présentèrent des « mémoires », formèrent un comité permanent avec l'autorisation des Parlements. L'assemblée du clergé de 1780 essaya de calmer un mouvement dont les procédés étaient tout révolutionnaires : l'agitation continua entre les deux assemblées (1780-1785) ; Mgr de Loménie, dans son archevêché de Toulouse, fit procéder à une enquête; le synode diocésain fixa les chiffres de 700 et de 1,000 livres, enfin une déclaration royale, sur la proposition de l'assemblée du clergé, éleva, en 1786, le taux de la portion congrue à 700 livres. C'était celui communément appliqué quand sonna l'heure de la Révolution.
Mariages, baptêmes, enterrements constituaient partout le Casuel. Quelques dons en nature venaient çà et là l'augmenter : les cierges du pain bénit, les prémices des récoltes. Les marguilliers les vendaient et remettaient le tiers au curé.
Les glanes (quête à domicile pour recueillir ce que chacun voulait prélever sur sa récolte) étaient réservées au vicaire disant la première messe du dimanche matin.
Le Casuel du recteur, réduit aux enterrements
et aux mariages, n'était pas considérable à Hennebont.
Pour la publication des bans il touchait 3 livres 4 sols ; pour les inhumations « à grande sonnerie», 32 sols, la moitié pour les inhumations « à petite sonnerie » . Sur un état comparatif établi pour les années J746 à 1756 par l'abbé Sivien, prédécesseur de M. de Talhou et, probablement pour servir de base à quelques réclamations au moment des discussions qui agitèrent les assemblées du clergé de ce temps-là, nous lisons que le total du Casuel de ces dix années a produit au recteur 1,067 livres 6 sols, soit une moyenne de 106 livres par an; ce qui est évidemment fort peu.
La portion congrue, fournie par l'abbaye de la Joie, était de 150 livres ' .
Si on ajoute à ces deux sommes environ 50 livres pour les honoraires de messe (au taux de 10 sols), on arrive à un revenu total de 300 livres, environ 700 francs. La fortune personnelle de
1. Les états envoyés par tous les diocèses de France à l'Agence générale du clergé constatent en 1765, sur 29,133 paroisses:
8,989 curés à portion congrue;
6,850 curés ayant moins de oOO livres;
3,194 vicaires à portion congrue.
Après l'ordonnance de 1768, les 6,850 curés demandèrent naturellement la portion congrue ; — ils le firent plus encore après l'ordonnance de 1786. M. de Talhouët, touchant 256 livres, aurait certainement opté dans ce sens, mais l'ordonnance portait que cette portion congrue ne serait pas exigible par les curés des miles, à cause du Casuel qui était pour eux réputé plus élevé.
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M. de Talhouët devait Buppléer pour une large part à l'insuffisance d'un pareil chiffre, d'autant plus disproportionné que les pauvres étaient nombreux, la générosité du recteur large, et lourdes les charges qui lui incombaient.
Il partageait avec l'abbaye île la Joie les réparations du chœur de l'église, dont les chapelles étaient entretenues par les donateurs et la nef par les paroissiens. L'achat et l'entretien des ornements de chaque jour lui étaient dévolus, la fabrique n'ayant à sa charge que les ornements des dimanches et fêtes. — Il devait à l'évêché un droit d'annate s'élevant presque à une année de revenus. — - S'il n'était pas sujet à la taille et à la capitation, au dixième et au vingtième, il n'en payait pas moins sa quote-part de contributions à l'État, sous une autre forme. La caisse générale du clergé de France, dans laquelle nos rois puisaient volontiers lors des moments de détresse, avait dans chaque diocèse des représentants qu'on nommait les receveurs de décimes et qui, assistés d'une chambre ecclésiastique, recevaient des déclarations de temporel et dressaient des rôles. On versait entre leurs mains une taxe proportionnelle aux revenus nets du presbytère, contribution au don gratuit que le clergé offrait périodiquement au roi.
Les Fondations devaient également peu produire.
Dans un « mémoire » rédigé au commencement de la Révolution, M. de Talhouët s'exprimait très clairement à ce sujet.
« Nous ne possédons aucun bien, il en est fort
peu d'affectés au payement des fondations que nous desservons, et ce peu, nous ne le touchons pas, c'est la fabrique qui le perçoit, et elle ne nous donne que la somme suffisante pour les honoraires des messes et services suivant le tarif du diocèse et l'usage de notre ville. »
Or, ces honoraires étaient de une livre pour le prêtre célébrant et de huit sols pour chaque prêtre assistant.
Quatre vicaires vont aider M. de Talhouët dans son minis tère et former avec lui la « communauté » .
Ce sont MM. Gautier, Lamarque, Caris et Duparc. Son prédécesseur en avait eu cinq, et le nombre variait souvent :
En 1773, nous trouvons deux vicaires de plus : MM. Halley et Elédonet. En 1776, deux de moins; M. Baring, en 1777, et jusqu'en 1784, reporte le chiffre à S; alors M. Le Brec l'augmente d'un sixième vicaire. Il est vrai qu'étant mort en 1787, il ne fut pas remplacé. En 1789, l'abbé Duparc quitte Hennebont et MM. Billy et Prat y arrivent. L'abbé Gautier, en 1790, l'abbé Prat, en 1791, ne figurent plus sur les registres. A cette dernière époque on sait que tout est mis en question dans les églises : culte et personnel. En moyenne, on compte cinq vicaires pour Notre-Dame d'Hennebont et Saint- Gilles des Champs.
Ce nombre n'est pas tout à fait arbitraire, et en tous cas moins qu'indifférent, car il nous fournit des renseignements sur la piété de la paroisse, le curé n'étant tenu d'avoir un vicaire que dans le
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cas où il y a plus de cinq cents communiants. A son gré, il les choisissait ; il les logeait, les recevait à sa table; L'abbesse de Notre-Dame de la Joie donnait une rétribution de ISO livres au vicaire qui desservait la chapelle de Saint-Gilles des Champs et autant au premier vicaire de Notre- Dame de Paradis. Un médiocre casuel, provenant des messes, alimentait la modeste bourse des quatre autres. Nous ne savons s'ils bénéficiaient des règlements concernant les vicariats : en 1686, on avait alloué à chacun une portion congrue de 150 livres distincte de celle du curé, mais remise par lui ; depuis 1724, ils la touchaient directement; en 1763, elle fut portée à 200 livres, à 230 en 1778. A la veille de la Révolution, l'ordonnance de 1786 exigeait 350 livres.
A Hennebont, il n'y avait pas de presbytère. La Communauté de ville donnait 300 livres pour le logement du recteur et de ses vicaires. Ils occupaient dans la rue Neuve une maison appelée la «maison des prêtres », grevée d'une rente annuelle de 17 livres 5 sols pour l'hospice Saint-Louis * .
L'église est vaste, les cérémonies s'y font avec pompe ; les chants sont soutenus par un grand
i . J'ai sous les yeux un reçu : « Faisans pour les hôpi- « tauxd'Hennebond, j'ay reçu de M. l'abbé de Talhouët, « par les mains de Mme de Langle, la somme de dix-sept « livres cinq sols pour l'année échue le premier sep- « tembre dernier de la rente foncière qu'il doit à l'Hôpi- « tal Saint-Louis, sur sa maison sise rue Neuve de cette « ville. — A Hennebond, le 8 novembre 1791. — Huo de « Kerguinoy, administrateur. » {Pièce originale.)
orguQ qui paraît être l'objet de toute la sollicitude des margùilliers ^ Quelques sépultures, d'ailleurs sans caractère monumental, s'élèvent çà et là; mais à partir de 1779, un arrêt de la Cour défend, eh cas d'épidémie, de garder plus de vingt-quatre heures les corps morts et de les introduire dans les églises.
Le cimetière '^ est situé à côté de Notre-Dame de Paradis, à l'est et au sud, à l'extrémité du faubourg; comme l'église, il appartient aux religieuses de la Joie, aiusi qu'un terrain vague y attenant dont l'usage est devenu public par habitude, où la ville a fait planter quelques arbres, qui sert de promenade et sur lequel les habitants ont installé un jeu de boules. En 1762, ce cimetière a été agrandi et on y a construit un « reliquaire ». On y enterre depuis deux cents ans et plus; en 1783, à la suite d'un événement que nous relaterons plus loin, un cimetière nouveau sera installé dans le jardin de l'hôpital Saint-Louis.
Il n'y avait pas autrefois de corps administratif analogue à nos conseils de fabrique. En principe, dans chaque paroisse, tous les paroissiens formaient une assemblée, réglant les questions de recettes, de dépenses, d'entretien; en pratique, on
1. En 1774, Firmian, facteur d'orgues à Sainte-Anne, répare l'orgue d'Hennebont pour 1,800 livres. En 1776, Le Roy, facteur à Rennes, installe une pédale qui coûte 1,200 livres.
2. Il y avait un autre cimetière, dit Cimetière des noyés, toujours nombreux dans un port. Il était situé près de la chapelle des Carmes et entretenu pa;r eux.
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élisait quelques personnes qui constituaient le Général à qui l'administration était dévolue. Les marguilliers n'étaient guère que ses mandataire^ pour les quêtes et les achats. Quand il n'y avait qu'une seule paroisse — et c'était le cas d'Hennebont, — la municipalité intervenait, parce que tes membres de la paroisse étaient les mêmes que ceux de la cité.
Le Général d'Hennebont se compose de douze membres, des notables ; i\ novamB pour deux ans deux trésoriers. Au Général revient le soin d'accepter les legs, les fondations, les offrandes ; de gérer la caisse, de décider des achats, de les faire effectuer par les trésoriers ; à lui encore la nomination des chantres, du bedeau, du sonneur; il fournit les livres liturgiques * , une partie des ornements, des objets nécessaires au culte. Ses réunions ont lieu soit dans la nef, en face du banc-d' œuvre, soit dans la sacristie, soit sous le porche, selon la mode de Bretagne; mais cette habitude disparaît de bonne heure et, au xviii'' siè-
1. M. de Talhouët demande à la fabrique, le 6 avril 1783, d'acheterdes missels etbréviaires paj'ismzs, conformément aux nouvelles ordonnances de Mgr de Vannes. Mgr Amelot suivait le courant de l'épiscopat gallican ; en 1772, rassemblée de Tours avait à peu près accepté le bréviaire parisien de 1736 que beaucoup d'évêques imposaient. Mgr de Berlin n'en avait pas tenu compte ; mais son successeur, au commencement de 1783, l'adopta, aidé du consentement unanime du chapitre de Vannes. Il permettait cependant Tusage de la liturgie romaine pour neuf ans encore. Le terme expirait donc en 1792! Alors l'église « gallicane » était morte et sa liturgie aussi.
cle, les séances se tiennent toujours le dimanche dans la sacristie. Manquer à l'assemblée, c'est encourir une amende dé 10 livres.
Les ressources du Général ne sont pas considérables. Elles consistent principalement dans les droits d'enterrement et de tenture. La location des chaises et des bancs, sur le pied de 10 sols par personne, est réservée à la ijro'pnétaire de l'église, Mme l'abbesse de la Joie ^ qui fit même élever un jour un grand banc armorié en avant de celui qu'occupait, du côté de l'Évangile, le corps de ville ; d'oii un procès que gagna la municipalité en raison de l'emplacement, mais sans amoindrir les droits de propriété.
Les comptes du général, en 1787, accusant 3,361 livres de recettes et 2,371 livres de dépenses, indiqueraient une gestion assez prospère. Cependant, il doit y avoir des années moins heureuses, car la ville fournit les 200 à 300 livres nécessaires aux honoraires des prédicateurs de l'avent et du carême (choisis d'ordinaire parmi les carmes et les capucins d'Hennebont) ; elle prend à sa charge l'entretien du sonneur : 6 livres par an ; de l'organiste: 200 livres. Le bedeau a de 16 à 24 livres et le sacriste 40, mais ils sont payés par la confrérie de Notre-Dame du Yœu. La ville rétribue encore deux « chasse-gueux », portant une casaque armo-
1. Par acte signé le 2 mai 1783 et scellé sur cire rouge, par un cachet à ses armes, Mme Clotilde de la Bourdonnaye, abbesse, autorisele sieur Gloirec et sa femme à avoir un banc.
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riée, occupés à écarter les mendiants, pendant les offices, des portes de Notre-Dame de Paradis et de Saint- Caradec.
Les grosses réparations de l'église se trouvent généralement partagées entre la ville et le Général, parfois même l'entretien du mobilier * .
Les questions des circonscriptions paroissiales pouvaient lui être soumises et, en 1775, le Général s'assemble pour réduire plusieurs « frairies », sortes de petites succursales oii un desservant administrait les sacrements et remplissait à peu près le rôle d'un curé ^.
Quelquefois des circonstances imprévues le font convoquer, et c'est ainsi que M. de Talhouët indique, pour le dimanche 18 avril 1779, une assemblée du Général de vSaint-Gilles à la réquisition de M. le procureur du roi, faite en l'assemblée du 28 mars précédent, pour entendre ledit procureur sur des ohjeU dont il na pas donné connaissance.
Quatre confréries formaient des groupes organisés :
La confrérie des Trépassés, celle de Saint-Roch,
1. L'intendant ne veut pas que la communauté delà ville supporte seule les frais de la réparation de l'horloge ; « MM. de la fabrique », de l'agrément de M. le sénéchal, font une quête dans la ville : septembre 1778. — Il y avait deux horloges publiques à Hennebont ;-à Notre-Dame de Paradis et à Saint-Caradec.
2. Plusieurs /'raines formaient une trêve. C'était un reste de la hiérarchie féodale,. Encore au siècle dernier, la. ville de Paimbœuf, avec ses 8,000 habitants, était dans la dépendance de la petite cure de Sainte-Opportune de Rais.
orguQ qiii paraît être l'objet de toute la sollicitude des margùilliers ^ Quelques sépultures, d'ailleurs sans caractère monumental, s'élèvent çà et là; mais à partir de 1779, un arrêt de la Cour défend, en cas d'épidémie, de garder plus de vingt-quatre heures les corps morts et de les introduire dans les églises.
Le cimetière '^ est situé à côté de Notre-Dame de Paradis, à l'est et au sud, à l'extrémité du faubourg; comme l'église, il appartient aux religieuses de la Joie, ainsi qu'un terrain vague y attenant dont l'usage est devenu public par habitude, où la ville a fait planter quelques arbres, qui sert de promenade et sur lequel les habitants ont installé un jeu de boules. En 1762, ce cimetière a été agrandi et on y a construit un « reliquaire ». On y enterre depuis deux cents ans et plus; en 1783, à la suite d'un événement que nous relaterons plus loin, un cimetière nouveau sera installé dans le jardin de l'hôpital Saint-Louis.
Il n'y avait pas autrefois de corps administratif analogue à nos conseils de fabrique. En principe, dans chaque paroisse, tous les paroissiens formaient une assemblée, réglant les questions de recettes, de dépenses, d'entretien; en pratique, on
1. En 1774-, Firmian, facteur d'orgues à Sainte-Anne, répare l'orgue d'Hennebont pour 1,800 livres. En 1776, Le Roy, facteur à Rennes, installe une pédale qui coûte 1,200 livres.
2. Il y avait un autre cimetière, dit Cimetière des noyés, toujours nombreux dans un port. Il était situé près de la ctiapelle des Carmes et entretenu pa:r eux.
UNE PAROISSE SOUS l'aNCIEN RÉGIME 53
élisait quelques personnes qui constituaient le Général h qui l'administration était dévolue. Les ma^rguilliers n'étaient guère que ses mandataire^ pour les quêtes et les achats. Quand il n'y avait qu'une seule paroisse — et c'était le cas d'Hennebont, — la municipalité intervenait, parce que les membres de la paroisse étaient les mêmes que ceux de la cité.
Le Général d'Hennebont se compose de douze membres, des notables ; \\ TiOTQ.v[iQ pour deux ans deux trésoriers. Au Général revient le soin d'accepter les legs, les fondations, les offrandes ; de gérer la caisse, de décider des achats, de les faire effectuer par les trésoriers ; à lui encore la nomination des chantres, du bedeau, du sonneur; il fournit les livres liturgiques', une partie des ornements, des objets nécessaires au culte. Ses réunions ont lieu soit dans la nef, en face du banc-d'œuvre, soit dans la sacristie, soit sous le porche, selon la mode de Bretagne; mais cette habitude disparaît de bonne heure et, au xvm" siè-
1. M. de Talhouët demande à la fabrique, le 6 avril 1783, d'acheterdes missels etbréviairespansiejzs, conformément aux nouvelles ordonnances de Mgr de Vannes. Mgr Amelot suivait le courant de l'épiscopat gallican ; en 1772, l'assemblée de Tours avait à peu près accepté le bréviaire parisien de 1736 que beaucoup d'évêques imposaient. Mgr de Berlin n'en avait pas tenu compte ; mais son successeur, au commencement de 1783, l'adopta, aidé du consentement unanime du chapitre de Vannes, Il permettait cependant l'usage de la liturgie romaine pour neuf ans encore. Le terme expirait donc en 1792! Alors l'église « gallicane » était morte et sa liturgie aussi.
54 UN GURÉ D AUTREFOIS
cle, les séances se tiennent toujours le dimanche dans la sacristie. Manquer à l'assemblée, c'est encourir une amende dé 10 livres.
Les ressources du Géiiéral ne sont pas considérables. Elles consistent principalement dans les droits d'enterrement et de tenture. La location des chaises et des bancs, sur le pied de 10 sols par personne, est réservée à la propriétaire de l'église, Mme l'abbessede la Joie^ qui fit même élever un jour un grand banc armorié en avant de celui qu'occupait, du côté de l'Évangile, le corps de ville ; d'où un procès que gagna la municipalité en raison de l'emplacement, mais sans amoindrir les droits de propriété.
Les comptes du général, en 1787, accusant 3,361 livres de recettes et 2,371 livres de dépenses, indiqueraient une gestion assez prospère. Cependant, il doit y avoir des années moins heureuses, car la ville fournit les 200 à 300 livres nécessaires aux honoraires des prédicateurs de Favent et du carême (choisis d'ordinaire parmi les carmes et les capucins d'Hennebont) ; elle prend à sa charge l'entretien du sonneur : 6 livres par an ; de l'organiste: 200 livres. Le bedeau a de 16 à 24 livres et le sacriste 40, mais ils sont payés par la confrérie de Notre-Dame du Vœu. La ville rétribue encore deux « chasse-gueux », portant une casaque armo-
1. Par acte signé le 2 mai 1783 et scellé sur cire rouge, par un cachet à ses armes, Mme Clotilde de la Bourdonnaye, abbesse, autorisele sieur Cloirec et sa femme àavoir un banc.
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riée, occupés à écarter les mendiants, pendant les offices, des portes de Notre-Dame de Paradis et de Saint- Caradec.
Les grosses réparations de l'église se trouvent généralement partagées entre la ville et le Général, parfois même l'entretien du mobilier * .
Les questions des circonscriptions paroissiales pouvaient lui être soumises et, en 1775, le Général s'assemble pour réduire plusieurs « frairies », sortes de petites succursales oîi un desservant administrait les sacrements et remplissait à peu près le rôle d'un curé ^.
Quelquefois des circonstances imprévues le font convoquer, et c'est ainsi que M. de Talhouët indique, pour le dimanche 18 avril 1779, une assemblée du Général dé Saint-Gilles à la réquisition de M. le procureur du roi, faite en l'assemblée du 28 mars précédent, pour entendre ledit procureur sur des objets dont il na pas donné connaissance.
Quatre confréries formaient des groupes organisés :
La confrérie des Trépassés, celle de Saint-Roch,
1 . L'intendant ne veut pas que la communauté de la ville supporte seule les frais delà réparation de l'horloge; « MM. de lafabrique », de l'agrément de M. le séne'chal, font une quête dans la ville : septembre 1778. — Il y avait deux horloges publiques à Hennebont ;'à Notre-Dame de Paradis et à Saint-Caradec.
2. Plusieurs /"rames formaient une trêve. G'éidiii un reste de la hiérarchie féodale.. Encore au siècle dernier, la. ville de Paimbœuf, avec ses 8,000 habitants, était dans la dépendance de la petite cure de Sainte-Opportune de Rais.
celle de Notre-Dame du Vœu, celle du Saint- Sacrement.
Celle des Trépassés indique assez son emploi par son nom. La confrérie de Saint-Roch était un souvenir des pestes et épidémies fréquentes à Hennebont au xvu^ siècle. La troisième datait de 1699; en reconnaissance de la fm d'une maladie contagieuse, la ville .avait fait vœu de donner à l'église une statue de la sainte Vierge en argent. Cette statue fut portée en procession solennelle et bénite en grande pompe en 1701. Elle était exposée à la vénération près de l'autel de sainte Anne. La confrérie du Saint-Sacrement, fondée sous Henri IV par Ja piété des marchands de la ville, s'occupait des cérémonies; ses ressources étaient devenues insuf Usantes, et lo recteur devait rappeler aux paroissiens ses besoins et ses charges :
« On sollicite la libéralité des fidèles pour lafrérie du Saint-Sacremei^t. Cette frérie est obligée de se faire aider par la/f^érie de Notre-Dame du Vœu, seule ressource de cette église et qui est bien loin d'être opulente, comme le savent bien MM. du Général. Ne serait-il pas possible à chaque particulier d'épargner au moins sur son luxe qui augmente tous les jours, pour contribuer à la décoration des autels ? Combien de personnes accumulent sans cesse mille futilités dans leurs habillements et dans leurs meubles, sur leurs tables, et qui n'ont jamais fait la moindre largesse aux temples du Seigneur ; le luxe cependant absorbe tout, et pour suivre ces usages n'en vient-
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on pas quelquefois, surtout dans un état médiocre, aux plus honteux excès ' ? »
Une congrégation sous le vocable de Noire- Dame de l'Assomption avait sa chapelle particulière qui existe encore, dans la Yille close ; ses membres étaient les catholiques les plus zélés, les plus charitables ; partout ils donnaient le bon exemple.
Le Bureau de c^anfe' offrait assez l'image des bureaux de bienfaisance modernes et déjà cette réglementation de l'aumône, nécessitée à partir du xvif siècle par la décadence de certains établissements hospitaliers religieux, était prétexte à bien des abus. Jamais la philanthropie ne saurait remplacer la charité. Le bureau, d'ailleurs honorablement composé, avait aussi recours au recteur pour obtenir les fonds nécessaires à ses distributions. Pendant la saison d'été, beaucoup de familles riches de la ville sont à la campagne, les pauvres reçoivent moins ; M. de Talhouët ranime la générosité parles notes suivantes :
« On m'a prié de solliciter votre charité en faveur du bureau. Yous savez que chaque année on est obligé de vous faire la même prière pendant l'été. Encore quelques mois et nous verrons rentrer dans la ville une partie des personnes que leurs moyens mettent plus ehétat de soulager les pauvres ; en attendant ce moment, grands et petits, je vous conjure tous, soutenez selon vos facultés, au delà