CHAPITRE IV
LE CURÉ d'hENNEBONT
Ses soins pour l'inslruction religieuse de la jeunesse. — Les catéchismes de persévérance. — Sa prédication. — Modestie et austérité de sa vie. — Douceur et fermeté de. son apostolat. — Conseils aux matelots revenant de l'expédition d'Amérique. — Rachat d'un captif d'Alger. — Les charités de M. de Talhouët. — Charme de ses relations de famille; le château du Leslé. — La police de l'église. — Poursuite des mauvais livres; le curé d'Hennebont brûle les œuvres de Voltaire. — La translation du cimetière. — Opposition sans succès de l'abbé de Talhouët.
« Il est un homme dans chaque paroisse qui n'a point de famille, mais qui est delà famille de tout le monde ; sans lequel on ne peut ni naître ni mourir, qui prend l'homme au sein de sa mère et ne le laisse qu'à la tombe, qui bénit ou consacre le berceau, la couche nuptiale et le cercueil; un homme que les petits enfants s'accoutument à vénérer et à craindre ; que les inconnus même appellent mon père, aux pieds duquel les chrétiens vont répandre leurs aveux les plus intimes, leurs
t)8 UN CURÉ d'autrefois
larmes les plus secrètes; un homme qui est le consolateur par état de toutes les misères de l'âme et du corps, l'intermédiaire obligé de la richesse et de l'indigence, qui voit le pauvre et le riche frapper tour à tour à sa porte : le riche pour y verser l'aumône secrète, le pauvre pour la recevoir sans rougir ; un homme qui sait tout, qui a le droit de tout dire et dont la parole tombe de haut sur les intelligences et sur les cœurs avec l'autorité d'une mission divine et l'empire d'une foi toute faite.
« ... Sa porte doit être ouverte à toute heure à celui qui l'éveille, sa lampe est toujours allumée, son bâton toujours sous la main; il ne doit connaître ni saison, ni distance, ni contagion, ni soleil, ni neige : il s'agit de porter l'huile au blessé, le pardon au coupable et son Dieu au mourant ' . »
Dans cet éloquent tableau des devoirs qui lui incombaient désormais, M. deTalhouët était digne de se reconnaître et sa vie, nous Talions voir, devait répondre à ces sublimes exigences.
Son premier souci paraît avoir été les enfants. Il avait passé dans les collèges les débuts de sa carrière religieuse et puisé là, avec l'amour de la jeunesse, la manière de la gagner en se dévouant à elle. En examinant de près la situation morale de sa paroisse et en préparant les enfants à leur première communion, il reconnut la nécessité d'affermir la foi des fidèles par des instructions spéciales et estima que des catéchismes de persé-
l.LsimSirlme, Des Devoirs civils du curé.
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vérance seraient le meilleur moyen d'atteindre ]e but. .
C'était une innovation, et avant de commencer il fit explorer le terrain auprès de l'autorité épiscopale par sa sœur, chrétienne tout occupée de bonnes œuvres, qui prit occasion des vœux du l*"" janvier pour soumettre cette pensée à Mgr de Bertin ' .
Prudent et zélé, l'évêque de Vannes répondit :
•X Madame ^,
« On ne peut être plus sensible que je le suis aux marques d'attention dont vous avez bien voulu
1. Mgr Charles-Jean de Bertin naquit àPérlgueuxenl712. Après avoir obtenu le grade de docteur eu théologie, il devint vicaire général de son diocèse. A 34 ans, en 1746, il était préconisé évêque de Vannes par Benoît XIY et sacré le 22 septembre. 11 avait une extrême activité et dans son diocèse les œuvres furent bientôt florissantes : il établit à Vannes une compagnie du Saint-Sacrement, dont les membres visitaient les pauvres, les prisonniers; l'adoration perpétuelle; l'apprentissage gratuit d'enfants d'ouvriers; une maison des frères des Éct)les chrétiennes. Sa générosité personnelle était sans bornes, il consacra des sommes importantes à la cathédrale ; il obtint aussi du roi un don de 30,000 livres pour son embellissement. Très ferme, il s'opposa avec la dernière énergie aux intrigues jansénistes, soutint ses prêtres contre les arrêts du Parlement de Rennes et brisa les ecclésiastiques contaminés d'hérésie s'opiniâtrant dans leur erreur. Il protesta solennellement contre les calomnies du livre de La Chalo-
tais au sujet des Jésuites et le condamna. Il mourut à 62 ans le 23 septembre 1774, plein de mérites. — Son frère était ministre et contrôleur général des finances ; sa sœur était abbesse de Notre-Dame de la Joie.