La vicomtesse de Langle. En date du 3 février
m'honorer, au renouvellement de cette année .. Je suis enchanté de tout ce que vous me dites au sujet de l'abbé de Talhouët; il me paraît en effet capable de produire dans sa place tout le bien qu'on peut espérer. Je pense comme vous qu'il serait à désirer qu'il y eût dans votre ville des catéchismes pendant toute l'année, les fêtes et les dimanches ; je ne perdrai pas de vue les occasions de l'y établir. Vous feriez très bien d'en parler comme d'un usage utile et édifiant. Une personne de votre considération peut faire beaucoup d'impression ; mais je vous conseille de ne dire à personne, qu'à l'abbé de Talhouët, que vous m'en avez écrit et que je désire cet établissement.
« Lorsqu'il s'agit d'introduire unusage nouveau, il faut attendre le moment de la Providence, surtout n'avoir point l'air de le précipiter. Je ne conseillerais pas à M. de Talhouët de l'introduire au moins cette année, il me paraîtrait plus aisé de le faire à la suite de la mission dont vous me parlez. Si la Providence vous mettait à même de fonder une centaine de livres de revenu, pour donner cinquante francs à chacun des deux prêtres qui seraient chargés de faire le catéchisme, cela formerait UQ établissement solide qui se soutiendrait à perpétuité. Je crains que cet usage si important ne se maintienne pas pourlongtemps, sans quelque petite ressource de cette espèce. Si cela venait à tomber après avoir été entrepris, il serait très difficile de le rétablir. C'est une des raisons qui me font croire qu'il faut aller doucement pour
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celte innovation, quoique j'en sente tout le prix. « Je suis avec respect...
« f Charles-Jean, év. de Vannes. »
Comme le voulait son évêque, M. 'de Talhouët attendit quelques mois ; plus tard, il réalisa son projet avec un plein succès. Aucun document ne nous indique la fondation que réclamait Monsci gneur de Vannes, mais il est vraisemblable de croire que la charité de Mme de Langle sut pourvoir à ce besoin. Une fois établi, le catéchisme de persévérance se développa chaque année ; M. de Talhouët excellait à le diriger. De vieilles gens, dans la première moitié de ce siècle, savaient encore les cantiques que l'on y chantait et parlaient avec admiration des exercices qui s'y faisaient, cinquante ans après la mort de leur fondateur.
Il est d'ailleurs à remarquer que la mémoire de M. de Talhouët et de sa bienfaisance se conserva longtemps à Hennebont ; lorsqu'on demandait aux vieillards s'ils l'avaient connu : « Oh ! oui, répondaient-ils ; il visitait les malades, les pauvres, les prisonniers, et souvent quand il rentrait au presbytère, il avait donné une partie de ses vêtements. »
Purifier les âmes, les éclairer, les consoler, les amener à vouloir les choses les plus hautes et les plus difficiles, telle est la mission du prêtre icibas; et pour accomplir de si grands résultats, il n'y a que deux moyens : la prédication et la prière ;
le devoir de parler de Dieu aux hommes et le droit de parler des hommes à. Dieu.
L'abbé de Talhouët remplissait à la lettre cette mission sacerdotale. Sa parole était abondante, agréable, persuasive. Il trouvait dans sa conviciiondelaforce etde l'éloquence dans sa simplicité. Ses études théologiques lui étaient utiles, il les entretenait par la lecture habituelle de l'Ecriture Sainte dont il citait les textes avec un rare à-propos ; il tirait un excellent parti des leçons du bréviaire, et telle de ses meilleures instructions n'est que la paraphrase appliquée aux besoins de son peuple de l'homélie du jour. Les prônes de lui qui nous restent sontassez nombreux et on en pourrait faire un choix qui ne manquerait ni d'utilité ni d'intérêt. Son tact, habile à profiter pour le bien de toutes les circonstances, lui avait fait adopter un plan complet de doctrine, selon le catéchisme du Concile de Trente, dont il ne déviait que pour rendre sa prédication plus intéressante par des diversions tirées du cours de l'année liturgique.
La paraphrase du Credo, l'explication des évangiles et des épîtres, quelques panégyriques de saints, voilà le fonds de sa parole et le gage du succès qu'il obtenait auprès de ses auditeurs par l'importance du sujet et la netteté de l'exposition. Rien de moins éclatant pour l'ordinaire que son début. C'est un père qui parle à sa famille; il pose le texte qu'il va développer, et souvent commence par un trait d'histoire, une anecdote contemporaine qui éveille l'attention. Voici comment il
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ouvrit, un jour, le commentaire de cette demande de rOraismi dominicale : 'x Ne nous laissez pas succomber à la tentation. » — « Il a paru depuis peu de temps un livre intitulé : Lett?'es de feu Mgr l'évèque d'Amiens. Ce prélat, Mgr de La Mothe, est un de ceux qui, de nos jours, ont fait le plus d'honneur à la religion. Avec beaucoup d'esprit, il a vécu et il est mort en saint. Nous lisons dans une des lettres de cet homme respectable que chaque fois qu'il récitait TOraison dominicale, en disant ces paroles : Et ne nos inducas in tentationem, il avait l'intention de demander à Dieu de ne point lui donner de grandes richesses. Quel pouvait être son principe en cela? C'est, mes frères, qu'il regardait les trop grandes richesses comme une tentation... etc. «
On voit son genre.
Quelquefois une i:éflexion presque banale mais forte venait retenir l'esprit sur des sujets portant à l'ennui à cause de leur fréquence. A l'exposé doctrinal il mêlait toujours des applications pratiques; il se servait de comparaisons familières, d'images expressives, et comme la population d'Hennebont comptait beaucoup de matelots ou tout au moins des personnes ayant des attaches avec la marine, — la mer, les tempêtes, le pilote, les grèves lui venaient fréquemment aux lèvres.
Il aimait la brièveté : ses sermons remplissent à peine cinq ou six pages d'une feuille in-quarto. Tout simples qu'ils paraissent, ils étaient le fruit d'un travail soutenu, et l'on trouve des morceaux en-
m'honorer, au renouvellement de cette année .. Je suis enchanté de tout ce que vous me dites au sujet de l'abbé de Talhouët; il me paraît en effet capable de produire dans sa place tout le bien qu'on peut espérer. Je pense comme vous qu'il serait à désirer qu'il y eût dans votre ville des catéchismes pendant toute l'année, les fêtes et les dimanches ; je ne perdrai pas de vue les occasions do l'y établir. Vous feriez très bien d'en parler comme d'un usage utile et édifiant. Une personne de votre considération peut faire beaucoup d'impression ; mais je vous conseille de ne dire à personne, qu'à l'abbé de Talhouët, que vous m'en avez écrit et que je désire cet établissement.
« Lorsqu'il s'agit d'introduire unusage nouveau, il faut attendre le moment de la Providence, surtout n'avoir point l'air de le précipiter. Je ne conseillerais pas à M. de Talhouët de l'introduire au moins cette année, il me paraîtrait plus aisé de le faire à la suite de la mission dont vous me parlez. Si la Providence vous mettait à même de fonder une centaine de livres de revenu pour donner cinquante francs à chacun des deux prêtres qui seraient chargés de faire le catéchisme, cela formerait un établissement solide qui se soutiendrai!: à perpétuité. Je crains que cet usage si important ne se maintienne pas pour longtemps, sans quelque petite ressource de cette espèce. Si cela venait à tomber après avoir été entrepris, il serait très difficile de le rétablir. C'est une des raisons qui me font croire qu'il faut aller doucement pour
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cette innovation, quoique j'en sente tout le prix. « Je suis avec respect.;.
« f Charles- Je AN, év. de Vannes. »
Comme le voulait son évêque. M, *de ïalhouët attendit quelques mois; plus tard, il réalisa son projet avec un plein succès. Aucun document ne Qous indique la fondation que réclamait Monsei gneur de Vannes, mais il est vraisemblable de croire que la charité de Mme de Langlc sut pourvoir à ce besoin. Une fois établi, le catéchisme de persévérance se développa chaque année ; M. de Talhouët excellait à le diriger. De vieilles gens, dans la première moitié de ce siècle, savaient encore les cantiques que l'on y chantait et parlaient avec admiration des exercices qui s'y faisaient, cinquante ans après la mort de leur fondateur.
Il est d'ailleurs à remarquer que la mémoire de M. de Talhouët et de sa bienfaisance se conserva longtemps à Hennebont ; lorsqu'on demandait aux vieillards s'ils l'avaient connu : « Oh ! oui, répondaient-ils ; il visitait les malades, les pauvres, les prisonniers, et souvent quand il rentrait au presbytère, il avait donné une partie de ses vêtements. »
Purifier les âmes, les éclairer, les consoler, les amener à vouloir les choses les plus hautes et les plus difficiles, telle est la mission du prêtre icibas; et pour accomplir de si grands résultats, il n'y a que deux moyens : la prédication et la prière ;
le devoir de pai'ler de Dieu aux hommes et le droit de parler des hommes à. Dieu.
L'abbé de Talhouët remplissait à la lettre cette mission sacerdotale. Sa parole était abondante, agréable, persuasive. Il trouvait dans sa conviction de laforce etde l'éloquence dans sa simplicité. Ses études théologiques lui étaient utiles, il les entretenait par la lecture habituelle de l'Ecriture Sainte dont il citait les textes avec un rare à-propos ; il tirait un excellent parti des leçons du bréviaire, et telle de ses meilleures instructions n'est que la paraphrase appliquée aux besoins de son peuple de l'homélie du jour. Les prônes de lui qui nous restent sont assez nombreux et on en pourrait faire un choix qui ne manquerait ni d'utilité ni d'intérêt. Son tact, habile à profiter pour le bien de toutes les circonstances, lui avait fait adopter un plan complet de doctrine, selon le catéchisme du Concile de Trente, dont il ne déviait que pour rendre sa prédication plus intéressante par des diversions tirées du cours de l'année liturgique.
La paraphrase du Credo, l'explication des évangiles et des épîtres, quelques panégyriques de saints, voilà le fonds de sa parole et le gage du succès qu'il obtenait auprès de ses auditeurs par l'importance du sujet et la netteté de l'exposition.
Rien de moins éclatant pour l'ordinaire que son début. C'est un père qui parle à sa famille -,11 pose le texte qu'il va développer, et souvent commence par un trait d'histoire, une anecdote contemporaine qui éveille l'attention. Voici comment il
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ouvrit, un jour, le commentaire de cette demande de rOraisfin dominicale : « Ne nous laissez pas succomber à la tentation. » — « Il a paru depuis peu de temps un livre intitulé : Lettres de feu MgT l'évoque d'Amiens. Ce prélat, Mgr de La Mothe, est un de ceux qui, de nos jours, ont fait le plus d'honneur à la religion. Avec beaucoup d'esprit, il a vécu et il est mort en saint. Nous lisons dans une des lettres de cet homme respectable que chaque fois qu'il récitait TOraison dominicale, en disant ces paroles : Et ne nos inducas in tentaMonem, il avait l'intention de demander à Dieu de ne point lui donner de grandes richesses. Quel pouvait être son principe en cela? C'est, mes frères, qu'il regardait les trop grandes richesses comme une tentation... etc. »
On voit son genre.
Quelquefois une i:éflexion presque banale mais forte venait retenir l'esprit sur des sujets portant à l'ennui à cause de leur ^fréquence. A l'exposé doctrinal il mêlait toujours des applications pratiques; il se servait de comparaisons familières, d'images expressives, et comme la population d'Hennebont comptait beaucoup de matelots ou tout au moins des personnes ayant des attaches avec la marine, — la mer, les tempêtes, le pilote, les grèves lui venaient fréquemment aux lèvres.
Il aimait la brièveté : ses sermons remplissent à peine cinq ou six pages d'une feuille in-quarto. Tout simples qu'ils paraissent, ils étaient le fruit d'un travail soutenu, et l'on trouve des morceaux en-
tiers écrits de sa main avec quelques variantes jusqu'à trois et quatre fois, indice non équivoque du soin qu'il mettait à les composer.
Ces pratiques laborieuses l'avaient porté à apprendre le breton, effort qu'apprécieront tous ceux qui, dans leur âge mûr, ont essayé d'étudier cette langue expressive mais obscure. S'il ne la posséda jamais parfaitement, il pouvait du moins l'entendre et il lisait parfois des instructions populaires dont il avait soigneusement écrit le texte.
Nous avons vu son zèle à instruire les enfants. Souvent il se plaisait à faire passer sur leur tête les conseils qu'il destinait aux parents présents : « Mon Dieu, parlez aux pères et aux mères qui m'entendent, faites-leur comprendre qu'ils doivent être, qu'ils sont en effet les premiers responsables de la persévérance de leurs enfants, que négliger le soin de sa famille c'est être au-dessous d'un infidèle. . . » Et une autre fois, à propos de sanctificeMr nomen tuum : « Quand vous adressez à Dieu cette prière, hélas I ne pourrait-il pas vous répondre que vos actions démentent vos paroles? Vous désirez, dites-vous, que son nom soit connu, honoré, servi, et ceux qui dépendent de vous, vos enfants, vos domestiques, ignorent les plus essentielles vérités de la religion ; et vous prêtez des livres qui corrompent les cœurs ; et vous répandez partout le poison mortel de l'impureté ou de la médisance. Peuple, peuple malheureux, tu m'honores des lèvres, mais ton cœur est loin de moi ! »
Après une vive peinture de mœurs et des appli-
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cations saisissantes, il n'était pas rare de le voir terminer par une fervente prière, un retour sur lui-même, ses faiblesses, ses propres fautes. Car il prisait très fort l'humilité, et tandis que ses paroissiens étaient fiers de leur recteur et que de loin on venait écouter sa parole aux jours où il occupait la chaire, il devait répondre plus tard, du fond de l'exil, aux instances de Mme de Feydeau : « Ma sœur deLangle peut disposer de mes prônes ; je suis certain seulement qu'ils coûtèrent plus de peine qu'ils ne donneront de profit. »
Parler est bien, agir est mieux. Pratiquer les vertus chrétiennes est un excellent exorde pour les enseigner.
La vie du curé d'Hennebont était des plus modestes. Les revenus de la cure étaient peu considérables; mais sa fortune et la position de sa famille lui eussent permis une certaine représentation, un confort légitime. Il ne cessa jamais de mener la vie d'un religieux. Son lit n'était qu'une couchette qu'aurait pu accepter un pénitent austère ; sa table était conforme à son coucher, plus encore à son vêtement. Sur ce dernier article, sa charité simplifiait les choses : Mme de Langle allait de temps àautre visiter les armoires de son frère pour qu'il eût au moins le nécessaire ; quand elle lui faisait faire du linge neuf, il ne restait ])as longtemps au logis. « Qu'est-il devenu ? » demandaitelle, prévoyant aussi la réponse : « Ma sœur, d'autres que moi en ont eu besoin, »
Tout l'extérieur de M. de Talhouët respirait la
simplicité ; son maintien grave , sa démarche modes te, sa figure ouverte, son recueillement lui donnaient un meilleur air que la soutane la plus neuve ou le rabat le mieux empesé. Si sa foi apportait à sa parole dés « mœurs oratoires », sa charité plaidait encore plus haut en faveur de ses conseils.
Son confessionnal était très fréquenté, bien qu'il s'y montrât rigoureux pour l'instruction religieuse de ses pénitents : il voulait que l'on se mît à môme de bien comprendre l'importance de ce sacrement par une connaissance préalable du catéchisme; mais ce premier effort obtenu, il était large, il avait horreur de rebuter les pécheurs, estimant que la confession était, pour eux surtout, un acte méritoire, qui touchait victorieusement le cœur de Dieu.
La raideur du jansénisme — elle avait, grâce au ciel, peu contaminé la Bretagne — le trouvait très hostile et il combattait la mode de ces maximes orgueilleuses qui, pour la masse du public, ne furent jamais qu'une question d'engouement. Il était trop sage pour aimer les exagérations, trop prudent pour autoriser les singularités, trop mortifié lui-môme pour se prévaloir de ses austérités auprès des autres. Il veillait autour de son troupeau, mais ne l'effrayait pas, sachant d'ailleurs parler haut et ferme quand il fallait réprimer un abus, conjurer un danger, corriger un vice.
Les occasions de ces réprimandes n'étaient pas toujours rares, et s'il est vrai que le relâchement
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de nos contemporains dans les pratiques religieuses nous attriste justement en nous faisant . regretter la foi de nos pères, il n'en est pas moins vrai que ceux-ci avaient leurs défauts et que déjà, au siècle dernier, l'esprit du mal exerçait de terribles ravages dans les âmes. Les malades appelaient eux-mêmes le médecin et ne repoussaient pas ses soins ; c'est là la grandeur de ces temps passés; mais les voir sans imperfections est une exagération presque égale aux calomnies des sophistes qui les proclament sans liberté.
has pardons, les assemblées, tumultueuses toujours et parfois licencieuses, les danses du soir et de là nuit, les pièces de théâtre « composées par des gens corrompus, jouées devant des gens corrompus », les excès de table, l'ivrognerie le trouvaient sévère. La proximité de Lorient et de Port- Louis, où beaucoup d'ouvriers travaillaient aux chantiers, oii les matelots débarquaient la bourse bien garnie, lui était un souci continuel et un motif incessant de vigilance pour préserver les gens du peuple, chez qui la tempérance n'était pas du reste une vertu nationale. Sujet fréquent de ses prônes familiers ! « Ah ! les ivrognes ne font tort à personne? Et comptent-ils donc réellement pour rien les larmes qu'ils font répandre autour d'eux, les nuits qu'ils font passer à leurs proches ? »
Au mois de juin 1784, aumoment du retour des escadres rentrant d'Amérique, voyant son église remplie de marins qui se préparaient à célébrer la fête de leur patron saint Pierre, le batelier de Ga-
lilée, il les prémunit contre leurs funestes tendances par une leçon salutaire : « L'Eglise permet que nous nous choisissions des patrons et il est bon de les honorer, bonde les invoquer. Mais j'ose vous conjurer, matelots , de vous souvenir chaque jour de votre vie des règles de l'Eglise, des lois de la tempérance chrétienne. Yous avez été les défenseurs de la patrie, vous venez de combattre avec la plus grande valeur les ennemis du roi; soyez aujourd'hui les véritables soldats de Jésus- Christ. Résistez à vos passions, comme vous résistiez hier aux adversaires de la France ; résistez courageusement à l'ennemi de votre salut. Je m'adresse à tous, mais plus encore à vous que l'âge a rendus plus calmes. Yeillez sur une jeunesse que son inexpérience peut conduire aux excès. Les abus diminueraient beaucoup, cesseraient peut-être bientôt si la jeunesse était conduite, dirigée parles anciens, et nous aurions tous le bonheur d'éviter les écueils que nous devons redouter, d'arriver au port oîi nous devons atterrir. » Ce soin à neutraliser la démoralisation possible apportée dans sa paroisse par les matelots rentrant du service le poussait, on le comprend, plus encore à prémunir les jeunes soldats qui quittaient le pays pour le régiment. En particulier, il donnait des conseils, recevait des promesses, soutenait le courage et les mères l'aidaient de leur mieux dans cet apostolat ; en chaire, il adressait des avis généraux pour empêcher les licences et les k beuveries » :
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« Nous exhortons tous les jeunes gens qui doivent tirer à la milice, à se souvenir que dans tous les temps la débauche est défendue, et que l'ivrognerie est un double péché dans le temps de carême où tous les fidèles sont obligés au jeûne. Les cabaretiers doivent se rappeler ces vérités et en faire leur profit. Il est affreux que plusieurs cabarets ne désemplissent pas, même dans ces jours de pénitence. Pères et mères, il ne vous est pas défendu; il vous est môme très utile de vous réjouir avec vos enfants dans certaines occasions, mais que ces réjouissances n'aient lieu que dans, vos maisons, selon toutes les règles de la tempérance et de la religion. »
C'est bien au delà des limites de sa paroisse que le souci de ses paroissiens l'entraînait ! J'en trouve un curieux et touchant exemple dans le fait suivant qu'il me sera permis de rapporter avec quelque détail.
La proximité de Lorient donnait du goût maritime à bien des habitants d'Hennebont ; un assez grand nombre servait sur les vaisseaux du roi. Or, en ce temps-là, les côtes barbaresques étaient dangereuses et la piraterie des musulmans se jouait sans vergogne du droit des gens. Malheur au matelot qu'un coup de mer, une mauvaise chance, un retard dans l'embarquement laissait isolé sur le rivage d'Afrique , il devenait bel et bien captif dans les terres du Maroc ou d'Algérie, etl'onn'eût rien su de son esclavage si l'avidité des Deys n'eût stipulé une forte rançon pour sa délivrance.
80 L'N CURÉ d'autrefois ,
Dans ce XYIIP siècle où la sensibilité était si fort à la mode et où les philosophes parlaient sans relâche d'humanité, de liberté et de vertu, leur philanthropie ne sortait guère des nuages d'une commisération très banale pour les douleurs qu'ils n'avaient pas à soulager. Ils réservaient toute leur indignation contre le prétendu fanatisme de l'Eglise et, dans des séances académiques, répandaient des larmes d'attendrissement sur les sauvages deTaïti et des îles de la Société * , sans se soucier de leurs compatriotes enlevés aux portes de Marseille, gémissant, hélas ! sans aucune métaphore, dans les fers, au fond des casemates d'Alger.
Qui s'occupait de consoler ces infortunés et, dès qu'il était possible, de les racheter? Quelquesuns de ces religieux que les adulateurs de Saint- Lambert et de Voltaire poursuivaient de leurs sarcasmes. A la veille d'être sécularisés, les derniers membres de l'ordre de la Merci ajoutaient encore des noms à la liste de ceux qui, depuis cinq cents ans, leur devaient la liberté.
Parmi ces captifs, le curé d'Hennebont avait la douleur de compter parfois des siens. En 1777, un pauvre matelot, François Pierre, était au ser-
i. La Pérouse, cruellement détrompé des idées favorables qu'on lui avait données sur le compte des sauvages, disait, après le meurtre du capitaine de Langle à Maouna : « Je suis mille fois plus en colère contre les philosophes qui préconisent les sauvages que contre les sauvages euxmêmes. Le malheureux naturaliste Lamanon qu'ils ont massacré me disait encore, la veille de sa mort, que les Indiens valaient mieux que nous ! »
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vice des musulmans depuis nombre de mois. M. de Talhouët résolut de le délivrer. Mener l'œuvre à bonne fin n'était pas un émince affaire. Il fallait d'abord le racheter — et on demandait près de 3,000 livres ! — trouver à Alger des intermédiaires sûrs; — avoir l'occasion d'un bateau partant pour l'Europe ; — échapper, en mer, aux corsaires qui cinglaient dans la Méditerranée ; — traverser la France de Marseille à Lorient,
M. de Talhouët vint à bout de toutes ces difficultés.
Il intéressa d'abord ses paroissiens à ce rachat :
« Nous devons vous recommander spécialement lacharitépour ceux de nos frères captifs chez les infidèles. Plusieurs d'entre vous savent qu'un nommé François Pierre, de cette ville, est dans les prisons d'Alger. On demande cher pour sa rançon. Mais cela ne doit rebuter personne ; la Providence a des ressources qui nous sont inconnues. Si quelqu'un voulait contribuer à racheter cet infortuné, je ferais passer cette aumône par les mains que nous indique Mgr l'ôvêque de Vannes, à M. le supérieur du séminaire de Vannes, dont les confrères travaillent à Alger. »
Et après avoir reçu quelques secours, il parfit la somme.
Le recteur de Locmaria, près Quimper, le mit en relation avec son frère, M. Lalau, prôtre de la Mission, qui, avec d'autres membres de sa congrégation, perpétuait le ministère que les « Messieurs de Saint-Lazare » n'abandonnèrent jamais, en
mémoire de l'esclavage glorieux de leur saint fondateur. M. Lalau reçut 2,500 livres prélevées sur la fortune de M. l'abbé de ïalhouët, et, grâce àdes intermédiaires dévoués, François Pierre, l'humble fils de deux pauvres paysans bretons, fut mis à même d'effectuer ce long et dispendieux voyage : il put revoir son pays, embrasser les siens etsejeter dans les bras de son bienfaiteur.
On sent que de pareils traits attachaient étroitement les habitants d'Hennebont à leur pasteur. Plusieurs fois il intervint encore, et avec] succès, dans des rachats de ce genre, dépensant autant de persévérance à réussir qu'il aimait peu à ce qu'il en fût parlé.
La discrétion était le caractère de ses largesses ; il estimait que la moindre publicité enlevait le mérite des aumônes. Ainsi, au refuge de Yannes, il payait la pension de plusieurs pauvres filles de sa paroisse, et donnait même jusqu'à 100 livres pour l'entretien d'une femme qu'il avait sauvée du vice ^ — Il faisait élever gratuitement des orphelins ; deux surtout étaient Tobjet de sa sollicitude, pauvres petits enfants volés qu'il arracha un jour à une troupe de bateleurs de passage à Ilennebont. Il les appelait toujours ses « petits garçons » et du fond de l'Espagne, inquiet des siens, soucieux des événements, sans ressources personnelles, il
1. A la date du 7 septembre 1790, la prieure du monastère de Notre-Dame de Charité, sœur Mai'ie de Sainte- Agathe Buat, lui écrit encore pour le remercier de ses aumônes pour les filles repenties.