Le 23 juillet
L'abbé de Talhoiiët avait été le premier à adresser la convocation, et son nom figure encore en tête de la supplique rédigée le soir môme. Ses liens de famille avaient pu affermir ses pas dans cette voie, mais son amour du pays natal l'y avait plus encore engagé. Tous les cœurs bretons battaient à cette heure pour une cause commune, et l'exagération môme de certains sentiments est trop honorable pour être blâmée.
Bien que la grande députation * fût arrêtée en chemin par ordre de Louis XVI, les ministres se lassèrent avant les réclamants : on traîna en longueur en attendant la convocation des Etats généraux.
Sans prétendre que le mouvement parlementaire de Rennes, en fomentant la résistance, fût bien pur de tout esprit de corps, que lesinimitiésnées pendant le récent procès de La Chalotais y fussent étrangères et que la fâcheuse popularité qui accompagnait alors si facilement toutesles secousses données au pouvoir royal n'y eût pas aussi sapart, il faut reconnaître la grandeur et la légitimité des protestations de la Bretagne.
Ce qui permettrait de croire que la sincérité de la noblesse fut exploitée par quelques meneurs ambitieux et déloyaux, c'est l'abandon subit de cette belle cause deux ans après. Les populations
1, Elle était composée du comte de la Houssaye, premier . président, du président marquis de ïalliouët, des conseillers de Kersalaun, de Boisbaudry, de Nucé, de la Bour^ donnaye, etc., du procureur général de La Cbalotais.
lOr» ux CURÉ d'autrefois '
— Dieu ne regarde pas à la condition ; le Roi n'y regarde pas non plus.
— Nobles et peuple, chantons tous en Bretagne les louanges du Roi ;
— Les louanges du Roi et de sainte Anne, la bonne marraine de ce pays '... »
Le limonier Le Mang était ne àlvcrvignac, près «rileniiebont. Il y eut à son retour de grandes réjouissances, et l'abbc de Talhouët célébra une messe d'actions de grâces pour le brave marin, comme il avait déjà voulu dire une messe pour le l'cpos de l'îime de son ami du Couëdic.
La Révolution devait unir une fois de plus ces noms déjà trois fois rapprochés : comme la comfesse de Talhouët, comme la vicomtesse deLangle, la vicomtesse du Couëdic, accompagnée de ses filles, prodigua son dévouement aux prisonniers de Quiberon. Le souvenir de son mari en imposait mènic aux républicains, habituellement peu sensibles aux gloires du passé.
On était venu chez elle sous prétexte de visite tlomiciliaire, prélude d'une arrestation. M""® du Couëdic se borna à montrer le tableau de la Surceilkuite. « C'est ainsi, dit-elle aux brigands, que votre compatriote a servi la patrie. » A la vue de cette frégate rasée par les boulets et de ce commandant à qui trois blessures n'ont pu faire quitter son banc de quart, les farouches sans-culottes s'éloignèrent.
1. De la ViLLEMARQuÉ, Chants populaires de la Bretagne : « la Chanson du Pilote ».
Le Mang fut moins heureux : la Convention publia un décret ordonnant à toutes les personnes décorées sous l'ancien régime de remettre entre les mains du gouvernement leurs distinctions honorifiques. Le rude soldat se rendit devant le Comité de salut public avec sa médaille et un maillet. — « Citoyens, dit-il, vous m'avez demandé ma médaille ; c'est sans doute For que vous voulez : le voilà ! » Et, broyant la pièce sous son maillet, il en jeta les débris aux pieds des conventionnels. « Quant à \ honneur, il m'appartient; personne ne me l'enlèvera! » Et il sortit laissant le Comité stupéfait de la sublime audace de son action ^
Des événements moins glorieux, mais d'une portée très intime, allaient toucher de près les liretons.
Au mois de mai 1788, des édits royaux menaçaient les antiques privilèges de la province ; le Parlement de Rennes s'émut et, parmi les plus ardents, le marquis de Talhouët-Boishorand, président à mortier -. C'était une tradition de famille que ce zèle pour Ja défense des vieilles libertés bretonnes et on n'avait pas perdu le souvenir du rôle de son grand-père dans les dernières années de la Régence. — Le 2 juin, des lettres de cachet