CHAPITRE PREMIER
Les Talhouët. — Vincent-Marie-David. — A Qaimperlé. — Le collège de Quimper. — Ses compagnons : du Couëdic, La Tour d'Auvergne. — La vocation.
Talhouët est un nom qui appartient bien à la Rretagne. Depuis sept siècles, l'histoire de la famille qui le porte s'y déroule tout entière et son étymologie l'y rattache étroitement *. Le plus an-
1. Dans le dialecte du pays de Vannes, Tal veut dire front, et Houët, bois. Talhouët signifie donc un lieu, une habitation en lisière de forêt, ce qui n'est pas rare, puisque l'on trouve cette dénomination appliquée jusqu'à 47 fois, dans le seul département du Morbihan, à des villages, hameaux, métairies ou manoirs.
cien document où il figure remonte à la première croisade de saint Louis ; le berceau de la maison est le château de Talhouët en Pluherlin, sur la vallée de l'Arz, au sud des Jandés de Lanvaux.
Peu de pays offrent un aspect plus saisissant, plus mystérieux, plus sauvage, que cette longue plaine de quinze lieues, « la Craudu Nord », pittoresque et inféconde, cachant ses gazons arides sous le manteau d'un ciel gris.
M Les pieds n'y foulent que des bruyères déseschées, dit Fol de Courcy ; l'oreille n'y entend que les cris plaintifs des vanneaux et les chants stridents des grillons ; Fœil n'y découvre que des rochers brisés et bouleversés sur les sommets pelés de ce désert. Là, point de ruisseau qui serpente et qui murmure, point de source qui filtre sous des gazons fleuris, point de lac azuré qui réfléchisse un feuillage ombreux, mais des marais fangeux dans des bas-fonds, des fondrières boueuses sous des herbes roides, un étang aux eaux rouillées, dont les tristes bords n'ont pas un arbre, pas une fleur, pas un glaïeul. »
Une forte race doit naître dans ce pays agreste et habiter cette terre inclémente ; les hommes s'y bâtissent des demeures sévères comme leurs mœurs, solides comme leurs vertus. Le château de Talhouët, qui, au XVr siècle, a remplacé les constructions antérieures, est tout entier en moellons durs posés sur une assise de granit. Quelques encadrements des fenêtres hautes égaient seuls le regard par les
FAMILLE — ENFANCK -^ JEUNESSE 3
trois pommes de pin * des armoiries de lem's possesseurs et la devise assez chagrine d'Alain de Bot, tilsd'Isabeaude Talhoaët : « Ce qui me plaist m! ennuie, »
A tous les âges, les fastes de la Bretagne ont conservé avec honneur le souvenir de cette antique famille de chevalerie. François de Talhouët, maréchal de camp et gouverneur de Redon pour la Ligue, demeura l'un des plus persévérants défenseurs de la cause catholique jusqu'au jour où l'abjuration d'Henri IV lui rendit facile son adhésion à un prince qui le combla déboutés. Son petit-fils, Germain de Talhouët-Bonamour, vint prendre place, sous Louis XIII, au parlement de Bretagne et y laissa des traditions que suivirent beaucoup d'autres de son nom jusqu'à Louis, marquis de Boishorand, président à mortier en 1789.
Là fière allure de leur caractère, l'amour de leur province, le culte obstiné de ses franchises les distinguaient entre tous. Aux jours de la fameuse conspiration de Pontcallec ils sont au premier rang : Louis de Talhouët, marquis de Bonamour, et Louis, marquis de Boishorand, rejettent toute transaction, résistent atout accommodement, bravent tout péril et, sacrifiant fortune, jeunesse, famille, s'en vont mourir en exil, où ils montrent, à la tête des régiments du roi d'Espagne, une valeur
{ . Les Talhouët portent : « D'argent à trois pommes de pin de gueules, la tige en bas; » l'e'cu sommé d'une couronne de marquis et comme supports : deux lions. Leur devise est : 2ViZ altms !
militaire que nous retrouvons encore au début de ce siècle chez le marquis de Talhouët-Bonamour, soldat à 15 ans, officiera 19, capitaine à 20; nommé à 24 ans, après une charge contre l'infanterie russe, colonel de son régiment sur le champ de bataille de la Moskowa, blessé pendant la retraite de Russie et mis à l'ordre du jour de l'armée après la campagne de Silésie '.
La branche aînée s'éteignit au XVP siècle, et en 1780 celle des Talhouët-Keredren, d'oii sont sortis les Talhouët-Boishorand. Eux-mêmes ont formé les Talhouët-Bonamour et les Talhouët- Sévérac ; ce dernier rameau s'est partagé en deux : Sévérac et Grationnaye ^.
A cette dernière branche appartenait celui dont nous allons retracer la vie.
De l'ancien pays de Cornouailles, la cité la plus gracieuse est Quimperlé.
1. Commandeur de Ja Légion d'honneur et chevalier de Saint-Louis en 1814; colonel des grenadiers à cheval de la garde royale en 1815 ; maréchal de camp en 1816 ; pair de France en 1819; inspecteur général de la cavalerie en 1821. Il ne prit sa retraite qu'après cinquante-huit ans de services effectifs.