‹ Un début dans la magistrature (volume 3)Chapitre 39 sur 89 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

fond sentiment de bonheur qui l'inondait de toutes parts, dans tous les replis de son Âme ? Pourquoi sa Tie, qui hier encore, à la même heure, s'affaissait tristement dans Tombre, se relevait-elle, ce matin, comme une jeune fleur au soleil ? Elle n'aurait pu le dire; tout était nouveau pour elle; elle assistait pour la première fois aux splendeurs de la créa-» tion, avec le souvenir des ténèbres et du néant où elle avait végété jusqu'à ce jour. Elle se leva, pâle, inquiète, s'interrogeant avec anxiété, craignant de se trouver coupable. Elle ne savait, mais elie se trouvait coupable en effet ; elle s'accusait de n'avoir pas retenu son mari ; un vague instinct lui disait que M. Savenay n'était pas l'homme de M. Riquemont, et que M. Riquemont se trompait* Elle se rappelaitles premières paroles du jeune docteur, les discours qu'ils avaientéchangés sur le gazon, dans l'allée des charmilles ; n'existait-il pas déjà entre elle et lui un lien invisible, un secret qui les unissait? Son front se couvrait de rougeur, ses yeux se mouillaient de larmes. Puis, en comparant i'attitude qu'il avait eue vis-à-vis d'elle et celle qu'il avait gardée vis-à-vis de M. Riquemont, ne semblait* il pas que M. Savenay s'était joué de son mari, et qu'en l'accueillant de nouveau, elle allait devenir sa complice ? Sa conscience s'alarmait. Elle s'écriait dans son cœur que cela n'était pas possible, que ce jeune homme ne pouvait accepter l'invitation de M. Riquemont ; que, s'il l'acceptait^ s'il avait cette audace, elle se jetterait aux pieds de son mari, qu'elle lui ferait entendre que cela ne se pouvait pas,

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qu*aa besoin elle lui dirait tout. Mais que lui dire? A cette question, sa tête se perdait; car ce qu'il eûtihllu dire, elle l'ignorait et ne se Tétait pas dit encore à elle-même. Et tout en s'écriantque cela ne se pouvait pas, elle donnait des ordres pour la réception de son hôte. Elle faisait préparer dans Taile la moins sombre du château la chambre la moins triste et la moins délabrée, ouverte aux rayons du levant, et toute parfumée delà fleur des acacias, qui secouaient leurs grappes blanches sur le balcon de la fenêtre.— U ne viendra pas, se disatt-elle ; s'il a vraiment l'esprit élevé, Tftme délicate, le cœur intelligent qu'il m'a permis d'entrevoir, il ne viendra pas. — El, quoique faible et languissante, elle veillait elle-même à ce que cette petite chambre eût un air de fête. Elle envoyait les roses et les lis du jardin s'y étaler dans leur magnificence. Sur le carreau, dévasté par le temps, on avait improvisé un tapis, taillé dans une vieille tapisserie représentant Apollon poursuivant Daphné : Apollon une jambe en l'air, les deux bras en avant ;Dapbné éperdue, les pieds déjà enracinés au sol et les mains s'allongeant en branches de laurier. Le double rideau tombait en plis gracieux delà tringle dorée, et amortissait les ardeurs du soleil. Rien n'avait été négligé pour donner à ce réduit un aspect joyeux et charmant. Louise voulut s'assurerpar elle-même que tous ses ordres avaient été fidèlement exécutés ; mais, prés de franchir le seuil, elle fut prise, sans savoir pourquoi, d'une grande honte, et se sauva toute confuse.

Ces soins avaient absorbé une partie de la journée.

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