‹ Un début dans la magistrature (volume 3)Chapitre 56 sur 89 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

4e répondre courrier par courrier, s'il ne voulait encourir la malédiction maternelle. A ce compte, une lettre de Gélestin devait arriver le lendemain, jeudi, k Saint-Léonard, à moins que ce malheureux enfant ne fût mort, ou que madame d'Olibès ne retint à la poste la correspondance de la maison Herbeau, à moins enfin que Gélestin n'arrivât lui-même en personne.

Le couple dormit peu ou point. Aristide se leva avec le soleil ; au lieu de seller Colette et de partir pour les alentours, ainsi qu'il en avait Thabitude, il s'alla promener en pantoufles dans son jardin. Il huma le grand air et lut quelques odes d'Horace.

Sur le coup de dix heures, il déjeuna de grand appétit et but à lui seul une bouteille de vieux vin de Bordeaux. Adélaïde n'en revenait pas de le voir agir de la sorte. Ce fut bien autre chose lorsque, après le déjeuner, elle vit son époux, le docteur Herbeau, procéder à la plus brillante toilette qu'il eût faite de sa vie entière, et cela sans parler, sans mot dire, s'agitant en silence comme un automate. •— Que signifie ceci? expliquez-moi cela, disait-elle. -^Rien, pas un mot, pas même un regard.

Elle se démenait autour de lui, inquiète, éperdue, comme une poule qui, ayant couvé des œufs de canard, voit ses petits à peine éclos courir et se jeter à l!eau.

La toilette du docteur achevée, Adélaïde ne put s'empêcher d'admirer son époux ainsi façonné. A vrai dire, il paraissait vingt ans. Son visage fraîchement rasé avait la blancheur mate et parfumée d'un

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pain de sayon k Tamande. Sous la perruque poa«drée à frimasi son front rayonnait du suave éclat de la jeunesse ; ses yeux lançaient des jets de flam-mes ; sous son nez gonflé de pr^eU amoureux^ sa bouche demi-souriante s'épanouissait comme une rose. Son costume était oa ne peut plus galant : habit noir qu'il portait pour la première fois» rappelant par sa coupe les meilleures traditions du dix-fatti-*' tiôme siècle ; cravate blanche, négligeinment enroulée ; jabot étincelant ; épingle de diamant bro** chant sur le tout ( manchettes de batiste tombant à mille plis sur des mains potelées ; gilet de satin noir éblouissant ; culotte et bas de soie de la môme eau« leur, dessinant une jambe juvénile et fine encore en sa mâle vigueur ; souliers à boucles d'argent toutes neuves ; chaîne d'or, et breloques chato^^ant aur le ventre ; ongles roses, taillés en ogive : pierre ftne brillant à Tannuiaire de la main droite; le tout exhalant les senteurs de Tirii él singulièrement re« levé par une fière mine, par ttne gr&ce tout à fait guerroyante*

— - Seigneur Dieu ! où donc allei«*TOtt&Y sMorià madame Herbeau stupéfaite* ^ — ^ Je vais, répondit le docteur^ dlaier ohex le curé de Savigny,

— Vous iriez dîner chez un évôque» répliqua ttia^ dame Herbeau d'une voix aigre, que vous né seriez pas mis de la ^orte.

— Je vais où il meplatt d'aller^ riposta le disoteur sans s'émouvoir.

A ces mots, au lieu de cravache, il {^rit son jonc

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4 pomma d'or, et gagna le devant de sa porte, où .rattendait Colette aellée et bridée.

•^ Aristide» dit madame Herbeau de plus en plus ér^erveillâdt il se passe des ehosesque je ne dois pas savoir.

«M^ Alors, pourquoi m'interroger? répondit Aristide en enfourcbant Colette.

Et il partit au pas de sa monture, sans avoir déposé sur le front de son épouse le baiser accoutumé. Après ravoir longtemps suivi du regard, Adélaïde se frotta les yeux et se demanda si elle était bien éveillée. Au bout d'une beure, le facteurde la poste lui remit un paquet au timbre de Montpellier. A la suscription, madame Herbeau reconnut l'écriture de son fils bien^^^imé. Elle brisa le caebet d*une main émue, et trouva soùs Tenveloppe trois lettres inclusses. La première qu'elle ouvrit ^tait ainsi conçue ;

«Ma CHÈRB KtT£NDRB MERS,

H Je auis fort surpris que vous voua étonniez de ne ine point voir arriver à Saint^Léonard. J'espère que les deux lettres oi-inoluses vous donneront de ma conduite une explication satisfaisante. Je vous ré^ ponds à la bâte ; Pbeure du courrier me presse et lord Plamborough est là qui m'attend.

« Recevez, ma cbère et tendre mère, Pexpression de tous mes respects et de mes plus affectueux sentiments.

((G^LESTiN Herbeau,

f po«teur*méd««iii de U Faeulié de Montpellier. *

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