‹ Un début dans la magistrature (volume 3)Chapitre 60 sur 89 · CHAPITRE Yllf · texte numérisé non relu

CHAPITRE Yllf

colonnade du Louvre; puis, lassitude ou caprice d'enfant, elle eut la fantaisie d'aller chercher sur la toiture le siège et le lit de repos que lui refusait le chemin. Une échelle, qui servait probablement à la ferme prochaine pour grimper dans les pruniers et dans les pommiers, était appuyée contre le mur et permettait une facile ascension. En moins de quelques secondes, Louise se vit assise sur un coussin de mousse, au milieu des violiers et des campanules qui agitaient, comme pour la saluer, leurs clochettes roses et bleues : toute joyeuse et toute fière de sa conquête, car deux années de souffrance et d'ennui n'avaient pu flétrir entièrement en elle les grâces de la jeunesse, et, môme au milieu des récentes préoccupations, il suffisait d'un rayon de soleil, d'une fleur, d'un nuage flottant dans l'air, pour égayer et pour distraire cette aimable et bonne nature.

Tout n'était autour d'elle que lumière, fraîcheur et parfum. Elle se tenait à demi couchée, mollement accoudée sur la mousse, sa tête reposant sur sa main, ses petits pieds, chastement voilés, dépassant à peine le bord de la toiture. Au bout de quelques instants, une volée de pigeons vint s'abattre auprès d'elle. C'étaient les pigeons de son colombier. Bien que ces oiseaux soient naturellement très-sauvages, Louise était parvenue à les apprivoiser, et sa présence les attirait, -au lieu de les eflaroucher. Us se groupèrent aux angles du toit, et, après avoir fait la toilette de leur plumage, semirentà roucouler et à sebecqueter. En môme temps une compagnie de poules et de poulettes picorait au pied de l'échelle, sous la sur-

ut LB DOCTEUR HBRBfiAU.

▼eillance inquiète d'un coq amoureux et superbe. Le soleil déclinait à l'horizon ; on respirait de tontel parts la senteur des foins nouvellement coupés; on entendait au loin les chants des pâtres» lents et tristes t^omme tous les chants primitifs*

Mais que faisait donc le docteur Herbeau? à quoi donc pensait le docteur Herbeau? Il accourait^ le bon docteur, bourrelé de remords, la coni^oieDce mt abois, plus humble, plus abattu que nous ne Tavons vu fier et conquérant au départ. Tandis que Tange et le démon se disputaient son faible cœur, il avait, lui, le docteur Herbeau, fini par envisager la ques^ tion sous son point de vue vérilable. Qu'adviendrait* il, s'il lâchait la bride à la passion de Louise^ s'il bri* sait le dernier lien qui l'attachait à ses devoirs? Certes, la vengeance avait son charme; mais qu'amers en seraient les fruits! D'une part M. Riqucmont, de l'autre Adélaïde : deux jalousies déjà sur le quî-vive, il n'en pouvait douter, et qui n'attendaient peut-être qu'une occasion pour éclater. S'il avait eu tant de peine à cacher un amour innocent, comment s'y prendrait-^il pour cacher un amour criminel? comment échapperait-il au Châtiment d'un double adultère? Que deviendrait Louise? que deviendrait-il luimême? Deux ménages à Jamais divisés, quatre existences à jamais flétries I Quel exemple poUr Céiestin 1 quel scandale pour Saint-Léonard I ' Ces réflexions avaient singulièrement modifié leâ coupables desseins d'Aristide. H ne savait plus et se demandait avec effroi où il avait pris l'incroyable audace d'implorer une si dangereuse favenr. Il fut

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