‹ Un début dans la magistrature (volume 3)Chapitre 68 sur 89 · CHAPITRE Ylli · texte numérisé non relu

CHAPITRE Ylli

tacle digne d'une éternelle pitié. Le docteur Herbeau sortit à pied de sa maison, pâle, abattu, se soutenant à peine, mais, dans son affaissement, plein de noblesse et de dignité. Il gagna la demeure de son rival et pria le domestique de M. Savenay de rannoncerà son maître. Le jeune bomme s'empressa d'aller le recevoir au bas de l'escalier, et l'introduisit dans sa chambre avec révérence. Après l'avoir fait asseoir:

— - Monsieur, lui dit-il, quel que soit le sujet qui me procure l'avantage de votre visite, souilVez d'abord que je vous en exprime ma reconnaissance : c'est le plus grand honneur qu'il me fût permis d'espérer.

Le docteur Herbeau demeura quelques instants silencieux : il ne pouvait s'empêcher de penser avec quelque amertume que tous ses malheurs dataient de l'arrivée de ce jeune homme à Saint-Léonard.

— Monsieur, dit-il enfin, je me fais vieux. Unique médecin en ce pays, j'ai dû mener durant vingt-cinq ans une vie active et laborieuse. C'est un rude ministère que le nôtre ; jeune homme, vous le saurez plus tard. Que nous en revient-il la plupart du temps? L'ingratitude est le couronnement inévitable de toute existence vouée au bien public. Puissiez-vous, au bout de votre carrière, rencontrer moins d'épines que je n'en ai trouvé à la fin de la mienne 1

— Quelle qu'en doive être la récompense, puisséje, monsieur, répliqua Savenay, fournir une carrière aussi noble, aussi belle, aussi bien remplie que la vôtre]

— Je ne vous cache pas, poursuivit le docteur

190 LB MGTIim fintiSAU.

BerbeaUi gae d«puU longtemps je me saot^s suooomber à lat&cbe; voilà longtemps que j'aurais en eifet succombé» si le sentiment de mes di^voim ne m'eût imposé Tobligation de rester debout à mon poste. J'y suis resté. Monsieur; si je l'avais abandonné, que seraient devenus mes pauvres malade»? J'étais seul alors; trop jeune encore pour me suppléer, mon fils Célestin n'avait pas adievé sob cours. Dieu merci I je n'aurai point Ikilli k mes concitoyens; durant les vingt-cinq ans qui vienoent de s'écouler, personne en ce pays n'est iport ou n'a vécu sans mon assistance. Puisque je peux déso^ mais, sans trahir la cause de l'humanité, me dér charger sur vous et sur mon ftls du pesant firdeaa qui m'accable, je rentre dés à. présent dans le rspoi et vous laisse k tous deux, le soin de vous pairtager mes labeurs.

•*TT J'e^ére, Monsieur, se bAta^ répondre H. Satanay, que vous ne persisiereis pas dansoetteiiéso» lution. Vous êtes dans la force de l^Age ;. le pays ae saurait se passer de vos soins, de v0s talenjs, de votre ejcpérience.

•<«" Le pays, monûeur, répliqua tristement le doc* teur Qevbeau, s'ipquiète peu de ses vieuB serviteurs.' Depuis Athènes jusqu'à SaiatrLéonard, teiyoursel partout Iq peuple est le même,, oublieux, inconstant, ingrat, ]^an parties! pris irrévocahteip(>nt Dans pea d^ jours, mou ils Célestin m'aupa <|u^^é. Je soo^' baite que vous viviez fi^teroellement, s^shaîne ei sans rivalité : Célestin est doux, timide, poï^ avan^ tepu^;il>vous plaira^ ^

I; avan*^

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*— Crojrei, Mon&i60f> dit tejedâe bofume^ qii« je serai heureux de me lier d-âmiiié avec lûonsiettr votre fils : je ne négligerai rieapaar me rendre digne de sa bienveillance.

«--Gela TOUS sera bien facile* Vous le verrez^ c'est un agneau* Mais souffrez^ Monsieur, que j'arrive au véritable but de ma visite.

M. Savenay redoubla d'attention^ Après quelques instanti de recueillement: «- Hier encore^ reprit le docteur Herbéaii d'une voix émuei j'avais dans ma clientèle une personne qui me sera éternellement chère. Cette personne^ voul la connaissez ; je veux parler de madame Riquemonti C'est un ange. Pour des motifé que je dois taire, je désire que Célestin n'entretienne avec le château au«cun genre de relations. Mon fils est d'ailleurs, ainsi que je vous le disais toutà l'heurei une nature timide, délii^te, ombrageuse : M. Riquemôntrefiaroucherait infailliblement* C'est donc à vous, Monsieur, qu'il appartient d'achever l'œuvre de guérison que j'ai commencée voilà deux années. C'est entre vos mains que je dépose cet inestimabletrésor. Jevousie confie. Jeune homme, j'appelle sur cette jeune tête votre sollicitude la plua constante et la plus assidue. Veillez sur elle sans cesse^ à toute heure; nulle créature ici* bas n'est plus digne de vos soins et de vos hom« mages*

— J'accepteavec orgueil et reconnaissance la tâche que vous voulezbien me transmettre, répondit M. Sa* venay. Vptre confiance me touche et m'honore; je m'efforcerai de la mériter, et peut-être y réussirai-je,

SSl LE DOCTBIIR HKBBBAU.

si Tons daignez, Monsieur, m'aider de vos conseils et m'éclairer de vos lumières.

— Vous trouverez sur ces feuillets, dit M. Herbeau en tirant de sa poche quelques papiers qu'il remit au jeune docteur, l'analyse du traitement que j'ai fait suivre à notre chère souffrante. C'est, ainsi que vous Pavez reconnu vous-même le jour où j'eus l'honneur de vous voir pour la première fois, l'application directe des théories que je développai devant vous sur les maladies chroniques en général. J'y ai joint, sur le tempérament du sujet en particulier, quelques réflexions qui pourront ne pas vous être tout à fait inutiles. Toutes les fois, d'ailleurs, qu'il vous plaira de vous adresser à ma vieille expérience, vous me trouverez prêt à vous communiquer mon sentiment en toutes choses.

A ces mots, le docteur Herbeau se leva.

— Adieu, Monsieur, dit-il au jeune docteur. Vous avez servi de prétexte à la malveillance de mes ennemis, je suis convaincu que vous en avez plus souffert que moi) et je vous prie de me pardonner, ajouta-t-il avec bonté en tendant sa main au jeune homme.

M. Savenay, tout ému, tout attendri, s'empara de cette main avec effusion et la pressarespectueusement entre les siennes.

Ce dernier devoir accompli, le docteur Herbeau tourna sa pensée vers son fils, depuis deux ans trop négligé peut-être ! De retour au logis, il se mit aussitôt à son bureau» et il écrivit à Gélestin la lettre que voici :

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