‹ Un début dans la magistrature (volume 3)Chapitre 69 sur 89 · C K ON CHER FUS · texte numérisé non relu

C K ON CHER FUS

« L'heure est venue de tenir vos promesses et de réaliser les espérances que votre mère et moi avons placées sur votre tête. Mon cœur m'assure que vous reconnaîtrez dignement notre amour et nos sacrifices : vous ne serez pas au-dessous de la position qui vous est réservée. Je vous attends, mon fils, pour remettre publiquement ma clientèle entre vos mains. Je vous appelle pour me succéder. Hâtezvous, car chaque jour qui s'écoule compromet vos intérêts et ceux de votre famille. Les temps sont bien changés, Célestin I II ne s'agit plus de vous asseoir paisiblement dans mon héritage et de régner sans rivaux sur le pays. Vous trouverez établi à Saint- Léonard un jeune docteur de la ilstculté de Paris, qui vous disputera avec acharnement la succession de votre père. Vous saurez défendre vos droits. Que ce titre de docteur de la faculté de Paris ne vous intimide pas I Rappelez-vous, mon fils, que l'académie de médecine de Montpellier est illustre entre toutes, et que ses titres de noblesse sont les premiers inscrits sur le livre d'or de la science. Vous ne démentirez pas la renommée de cette glorieuse école; vous ajouterez un rayon de plus à cet astre resplendissant. Vous êtes bien jeune encore pour la tâche que je vous destine, mais j'ose croire que vous la remplirez avec honneur. Vous serez l'orgueil et la joie de notre vieillesse. Revenez avec confiance, et que la prévision des luttes que vous aurez à soutenir ne trouble point la

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sérénité de votre àme. Soyez fort. Je vous ai va paiv tir enfant, que je retrouve en vous un hdmme, l'homme à la fois élégant et sérieux que vos lettres m'ont permis d'entrevoir. Unissant, par un rare pi- Vilége, aux grâces de la jeunesse Texpérience de TÀgé tnûr, vous marcherez d'un pas sûr et ferme dans ta voie qui vous est ouverte. Depuis quelques années, mon cher fils, il s'accomplit autour de nous un moih vèment fatal, qui, s'il n'est comprimé, conduira né^ cessairement la France à sa perte. Vous vous garderez du danger des idées révolulionnaires ; la gloire de trah cer un sillon parallèle à celui qu'a tracé votfe pèitë suffira, sans douté, à vos honnêtes ambitiûnà. Ëd politique, fidèle à vos princes; inaccessible, en littérature, aux doctrines insensées que le goût et la raison réprouvent ; soumis, en médecine, à là tradition des grands mattres, vous pratiquerez en toutes ebosés le culte et la religion du passé. Vous aurez toujours présent à l'esprit cet axiome qui résume à lui setil ma vie tout entière : Mdihs est sistere grùéum qkàm progrediper tenebras.

« Nous vous attendrotis jeudi prochain, parla vdi^ ture de Limoges. Ce sera pour votre mère et Jîour moi, mon cher fils, un bien heureux jour, ttn jour trois fois béni. Nos cœurs sont altérés de votre ptésence. Vous trouverez ci-inclus une traite qui vous permettra de subvenir aux exigences du départ. Désirant réunir quelques amis pour fêter le jour de votre arrivée, votre mère vous cotiseille de vous reposer à Limoges et d'y faire un peu de toilette.

«Priez lord Flamborough d'agréer nos hommages,

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et croyez, ndtrè cher etlfant^ à rimpatiedèe qae nous avons de vous presser tendrement danft ttofif bras.

a A. Herbsau, ))

Le doeletir fit jeter par Jéaniiette cette letti*e à té poste. €elle qu'il avait écrite à Louise fût con&éè au garde champêtre de Riquemont, qui tenait tous leâ jours à Saint^Léonatd chercher les jourtiau£ de son maître.

Louise ignorait absolûâieitt ce qui s'était patrie la yeilte. Cômitie M. Riquemont n'avait plnd reparlé de remplacer le docteur Herbeau, et qu'au eônttairB il semblait avoir renoncé à lui donner un successeur, elle âvaiiretrouté tin peu dé câline et de sécurité. La veillé, après avoir mis le docteur à la porte, M. Ri'^ quémont ^ît ént^ dans la Dhambre de i^à femme. ^ VécidèiAmi, àvait-ii dit, papaâerbèiiB est un boà diable; il prend bien la plaisanterie. Je raffeclionne au foîid; et ne saurais me passer de lui. Puisqu'il te plaît, nous le garderons. Tu comprends bien que je tiens par^dessus tout à t'étre agréable. D'ailleurs, tout bien calculé, je me soucie médiocre^nent de ce petit Saveuay. Tu avais raison l'aiitrè soir, papaHeiv beau eàt plus convenable; C'est un brave homme. Il m'aitiuse, et$ s'il ne revenait plus au château, je seni qu'il me manquerait quelque chose. Va donc pour le docteur HerbëÂu I Je ne suis pas jaloux, moi. J'aime tout ce qûè ttl aimes, et tes sympathies font les mien-» nés. Je né sais pas quelle lubie m'avait p ssé, l'autre jour, ^flâ tètet Tu ne m'en veux plus, n'est-ce

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pas? On a ses maumis moments, mais on adore sa petite Louison.

Louise ayait remercié son mari de ses bonnes dispositions; mais, par une contradiction que nous ne nous chargeons pas d'expliquer, le bonheur qu'elle en ressentit fut moins près de la joie que de la tristesse. Le lendemain, dans l'après-midi, elle reçut, en présence de son mari, la lettre du docteur Herbeau. M. Riquemont rôdait depuis le matin autour d'elle, inquiet de ne rien Toir arriver, curieux de savoir comment le vieux docteur se tirerait de l'impasse où il l'avait acculé. La jeune femme ouvrit la lettre, et, après l'avoir lue :

— Vous triomphez ! Monsieur, s'écria-t-elle les yeux remplis de larmes; vous en êtes venu à vos fins. Vous avez si bien fait, que M. Herbeau m'abandonne. Quelle patience, quel dévouement n'a-t-il pas fallu pour résister si longtemps à vos indignes procédés I

M. Riquemont avait relevé la lettre échappée des mains de sa femme.

— Comment, mille diable I s'écria-t-il, le docteur Herbeau quitte les affaires I le docteur Herbeau abandonne ses amis ! Il trahit l'amitié, le docteur Herbeau I Mais c'est infâme, cela ! mais c'est impossible ! Je ne le souffrirai pas ; j'irai plutôt me jeter à ses pieds, j'embrasserai ses genoux, je lui demanderai excuse à mains jointes. Baptiste, qu'on selle un cheval 1 Rassure-toi, Louison ; la résolution da docteur Herbeau ne tiendra pas contre mes prières. Je m'engage à te le ramener aujourd'hui môme ; sois

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