‹ Un début dans la magistrature (volume 3)Chapitre 85 sur 89 · SOS LE DOCTEUR HERBEAU · texte numérisé non relu

SOS LE DOCTEUR HERBEAU

ment, la consternationi la stupeur, ne leur avaient pas permis.de mesurer rétendue de leur infortune ; lorsque, après deux mois de cet horrible cauchemar, ils se réveillèrent seuls, dans cette maison que Gélestin venait de dévaster comme une trombe, i lorsqu'ils comprirent enfin que ces deux mois n'étaient pas un rêve, mais une sombre réalité, ce fut un terrible réveil, et ce dut être un spectacle digne d'une pitié profonde, que ces deux vieillards mêlant Rilencieusement leurs larmes sur les débris de leur bonheur, sur les ruines de leurs espérances;

De môme que les orages du ciel ne s'éloignent pas tout d'un coup, et que, longtemps après que l'horizon s'est éclairci, partent encore de loin en loin des éclairs et des coups de foudre, de même la tempête que Gélestin avait amassée sur le toit paternel groilda longtemps après sa fureur apaisée* Longtenipsi encore des tonnerres lancés de Montpellier, soUs forme de lettres de change, vinrent de loin en loin éclater dans le salon du docteur Herbeati.

Écrions-nous avec le Roi-prophète : Que les gloireà de la terre sont vaines et périssables I Voilà quelques mois à peine, le docteur Herbeau s'épanouissait au faîte des félicités humaines. Tout lui souriait. L'aisance et le bien-être affluaient à son foyer. Des amis empressés égayaient sa fortune. Il s'endormait dans la confiance et s'éveillait dans la joie de sa destinée. Une étoile invisible illuminait son front î dans son cœur fleurissait une mystérieuse violette. Ainsi qu'il suffit de quelques coups dé hache pour mettre le cèdre ftu niveau ^e l'hysope, H

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a sMffl c}e Quelques JQurs pour ftbattre tant de prospérit^§. gélasl combien ^st rapide ^t facile à des? cendre la pente du bonheur, si lente et si rude à gravir I

G^ n'e^t déjà plus la baine qui veille k sa porte» ^ mais le silence et la.solitude. Le docteur Herbeau n'^ plus môme d'ennemis* Les gendarmes lui ont pari* donné ; maître Grippardseul vient de temps en temps lui présenter quelques autographes de son fils. L'in-^ différence pèse sur son nom, Toubli Tenveloppe dû son froid linceul. Il assiste vivant à sa mort. Tout oe pays qu'il a soigné durant vingt-cinq ans ne s'in?. quiète pas de savoir si le docteur Herbeau existe en-> core, L^g cercles, qu'il a si longtemps charmés par sa gr^ce et par son esprit, ne remarquent plus son absence. Il a filé comme une étoile, sans laisser de vide au ciel. Bientôt Saint-Léonard se demande race que c'était qu'Aristide Herbeau, Il se déciderait à re» prendre le cours de ses visites, qu^l ne trouverait pas un malade qui le fît appeler, sinon les pauvres qui l'ainiaient, et qui seuls ont gardé sa mémoire. Sa maison est morne, sa table. silencieuse, son foyep désert. Ses amis, comprenant que son malheur esl sans ressources, se sont retirés de lui : les amis sont pareils aux feuilles des arbres, ils tombent au vent de l'adversité comme les feuilles au souffle de l'hiver. Cependant le bon docteur a tenu sa promesse. Sur l'emplacement de son kiosque s'élève un petit temple grec ) sijr le fronton, on lit ; A l'amitié. Chef-d'œuvre d'arcbiteçturel Tout s'y trouve, colonnade, feuillage d'acaqthe, intérieur élégant et simple ; il n'y manque que des amis,

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Le règne du docteur Herbeau est passé ; celui du docteur Savenay commence. Que dis-je ! il est déjà dans Téclat de sa gloire. Il n'est bruit à la Tille et aux alentours que de la guérison merveilleuse de la jeune dame Riquemont. En moins d'un an, M. Savenay a rendu la santé à cette charmante femme, que tout le pays croyait perdue à jamais. Ce n'est de toutes parts qu'un cantique de louanges enrhonneur du savant médecin qui vient d'accomplir cette cure miraculeuse. Toutes les mères le convoitent ainsi qu'elles faisaient autrefois de Célestin. H en est qui, pour l'attirer, ordonnent à leurs filles d'être malades. Toutes les vierges rougissent à son nom, baissent les yeux à son aspect. Madame d'Olibès l'accable de vers et de fleurs des quatre saisons. Gomme la farouche Hippolyte, M. Savenay est inaccessible à toutes les agaceries, insensible à toutes les prévenances ; tous les traits s'émoussentsur son cœur de Scythe. Madame d'Olibès prétend qu'une Amazone de la Thrace l'a nourri de son lait sauvage, sur les bords du Thermodon. Il n'en est rien. M. Savenay a pris avec lui sa vieille mère, excellente femme, née,toutsimplement, voilà quelque soixante années, à Saint-Léonard, sur les bords de la Vienne : heureuse de pouvoir achever ses jours sous le coin de ciel qui l'a vue naître, près de son fils qui l'entoure de tousles témoignages de la plus adorable tendresse. Un confrère de M. Savenay, de la Faculté de Paris, le jeune docteurLombard, déjà cher àla science presque autant qu'à ses amis, est venu dernièrement s'établir dans la même ville. Il a épousé mademoiselle

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