MADAME G. DE G0UR60NNE
--— Ainsi , dit Mario m'interrompant , vous ne croyez pas à la Providence? Selon vous, c'est la &talité qui gouverne et régit le monde?
— Entendons-nous, lui dis-je; je crois à la Providence générale, à celle dont émane de toute éternité la loi qui règle toutes choses. Il faut être aveugle ou insensé pour la nier, celle-là : la nature entière la révèle et la proclame; mais, je Tavoue, je ne crois4>as qu'une Providence particulière se dérange à chaque instant pour nous. Dieu, qui veille à la conservation des espèces, se soucie fort peu des individus, et c'est, à mon sens, une sotte manie que
de le faire intervenir à tout propos dans nos affaires.
— Prenez garde I reprit Mario ; que penseriez- Tous d'un roi gui, après avoir promulgué les lois de son royaume, vivrait, les bras croisés, au fond de son palais? S'il éteadait sa sotticitude jusqu'au moindre de ses sujets, vous en paraîtrait-il moins grand? Dans une nuit noire, sur un marbre noir, une fourmi noire. Dieu la voit et Tentend... Cela me semble plus conforme à la grandeur de TÊtre suprême que les systèmes qui le représentent immobile et indifférent dans sa gloire.
— Ace compte, lui deiaandai-je en souriant, vous croyez au r61e actif de la Providence dans la destinée de chacun de nous?
-^ Pourquoi pa$? répliqua Mario. Ci vous reléguez la Divinité sur des bauAeurs inaccessibles, si je ne puifl la bénir dans ma joie ni Timplorer dans ma détresse, si, dans un cas déisespéré, je ne d<Hs rien attendre d'elle, pas même le brin d'berbe qve la colombe jette à la fourmi qui se ncne, que mlm* porte, à moi, votre Dieu? Roseau ^nsanti j'ai besoin d'un appui; il me faut un Dieu secourable. Je crois, comme vous, aux lois immuables de la création; je ne penae pas que la Providence daigne
changer pour nous Téconomie du monde, se manifester à toute heure, ni qu'on doive sottement invoquer son intervention , comme font les portières à propos de leur chat ou de leur serin; mais je dis qu'il y a des circonstances où Ton ne saurait, sans ingratitude, s'empêcher de la reconnaître et de la proclamer. Tout homme a dans sa vie une page au bas de laquelle le nom de Dieu se trouve écrit en signes éclatants. Tenez, ajouta-t-il en s'arrétant au milieu de l'allée où nous marchions tous deux, au lieu de discuter, comme nous le faisons depuis deux heures, sur des questions où tout n'est que ténèbres et incertitude quand on n'y pénètre pas avec le flambeau de la foi, voulez-vous que je vous raconte une histoire?
Nous nous assîmes au bord de l'allée, sur la mousse qui tapissait le pied d'un chêne, et Marioparia en ceft termes, après s'être un instant re* cueilli ;
Le comte Gaston de Valgrand est mon ami ; aussi vieille que nous, notre amitié n'a pas Tieilli d'un jour. Nous sommes nés presque en môme temps; nous avons grandi côte à côte. Nos habitations sont voisines Tune de l'autre; vous voyez d'ici les tourelles de son châfteau et les ombrages de son parc. Si, comme je l'espère, vous passez quelques jours avec moi, vous le connaîtrez à coup sûr. Si vous l'eussiez connu voilà dix ans, vous sauriez que le bonheur peut se rencontrer ici-bas. Jeune et beau, il avait épousé mademoiselle de C..., qui était ellemême dans tout l'éclat de la beauté et de la jeunesse. Leur union donnait un démenti formel au moraliste qui prétend qu'il n'y a pas de mariages
délicieux. Ils vivaient dans leur terre, faisaient du
bien à leurs paysans, et ne paraissaient point se douter qu'il y eût sous le ciel d'autres joies que celles qu'ils goûtaient à l'ombre de leurs bois. On les eût dits créés l'un pour l'autre... C'est là une phrase parfaitement banale, mais qui rend bien la conformité de leurs goûts, l'harmonie de leurs sentiments. On assure que le charme de l'intimité nait de l'opposition des caractères : je n'en crois rien, à. moins pourtant quê te tbaflhe Ite ffaltâttHé tie t^n- Méte à se quer^ltr tu fBaeÀifk %xx ^it. Qtrôiqnlk fassent toujows tu flMteii mil sur Ks^es tâioseï^, ils étaient l'un pma^ VtMté «ft mOÈéé toujours charttsank II y avait) dt^udànt» uu l>ô$!it asses gtave sur lequel ils ue s'isiiteliiiiâ^l fm. âa^tôu étàît, en ]^ii}o«(^bie> de Véc^H» 4^ iMÏÏltmm. domine HOHS) il Uiàit là l^ôVM^cè éft 9e rsfltïdt tôlohtiBrs tlds ^ïàA tui ôUt in faiM«Slfê d^ tfOit^. VL èstiftiait que bleu avait nsiBt fâft pot» nous éfntréamt Tordre «dmiirable î^i se v^ tâm l^fthfvs, fit qu*e)i toute dôcairtoîi rhoffiHrè lie *ott cWftl^ter tjtte mt M seul. Maèàmfe de Valgtan* étaA ttttsi pfettse Çûe belle. une ïMosophiè, si ôoMnlrè li %è^ ôï^yàSWîèS et à «es îhstincts, devâft ï'àlWgef |*Ei« ^rieusêtoeiit
quVHen'en toûveûàlt rile-tftême; mâh dte espérait en triompher à la longue; et, â^fltgurs, ïm disettssioi» ftiétaphysiqti«Rs &ê têùftitnt pas um lissêz large pUee dans la vit éa jeum métiagé iwmr que la paix M hb bûnliaiî dMt îl }t>tâsêtdt tm taMfit troublés lii«ti prôf()ndéfii«ïit. Bîm M t&S&qcnit à Imt ftlidté î dix^^huit mois tprès leur nnoridge, un petit , «ftgte l^r était îaê. Je » wos dlîtti |yais lew îtresse; îî eût fallu tes toîr, pMftbés ^oï le berceau où l*€ii- !Keftt ^souillait déjà.
Un soir d'automne, j*êtete assis^ prt« de madame lie Valgrâftd, i&ur le pemm ûè tet» efaMtean. A quelques pas de nous, sut là |)elotfèe, Gaston Jouait avec isôn fils. Le petit Ûliyief «ivftit tr6l6 ftfiS passés ! c'était tm btl tnfatit, épàûoui tromttiè UM Iteur, «t qui promettait de ressemblèf tr&!t pour trait à sou père, tîétte ressemblance, déjà frappante, êtaltait à la fois (Aez fe jéfunre comtesse ramwrr de h mère et la i*iidti»se de répotisô. Souriaïrte et teeneHlie, eîte
contemplait en silence le doux tableau qu^le avait sous les yêut. Tôtft îi tïoup îa 'sêrtniH de son lï^ont «e wfla , et je vis nine îartfire xpà MttiM M bout de tes cfils*
— Vous pleurez! m'écriai -je en lui prenant la main; qu'avez-vous?
— Je suis trop heureuse , dit-elle ; il y a des instants où mon bonheu: m'accable et m'effraye. S'il est vrai, comme on nous l'assure, qu'il n'y a pas de félicité durable en ce monde, et que tout se paye ou s'expie, à quelles épreuves suis-je donc réservée?
J'essayai de la rassurer; j'énumérai complaisam-* ment tout ce qui devait ranimer sa confiance : son enfant bien portant, son mari presque aussi jeune qu'elle, sa fortune solidement assise.
— Que pouvez -vous redouter? ajoutai -je; la foudre n'éclate pas dans un ciel sans nuage.
— Sans doute, je suis folle, répliqua-t-elle d'un air distrait; mais, que voulez-vous? c'est plus fort que moi, il y a des instants où j'ai peur.
Elle était ce soir-là, contre son habitude, inquiète, nerveuse, agitée. Elle se leva, courût à son fils, et le baisa coup sur coup, en disant d'une voix fiévreuse :
— Tu n'es pas malade? tu ne souffres pas?
L'enfant était vermeil et frais comme un bouquet
cueilli dans la rosée de mai. Le temps menaçait; de
vifs éclairs sillonnaient Thorizon. J'attribuai cet état de surexcitation à Tinfluence de Tatmosphère, et ne m'en alarmai pas autrement. Comme je rappelais à Gaston que nous avions pour le lendemain une partie de chasse où devaient se trouver plusieurs de nos amis communs , la jeune femme pâlit et le supplia de n'y point aller. Ce n'était pas la première fois qu'elle suppliait ainsi. De tout temps les armes à feu lui avaient inspiré une instinctive horreur; son mari ne partait jamais pour la chasse sans qu'elle sentit son cœur se serrer. Elle y mit cette fois une insistance toute particulière. Nature déliée, organisation délicate, elle frissonnait sous le pressentiment d'un épouvantable malheur. Après avoir commencé par rire de ses appréhensions, Gaston céda de bonne grâce, et, pour la rassurer tout à fait, promit généreusement qu'il ne chasserait plus désormais^ Elle lui sauta au cou, le remercia avec effusion et fut joyeuse le reste de la soirée.
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En eQet, le lendemain, Gaston manquait au rendez-TQus. La chasse fut heureuse et s'acheva sans accident. Il av^t été convenu qu'au [retour on dînerait chez moi. Au moment de nous mettre à table, nous vîmes paraître Valgrand qui venait dîner avec nous, en compagnie de 3on petit garçon qu'il tenait par la main. U était encore dans l'enivrement de la paternité, et se plaisait à le mener partout avec lui. Olivier fut reçu avec tous les honneurs dus à son âge, à sa gentillesse et à sa beauté vraiment merveilleuse. A la gr4ce, à l'élégance des races aristocratiques, il joignait la force et la spontanéité des enfants sains et vigoureux qui poussent en pleine nature. Ce fut à qui le choierait et lui ferait fête ; on se disputa ses caresses et seç baisers. La jeune com-
tesse Tavait paré avec cette coquetterie dont le secret n'appartient qu'aux mères. Je vois encore ses cheveux blonds, ses jambes nues, son cou de neige, et ses grands yeux, taillés dans le vif azur d'un ciel de printemps. On Teût dit détaché d'une vignette anglaise, ou, mieux encore, d'une toile d'Hamon. Il prit place au milieu de nous, et fut la gaieté du festin.
Le repas achevé, nous étions passés sur la terrasse, où nous nous amusions à tirer les martinets qui volaient dans l'air bleu du soir. Olivier, comme un petit brave, battait des mains à chaque coup de feu, et se précipitait aussitôt pour ramasser l'oiseau, qui ne tombait jamais. Honteux de notre maladresse, Gaston, qui jusque-là s'était contenté de nous regarder, vint à moi, et me demanda mon fusil. Je lui rappelai, en riant, la promesse qu'il avait faite la veille à sa femme; il me répondit qu'on lui permettait la chasse aux moineaux.
— Papa va tirer I s'écria le petit, tout fier et tout joyeux; papa va tuer tous les oiseaux I
Il se fit un profond silence. Gaston, l'arme inclinée, un doigt sur la gâchette, observait le vol des hirondelles et guettait le moment propice. Dispersés
çà et là, comme des tirailleurs au repos, nous attendions humblement la leçon qu'il s'apprêtait à nous donner. A quelques pas de lui, l'enfant se tenait debout, immobile, p&le d'émotion. Les martinets, effarouchés, avaient pris le parti de s'éloigner. Enfin il en vint un, qui, après avoir tracé de gracieux méandres, plana un instant au-dessus de nos têtes. Gaston, qui le suivait des yeux, releva brusquement son arme : le coup partit , Olivier tomba.
Ce qui se passa là, dans l'épouvante de la pre* mière heure, je ne puis vous le dire. Ge fut une scène dont rien ne pourrait vous rendre Thorreur. L'enfant gisait sur le gazon, la poitrine trouée et sanglante. Il avait reçu toute la charge de plomb dans le cœur; la foudre n'eût été ni plus prompte ni plus terrible. Les cheveux hérissés, les yeux secs et hagards, le front livide et chargé de sueur, Gaston se débattait, comme une bête fauve, au milieu de nos amis qui s'étaient jetés sur lui pour l'empêcher de se tuer. Ce n'était pas du désespoir, mais de la fureur, du délire. J'avais moi-même le vertige; je courais çà et là comme un insensé; je sentais la
folie poindre dans mon cerveau. J'avais pris dans
151 oLivisa.
mes bras le corps iaakaiiiaié du pauvre petit être qui paraissait dormir, la tête penchée sur mon sein; je remportai dans ma chamlH*e et le posai doucement sur mon lit, comme si j'avais eu peur de le réveiller. Quand je retournai près de Gaston, il venait de perdre connaissance et de s'affaisser sur lui-môme. Nous profitâmes de son évanouissement pour Tarracber de ce lieu de désolation. On le plaça dans la voiture de M. de B..., qui l'emmena cbez lui, à quelques lieues de là. J'avais confié à mes amis le soin de veiller sur l'infortuné; une tâche plus rude m'était réservée. Étonnée de ne point voir revenir son fils^ la mère pouvait arriver d'un instant à l'autre. J'appelai à mon aide toutes jxies forces et toute- ma raison ; je m'armai de courage et me rendis au château de Yalgrand.
J'entrai par la grille du parc. Ce ne fut qu'au bout de l'avenue, en face de cette demeure, recueillie, silemsieuse, où tout respirait encore la paix et le bonheur, que je compris bien nettement pourquoi j'étais venu. Je m'arrdtai; mes jambes fléchissaient, je sentais mon cœur qui se mourait dans ma poitrine. La soirée était délicieuse. Un vent doux et
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frais agitait la cime des arbres. Madame de Valgrand se promenait, calme et sereine, sur le sable fin de Taliée qui courait devant le perron. En passant près d'une fenêtre, elle jeta un coup d'œii sur la pendule du salon, et, s'adressant à un de ses serviteurs :
— Germain, dit-elle, monsieur le comte s'oublie. Il se fait tard, allez chercher Tenfant; je crsdndrais qu'il ne prit du mal.
Je souhaitai que la tàrre s'entr'ouvrît sous mes pieds ou que le ciel s'écroulât sur ma tête. J'eus la pensée de me sauver, de m'enfiiir jusqu'oui bout du monde. En se retournant, madame de Yalgrand m'aperçut et fit vers mioi quelques pas en souriant. Elle n'avait point remarqué le bouleversement de mes traits et croyait sans doute qu'Olivier et Gaston me suivaient de près. J'allai droit à elle et lui pris la main. Je me taisais. Elle me regarda, tressaillit et éteirijit blanche comme un linceul.
— Mon mari?... mon enfant?... dit-elle.
— Madame, lui dis-je enfin, hier vous avier raison : tout bonheur se paye oo s'expie. Vous étiez la plus heureuse des femmes... vous en êtes la plus misérable.
Elle répéta :
— Mon mari?... mon enfant?...
— Votre mari est vivant, lui dis-je.
— Mon enfant est mort I Je ne répondis pas.
Elle jeta un cri, et, saisissant mon bras :
— Ce n'est pas vrai!... Vous me trompez, vous mentez... Ce n'est pas possible! Il s'est blessé en jouant, voilà tout... mais il n'est pas mort... Vous mentez!...
Je pleurais en silence; je n'y tins plus, j'éclatai en sanglots.
— C'est donc vrai! c'est donc vrai ! s'écria-t-elle en se frappant le sein et le visage. Mon enfant est mort! on m'a tué mon enfant!... Allons, ajoutât-elle résolument, menez-moi vers lui... Je veux le voir.
C'était là ce que je redoutais. J'essayai de la retenir; mais elle m'entraînait avec une force surnaturelle.
— Je veux voir mon enfant... On ne m'empochera pas de voir mon enfant! disait-elle d'une voix ardente, éperduç.
— Madame, lui dis-je avec autorité, votre place, à cette heure, est près de votre mari; c'est près de lui que vous devez vous rendre d'abord. Quand j'ai quitté Gaston, il était déjà bien malade. Si vous manquez de courage , il mourra. Il n'y a que vous au monde qui puissiez le sauver. Si vous voulez qu'il vive, hâtez-vous. Vous n'avez pas un instant à perdre.
Ainsi que je l'avais prévu, elle s'empara avec avidité de ce nouvel aliment offert à son désespoir.
— Oui, dit-elle, vous avez raison... Mais, mon Dieu, que s'est-il donc passé?
Et, sans slnquiéter de savoir comment il se faisait que Gaston ne fût pas auprès de son fils, elle continuait de m'entratner vers la grille. Au bout de quelques pas, elle chancela; je la portai dans ma voiture que j'avais laissée à la porte du parc. Il était plus de minuit quand nous arrivâmes au château de M. de B... Madame de Valgrand ne savait qu'une partie de la vérité; elle croyait que son fils s^était tué en tombant du haut de la terrasse. Pendant le funèbre trajet, j'avais exalté son courage en lui parlant de son mari.
— Vous êtes pieuse, lui disais-je; vous êtes plus forte que Icn. Vous avez Dieu pour yous soutenir; lui, le malheureux, n*a que vous.
J'avais la conviction que ces deux infortunés ne pouvaient être sauvés que l'un par l'antre; j'espérais que leur désespoir s'amortirait dans une pitié réciproque, dans un mutuel attendrissement. Je me trompais. A peine arrivé, je me précipitai vers l'appartement dont les fenêtres brillaient dans l'obscurité de la nuit. Je voulais préparer Gaston à la présence de sa femme. J'ouvris la porte et j'entrai. Madame de Valgrand, que j'avais laissée dans la calèche, m'avait suivi à mon insu ; elle entra presque en même temps que moi. Gaston était assis sur un divan, l'œil morne, la bouche béante, dans l'attitude de l'hébétement ou de la folie. II se dressa brusquement sur ses jambes, regarda sa femme, recula de deux pas, poussa un cri terrible et tomba roide sur le parquet. Quelques heures après, au lever du soleil, la voiture qui nous avait amenés rapportait au chà* teau de Valgrand Gaston, étendu sans vie près de moi, et le corps de Pcnfimt que la mère, à moitié folle, berçait sur ses genoux.
EstK;« assez d'horreur, moo ami? Et pourtant je n'ai pas tout dit. Oaston se réveilla, mais non pas •sa raison. Lorsqu'il revint à loi, il était fou. Foli€ furieuse que la présence de sa femme exaspérait a^ lieu de Tapaiser; folie d'autant plus affreuse, qu'elle n'étou&it pas en lui la conscience de la réalité, et <|ue la mémoire survivait an naufrage de TinteUi" gencel II croyait qu'après avoir tué son enfant il avait été condamné à mort, qu'il s'était enfui au moment oii on le tratnait au supplice, et que sa femme ne le cherchait que pour livrer sa tête au bourreau. Assez calme lorsqull était seul avec moi, il jetait des cris effrayants aussitôt qu'il rapercevait. Vainement elle venait à lui^ épiorée et suppliante; Tainement elle essayait de le rassurer par de douces
paroles : saisi de terreur, il se cachait derrière les meubles, ou, s^échappant des bras qui s'efforçaient de le retenir, allait, pâle et tremblant, se blottir dans les combles du château, d'où j'avais bien de la peine à Tarracher pour le ramener dans sa chambre. J'avais cru d'abord à un délire passager; mais, loin de céder, la fièvre du cerveau redoublait. Il ne se laissait approcher que par moi; ma figure était la seule qui n'éveillât point sa défiance. Madame de Valgrand avait dû se résigner à ne plus paraître devant lui. La malheureuse avait tout perdu en un jour; elle avait, du même coup, perdu son mari et son fils. Supprimez le Dieu des affligés, ôtez à cette infortunée le Dieu qui relève et console, le Dieu bon qui compte nos larmes : je vous le demande , que lui restait-il?
J'ai vu là ce que peuvent la foi et la résignation chrétiennes. Dans les grandes crises de la vie, la philosophie n'est d'aucun secours; la religion seule nous enseigne à souffrir. Qu'est-ce d'ailleurs que la force et le courage qui ne nous viennent pas du ciel? Une question de tempérament; le chêne résiste, et l'arbuste est brisé. Madame de Valgrand se soumit
et pria sur les ruines de son bonheur. Au plus fort de son désespoir, il ne lui échappa pas une insulte à la Providence; elle garda toujours l'attitude d'une sainte, d'une martyre. Elle savait qu'Olivier ne s'était pas tué en tombant, comme je l'avais raconté. Elle avait tout cpmpris, tout deviné. Elle enferma cet horrible secret dans son cœur, et jamais il n'en fut question entre nous; seulement, au sentiment d'adorable pitié qu'elle éprouvait pour son mari, au redoublement de sa tendresse, à la façon tout angelique dont elle s'humiliait, pour ainsi dire, devant le malheur du pauvre insensé, je voyais bien qu'elle savait tout. Quand Gaston, broyé par la fatigue^ succombait enfin au sommeil, elle se glissait dans sa chambre, s'agenouillait à son chevet, et, pendant qu'il dormait, elle lui parlait à voix basse. Elle répandait ainsi, dans le silence de la nuit, les trésors d'amour et de douleur dont son âme était pleine. Il lui semblait qu'en se réveillant, Gaston, rendu à la raison, allait l'attirer dans ses bras, s'attendrir, pleurer avec elle. Vain espoir I La folie le ressaisissait à son réveil, et l'infortunée, forcée de s'éloigner, disparaissait comme une ombre plaintive.
Il s'agissait de prendre un parti. J'avais appelé le docteur Fouré, de Naotes. Vous le connaissez; vous n'ignorez pas que les plus aimables qualités de Tes* prit et do cœur s'unissent, chez ce doux vieillard, à la science la plus éprouvée, il ne s'entend pas seu* lement à guérir les maladies du corps; il est aussi le médecin des âmes, et j'en sais plus d'une qui lui doit la santé. Madame de Yalgrand avait en lui une confiance absolue ; à coup sûr il en était digne. Après quelques jours d'examen et de réflexions , il me prit à part et me dit :
— Je ne croîs pas que le cerveau de ce malheureux jeune homme se relève jamais du coup qu'il a reçu. Il faudrait un miracle; la science n'en feit pas. La folie qui s'appuie sur la raison est presque toujours incurable. C'est comme Terreur qui découle d'une vérité; la conclusion a beau être absurde, si les prémisses sont justes, elles la prot^nt et lui font comme un rempart inexpugnable. Cependant, nous devons tout tenter en vue d'uùe guérison, même impossible. H. de Valgrand ne peut pas rester ici. La présence de sa femme, la vue des liaix longtemps témoins de son bonheur entretiennent
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«on exaltation, ilnitént et Tezaspèrent. Qu'il parte, qu'il s'élmgne. Dès qu'il se sentira à Vetbvi des pour*' suites qu'il croit avoir à redouter, son délire se calmera. Je rét^onds qtt'tt&ee fois hors de Franee, êa folie, aujourd'hui ftirieuse^ prendra un caractère tout pacifique, à la condition pourtant qu'on ne le contrariera pas. Pour le reste, laissons faire au temps, c'est le remède que nous conseillons, lorsque nous n'en avons pas d'autres.
Tel était l'avis du docteur ; c'était aussi le mien. Je le soumis à madame de Yalgrand, qui ne chercha pas à le combattre.
— Mais, dit-elle en pleurant, puisque c'est moi qu'il fuit, je ne puis pas partir avec lui... Qui donc l'accompagnera?
— Moi, madame, lui répondis-je.
Le lendemain, par une nuit sans lune et sans étoiles, une chaise de poste attendait à la porte du parc. J'entraînai Gaston; je l'avais sans peine décidé à me suivre. J'étais censé avoir pris toutes les mesures qu'indiquait la prudence pour assurer son évasion. La nuit était sombre; ses serviteurs dor* maient; sa femme ne se doutait de rien. Nous sor-
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Urnes à pas de loup. Arrivé à la grille, il se jeta dans la voiture. J'allais y monter à mon tour, quand je reconnus dans Tombre madame de Valgrand.
Elle saisit ma main, et, malgré moi, la porta à sa bouche. Un instant après , les chevaux partaient au ^alop.
Quel voyage, mon amî! Tâchez de vous en faire une idée. Nous avions pris la route d'Italie. Ainsi que l'avait prédit le docteur, dès que nous eûmes passé la frontière, la folie de Gaston était devenue plus douce et plus traitable. 11 n'y avait, à vrai dire, qu'un point de son cerveau qui fût attaqué; tout le reste était net et sain. Il parlait sur toutes choses avec son bon sens ordinaire ; mais il suffisait de prononcer le nom de sa femme pour détraquer aussitôt sa raison. Nous allions de ville en ville, moi, essayant de le distraire, lui, traînant partout la désolation de son âme ; car, si parfois sa démence semblait s'endormir, sa mémoire, plus implacable, ne lui laissait ni trêve ni répit. Ainsi , de quelque côté qu'il se tournât , le malheureux ne réussissait qu'à changer
<le tortures. Cependant, je tenais religieusement la promesse que j'avais faite, en partant, à la comtesse et au docteur. Je leur écrivais, je les mettais au courant de tout. De leur côté, ils me répondaient assidûment. Deux mois après notre départ , je reçus, à Gênes, une lettre de madame de Yalgrand. Le croirez-vous? cette lettre se terminait par un cri d'espérance. Ce fut pour moi ce qu'est, pour le naufragé près de sombrer, la voile inespérée qu'il voit blanchir à l'horizon. Le docteur avait ajouté quelques lignes, qui confirmaient l'heureuse nouvelle et m'enjoignaient de la cacher avec soin à Gaston. Quelques mms plus tard, je recevais, à Florence, deux lettre» par le même courrier, l*aoe 4e la comtesse et l'autre du docteur. La première était un hymne de pieuse reconnaissance ; Je la lus k genoux et je la mouillai de mes pleurs* La seconde renfermait mes initnictio&s pour Taveair.
— Rien n'est désespéré, tout peut se répant^ ajoutait le vieillard aptèe m'a^oir montré le bot vei^ lequel nous allions marcher; seulement, n'oaNiet pas que M. de Valgraad doit tout ignorer, et que le succès de bi cra^agaê dépend de votre disc^thm.
OUYISK. â67
Des mois, des années s'étaient écoulés sans apporter aucun changement dans Tétat de noire pauvre ami. Noos avions parcouru presque toute TEurope, nous avions visité TOrient; sa folie Tavail suivi partout. Jusqu'au pied du mont Olympe, jusque sur les bords de la mer Morte, partout il avait vu des agents secrets de sa femme. A peine avions*nous planté notre tente, qu'il fallait la lever aussitôt.
— Mais, lui demandais-je parfois, comment t'expliqueS'tu que ta femme, une créature si douce, SI tendre , si dévouée , veuille ta mort , et te poursuive avec un tel acbamement?
^ Comment je me l'explique I s'écriait-il ; mais tu es donc fou, Mario! Une mère pardonne-t-elle au meurtrier de son fils? Est-ce que je n'ai pas tué son enfant?
Et c'étaient alors des colères et des emportements sans nom, des révoltes inouïes contre Dieu, d'incroyables blasphèmes ciHttre la Providence, pendant qu'elle agissait pour luL
Je meatirais, je me Imbs oieillear que je ne sois, si je vous disais, mon ami, que je ne me sentis
jamais défaillir sous le poids de la tâche que j'avais acceptée ; plus d'une fois je peasai en être écrasé. Le dévouement qui consistait à soigner les lépreux parait doux et facile lorsqu'on a vécu dans Tintimité d'un fou. Il y avait des instants où je m'interrogeais avec anxiété, où je me demandais si je n'étais pas fou moi-même, ainsi que l'affirmait Gaston. Aujourd'hui même, je ne suis pas bien sûr que la folie ne soit pas à la longue une maladie contagieuse.
Les lettres qui m'arrivaient de la patrie soutenaient mes forces > relevaient mon courage. Celles du bon docteur respiraient la confiance. Quoique toujours voilées par la douleur, celles de la jeune comtesse étaient comme ces ciels d'orage où le soleil brille à travers les nuées : le sourire s'y mêlait aux larmes, et de naïfs enchantements éclataient çà et là sous la tristesse des regrets. Trois ans s'étaient écoulés depuis notre départ; encore un an, et nous touchions à l'épreuve suprême : encore un an , et peut-être Gaston était sauvé I
Moins agitée que celles qui l'avait précédée^ cette dernière année ne devait pas être moins rude. Nous avions fini par nous installer dans un petit
village d'Allemagne. Depuis quelque temps, Gaston était tombé dans un état de prostration moins gênant, mais plus alarmant que les fureurs de la démence. Il restait des jours, des semaines entières sans prononcer une parole. Si j'essayais de le tirer de la torpeur où je le voyais enseveli, il me regardait d'un œil éteint et me souriait d'un air hébété. A tout ce que je lui disais, il répondait invariablement : Olivier est mort, c'est moi qui l'ai tué! Le nom de sa femme le faisait encore tressaillir; mais, la folie n'agissant plus que sur des facultés épuisées, il retombait presque aussitôt dans sa morne immobilité. Indifférent à toutes choses, il ignorait et ne s'inquiétait pas de savoir où je l'avais conduit : tous les lieux lui étaient bons, pourvu qu'il ne fût pas en France. Justement effrayé, j'avais écrit au docteur pour le supplier d'abréger un si long martyre; le docteur impitoyable m'avait répondu : Attendez.
Enfin le grand jour était proche, il y avait quatre ans que nous avions quitté k France. Un soir, j'annonçai bnisquem^t à Gaston que nous allions partir.
— Pourquoi partir? dit<4t; nous sommes bien ici, restons-y.
— Il n'y a pas à hésiter, r^iiquai-je. Notre retraite est découverte encore uae fois ; j'ai vu rôder dans le village des hommes à mine suspecte. Il y va de ton salut.
Chose étrange! ce malheureux tenait à la vie* Dieu laisse à la folie même l'instinct de la conservation. Il se leva et me suivit.
— Où allons^nous? demaoda-t-il , quand nous fûmes dans la voiture.
— En Russie, répondis-je sans hésiter.
Il poussa un profond soupir, appuya sa tête contre les coussins , et s'abîma dans l'espèce de léthargie d'où je Tavais un instant arraché.
La chaise de poste qui nous emportait au galop des chevaux, roula, sans s'arrêter, pendant trois nuits et trois jours. J'avais placé des vivres dans le coffre, afin de n'avoir pas à descendre dans les auberges. Nous allions comme un ouragan. Tant que dura le trajet, Gaston ne m'adressa pas une question; il ne jeta pas un regard sur les paysages que nous traversions. Une seule fois il ouvrit la bouche pour me dire, en grelottant :
— Il fait froid ici... nous arrivons.
Et il s'enveloppa dans son manteau.
Vers le milieu de la quatrième nuit, par un temps sombre, la voiture s'arrêta devant une habitation où l'on n'apercevait pas une seule lumière. J'imîtai Gaston à descendre et le conduisis à tâtons. Ck>mme j'ouvrais la porte d'une chambre obscure :
— Où sommes-nous? me dit-il.
— Dans un village, près de Moscou.
Et comme il s'éionnait des ténèbres où toute la
maison était plongée, je lui répondis qu'on nous avait peut-être suivis, et que je craignais d'éveiller les soupçons. Satisfait de ma réponse, brisé par la fatigue, il se coucha sans lumière et s'endormit d'un profond sommeil.
Il faisait jour depuis longtemps, lorsque Gaston se réveilla. Un gai soleil d'automne entrait à pleins rayons dans sa chambre. La brise » im|>régnée de la senteur des bois, se glissait par la fenêtre entr'ouverte, et apportait jusqu'à lui des émanations embaumées qui le pénétraient à son insu, et dont il subissait, sans chercher à s'en rendre compte, la douce et mystérieuse influence. Éblouis par le vif éclat de la lumière, ses yeux s'étaient refermés presque ausi^tôt; il resta quelques instants plongé dans cet état qui n'est ni la veille ni le sommeil , bercé par les mille rumeurs qu'il entendait jadis à son réveil. C'était le chant des pâtres, 'e roucoulement des ramiers, le fracas lointain des écluses, le caquetagedu moulin, et, plus rapprochés, de joyeux
cris d*enfaDt qui partaient, comme des fusées, dan Tair sonore et frais du matin. Ces bruits, ces mélodies agrestes le reportaient vaguement aux jours heureux de sa jeunesse. Il murmura d'une voix (étouffée le nom de son fils et celui de sa femme; une larme gonfla sa paupière et mouilla ses cils abais^s. Cependant les pensées orageuses, un moment assoupies, commençaient à gronder dans son sein. Il s*accouda brusquement sur sa couche, et promena autour de lui un regard étonné. Il était chez lui , sous le toit de ses pères , sous ce toit qui avait si longtemps abrité son bonheur. Il reconnaissait un à un tous les objets qui Tentouraient, ses livres, ses tableaux, ses meubles, ses tentures, et tous les riens charmants qui donnent la vie aux lieux que nous habitons. Il passa sa main sur son front, comme un homme qui se demande s'il n'est pas le jouet d'une illusion ou la dupe d'un songe. En tournant la tête, il aperçut, debout au chevet, sa femme et le docteur qui l'observaient tous deux en souriant.
— Eh bien, mon cher comte, dit gaiement le vieillard , il me semble que nous n'allons pas mal
ce matin. Nous voita tiré d'affaire; mais nous Tavons échappé belle. Nous pouvons nous vanter, comme Thésée, d'avoir vu les sombres bords.
— Ah I s'écria madame de Valgrand , c'est vous, docteur, qui l'avez sauvé I
— Moi, madame!... Monsieur le comte s'est, pardieu! bien sauvé lui-même. Il n'a pas voulu se laisser mourir comme un sot, et, quand je pense à toutes les bonnes raisons qu'il a d'aimer la vie, l'estime que monsieur le comte a bien fait.
— Cher Gaston I s'écria madame de Valgrand avec l'accent d'une teudresse passionnée... Savezvous, mon ami, que vous nous avez inquiétés?
Savez-vous que dans votre délire vous ne recoauaissiez plus votre femme?... Tu me reconnais bien, ii'est-ce pas, maintenant? Je ne te fais plus peur? C'est moi^ moi qui t'aime, moi qui ressuscite avec toil
— Voyons un peu ce que dit ce pouls , ajouta le docteur en prenant la main de Gaston.
— Eh bien , docteur? demanda la jeune comtesse.
— Eh bien, madame, ce pouls ne craint pas d'affirmer qu'avant huit jours monsieur le comte sera
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sur pied , et qu'en attendant il prendrait volontiers un bouillon offert par votre blanche main.
En ce moment, Germain entra. Il s'approcha du lit de son maître et s'informa de sa santé, absolument comme s'il l'eût vu la veille. Gaston regardait tour à tour sa femme et le docteur. U croyait rêver. Tout à coup il tressaillit et se dressa sur son séant... U avait entendu une voix enfantiae qui gazouillait sous sa fenêtre. Madame de Valgrand alla vers la croisée, souleva le rideau, et prononça ces simples, paroles :
— Olivier, viens donc dire bonjour à ton pero. La porte s'ouvrit, un beau petit garçon entra
vivement dans la diambre. U sauta sur le lit, jeta ses bras blancs autour du cou de Gaston, et lui dit :
— Bonjour, papa.^
C'était lui, c'étaiit Olivier. L'œil même d'une mère aurait pu s'y tromper. C'était Olivier, tel que nous l'avions vu le four fatal où son père l'avait amené chez moi. C'étaient les mêmes yeux, bleus et limpides, la même bouche, fraîche et souriante, les mêmes cheveux, blonds et fins. U avait, près du sourcil droit, le même signe brun, et, à la naissance
du nez, sous la transparence de la peau, la même veine azurée, pareille à la moitié d'un anneau de lapis. Immobile, éperdu, sans voix, Gaston le dévorait des yeux et promenait sur lui des mains avides et tremblantes. Enfin, par un mouvement brusque, il décbira plutôt qu'il n'ouvrit la blouse de l'enfant, et, en voyant blanche et unie comme une feuille d'ivoire cette poitrine sur laquelle il cherchait vainement la trace du coup qu'il avait cru mortel, frappé de stupeur, trop faible pour des émotions si violentes, il tomba évanoui, avec le petit dans se'' bras.
Lorsqu'il reprit ses sens, madame de Valgrand et le docteur étaient assis à son cbevct: Olivier jouait sur le pied du lit.
— mes amis, dit-il enfin, que s'est-il passé? que se passe-t-il?
— Ce qui s'est passé, mon cher comte? répondit le vieux docteur. Vous avez été très-malade. Vous avez eu ce que nous autres, gens de la Faculté, nous, appelons une méningite, ni plus ni moins, mon cher enfant. Ce qui se passe? vous le voyez. Avec la santé vous avez retrouvé la raison, et avec la raison le bonheur. Celi'était pas plus difficile que cela.
— Papa est guéri, papa n*est plus malade... je
suis bien content , moi ! dit Olivier, qui feuilletait un